Les Prénoms épicènes, roman d’Amélie Nothomb

Amélie Nothomb, c’est un peu le phare de la rentrée littéraire. On sait qu’on s’apprête à toucher terre car on voit la lumière au loin. Année après année, on sait qu’un nouveau livre d’elle va paraître. Et comme en règle général, ce sont des romans très courts (presque des nouvelles ?), c’est un petit plaisir assez facile à cultiver. Ces dernières années, la dame en noir nous a donné rendez-vous avec les contes de notre enfance. Des histoires ludiques, qui revisitaient à l’acide sulfurique des schémas narratifs anciens, mais qui osaient aussi décortiquer certaines obsessions actuelles comme le culte de l’image ou l’obsession du contrôle. Pour la cuvée 2018, Amélie Nothomb nous revient avec un joli titre : Les Prénoms épicènes. Mais si, vous savez : ces prénoms mixtes. Un titre curieux qui cache une belle réflexion sur la famille. Mais commençons par le début…

Epicène a deux parents : une mère et un père. Sauf qu’en fait elle a surtout une mère, Dominique, aussi aimante et attentive que le père, Claude, est distant et froid. A eux deux, ils forment un couple étrange que la fillette ne parvient pas à comprendre. Son père, obsédé par la réussite sociale, semble faire peu de cas de sa vie de famille. Une situation que la mère ne semble pas voir. Mais avec le temps, la dynamique du trio familial change : à mesure qu’Epicène grandit et devient une adolescente autonome, sa mère se rapproche finalement de son père. Mais ce rapprochement est-il une bonne chose ? Ou le signe qu’un terrible secret est sur le point d’éclater ?

Si vous avez aimé les derniers livres d’Amélie Nothomb, vous risquez d’être un peu désarçonné par ce nouvel opus, car avec Les Prénoms épicènes, la romancière revient à ses premières amours : le portrait psychologique. En ce qui me concerne, c’est un retour aux sources que j’accueille avec bonheur. Et même si ce nouveau livre n’est pas vraiment le meilleur roman d’Amélie Nothomb, il offre une vision originale sur un sujet qu’on pourrait croire tari : la famille.

La famille, il n’y a rien de plus banal, et pourtant un bon auteur trouve toujours des choses à raconter sur le sujet. Dans ses Prénoms épicènes, Amélie Nothomb questionne la notion de cellule familiale. Les membres d’une famille ne sont pas forcément très proches. Qu’ont-ils vraiment en commun ? Se connaissent-ils vraiment ? Qu’est-ce qu’un enfant peut réellement savoir de ses propres parents ? de leur passé ? Autant de questions passionnantes qui prouvent qu’il y a encore matière à roman.

J’ai beaucoup aimé cette histoire et son sujet, malheureusement je dois dire que ce livre souffre d’une énorme faiblesse : le début est trop grossier à mon goût, comme si l’auteure n’avait pas relu ce qu’elle avait écrit. D’accord, ça démarre rapidement, mais on manque un peu de finesse et j’ai trouvé que les premières pages étaient poussives.

Une situation encore renforcée par le fait que les deux premiers personnages (les parents) ne sont pas particulièrement sympathiques. Comme souvent chez Amélie Nothomb, les enfants sont bien plus éveillés et chaleureux que leurs parents. Et de fait, l’histoire prend un tournant très intéressant dès la naissance d’Epicène. C’est à travers elle que l’intrigue se développe ensuite, et d’une certaine manière c’est en elle que réside la clef de l’intrigue.

Avec à peine 154 pages au compteur, ce roman ultra court se lit en une heure montre en main. Ce qui offre une expérience de lecture très intéressante puisque c’est rare qu’on ait la chance de lire un livre d’une seule traite. Cette lecture en un seul mouvement est d’autant plus appréciable qu’on a vraiment la sensation de plonger au cœur de cette vie de famille, ce qui nous rend probablement plus réceptifs à la tension psychologique qui s’installe.

D’accord, Les Prénoms épicènes n’est pas le meilleure Amélie Nothomb que j’ai lu, mais ça reste une très bonne cuvée. Si vous êtes un peu curieux de ce qu’écrit la romancière, c’est une bonne occasion de vous familiariser avec ces thèmes de prédilection. Comme toujours, j’ai été très émue par sa sensibilité et sa manière d’évoquer les relations humaines dans leur complexité comme dans leur tendresse. Un plaisir qui masque (un peu) les quelques faiblesses que j’ai trouvées dans ce roman.

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3 réflexions sur “Les Prénoms épicènes, roman d’Amélie Nothomb

  1. topobiblioteca dit :

    Je n’ai lu que peu de Nothomb, Le fait du prince auquel j’ai eu du mal à accrocher et celui de l’an passé, Frappe toi le coeur, que j’ai trouvé trop rapide. Je pense que je vais me diriger vers ses premiers romans.

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