Faut-il continuer à lire des classiques ?

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Aujourd’hui, je vous propose d’aller faire un tour du côté des antiquités de la littérature mondiale. Je blague à peine : je compte vous parler des classiques. Ces vieux livres poussiéreux mis au programme des collèges, des lycées et des facs de Lettres. Ces livres que la plupart des gens n’ouvrent plus jamais une fois leurs études terminées. Ceux que tout le monde est sensé connaître, avoir lu, avoir compris, mais qui laissent la majorité des lecteurs dans l’indifférence. Pourtant, si ces livres sont des classiques, c’est bien qu’il y a des raisons. Et parfois, ça mérite un peu de bonne volonté de la part du lecteur moderne pour retourner à l’origine du succès. Mais c’est un voyage qui en vaut la peine. Alors, faut-il continuer à lire les classiques ? Je pense que oui.

Qu’est-ce qu’un classique ?

Commençons par bien nous entendre sur ce qu’est un classique. Je ne parle pas simplement d’un livre vieillot oublié de tous. C’est même l’inverse la plupart du temps. Un classique est un livre qui a fait carrière au fil des décennies puis des siècles. un livre qui n’a peut-être pas été un hit en son temps (comme Les Hauts de Hurlevent qui a fait un flop quand il est paru) mais à qui le poids des années a finalement rendu sa juste place.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, un classique n’est pas (à mon sens) un livre forcément admiré par la critique. Pour moi, un véritable classique est un livre plébiscité par les lecteurs. Je ne parle donc pas des ouvrages maintenus sous assistance respiratoire parce que les enseignants s’obstinent à les maintenir au programme. Un vrai classique, c’est un livre qui a touché des générations de lecteurs. Un livre qui est aimé et qui traverse les âges donc.

Lecture scolaire versus plaisir personnel ?

Le problème avec les classiques, c’est qu’on les associe spontanément à l’école. Sans doute parce que, pour la plupart des lecteurs, notre premier contact avec les classiques fut les études de français. Pourtant, les classiques n’ont pas été écrits pour s’assurer que les profs de français aient assez de sujets de dissertations et de commentaires de textes pour les siècles à venir.

Ces livres ont d’abord été écrits pour être lus et appréciés à titre personnel. Et c’est là le drame des classiques. Des millions d’élèves traumatisés fuient ces livres car ils sont persuadés de n’avoir aucun plaisir en les lisant. Parce que ces lectures imposées leur ont laissé de mauvais souvenirs et qu’ils n’ont jamais pu se détacher de l’exercice scolaire pour commencer à apprécier le livre à titre personnel.

Les classiques ne sont d’ailleurs pas forcément des livres sérieux. on trouve aussi beaucoup de divertissement. Pensez à Alexandre Dumas, à Jules Verne, à Jane Austen… Leurs livres sont devenus des classiques, mais ils n’ont rien d’ennuyeux et invitent au contraire le lecteur à plonger dans un univers passionnant, à mille lieues de sa vie quotidienne.

Je voudrais aussi insister sur le fait qu’il y a des classiques plus récents. La littérature moderne a déjà produit pas mal de classiques, des livres qui en l’espace de quelques décennies seulement ont gagné leurs galons de classiques. Je pense à plusieurs ouvrages de Stephen King (dont Misery évidemment), à La Planète des singes du romancier français Pierre Boule, mais aussi à la saga Harry Potter (eh oui !).

Eclairer le monde…

Alors pourquoi faut-il continuer à lire des classiques ? Déjà parce que, comme je viens de vous le montrer, le terme même de « classiques » n’englobe pas forcément ce qu’on croit. Il s’agit de grands livres de toutes les époques confondues. Je ne vous parle pas seulement du Roman de la rose et des autres trucs en vieux français ! Non, ce dont je parle, c’est de livres qui méritent qu’on les regarde de plus près, qu’on les redécouvre et qu’on leur donne une chance. Et ces livres ont un argument formidable pour eux : s’ils ont pu être appréciés jusqu’à ce jour, s’ils ont rencontré un tel succès, c’est peut-être parce que c’était mérité ?

J’en ai fait l’expérience personnelle au mois d’août dernier lorsque j’ai lu pour la première fois de ma vie Guerre et Paix. En terminant le second volume, j’avais compris enfin pourquoi tout le monde parlait de ce livre comme d’un monument de la littérature mondiale. Parce que c’est un excellent livre avec une très bonne histoire et des personnages réussis. C’est aussi simple que ça. Il n’y a pas de mystère.

Faire confiance à la réputation d’un livre est un peu un acte de foi pour un lecteur, j’en conviens. Mais il y a aussi un autre aspect. Les classiques disent quelque chose des gens qui les ont lu et les ont aimé, bien des décennies avant nous. Le fait que Germinal ait connu un tel retentissement à son époque prouve bien à quel point ce roman a fait date. Il était très moderne pour son temps mais faisait aussi écho à un contexte social dans lequel le militantisme était encore un idéal. Sur la route a secoué toute une génération de jeunes en occident parce qu’il parlait à cette jeunesse en quête de liberté et lui fournissait enfin un espace pour respirer et pour rêver d’horizons infinis.

En relisant ces livres, nous mettons nos pas dans les pas de ceux qui nous ont précédé. Nous pouvons les atteindre, les rencontrer, les comprendre. Et, en faisant ce chemin, nous partons aussi à la rencontre des racines de notre société, de notre pensée. Remettre ainsi les choses en perspective me semble un excellent moyen de faire le point pour savoir où nous en sommes aujourd’hui.

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17 commentaires pour Faut-il continuer à lire des classiques ?

  1. eugenhippie dit :

    Personnellement, j’ai fait une croix sur les classiques quand j’étais au collège, lycée. Je pense que j’étais trop jeune pour les apprécier. Aujourd’hui j’alterne mes lectures entre nouveautés et classiques car je trouve que c’est important de les lire. Et mon livre préféré est un classique ! (Les liaisons dangereuses)

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    • Alivreouvert dit :

      C’est un joli parcours personnel, merci pour ton commentaire ! C’est rare que des gens me disent que leur livre préféré est Les Liaisons dangereuses, mais ça fait plaisir de voir qu’il y a encore des lecteurs pour défendre et aimer ce livre.

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  2. Sev dit :

    Effectivement il y a de quoi être dégouté lorsqu’on est forcé d’ingurgiter une prose (ou des vers) pour lesquels on n’est pas prêts! Mais l’école a aussi cet aventage d’ouvrir une petite porte que l’on n’aurait pas forcément poussée sinon. Personellement je suis reconnaissante au sytème scolaire français de m’avaoir fait découvrir Molière et ses scènes truculentes! Certains auteurs me sont restés en travers de la gorge, comme Balzac. J’ai jamais accroché. Mais j’ai adoré Zola et Maupassant, Théophile Gauthier et Poe. Et je pense que malheureusement, la qualité du prof en lui même est important. On s’amusera plus à lire avec un prof qui nous en donne le goût qu’avec un prof qui se contente de maugérer derrière son bureau!
    PS: je suis d’accord avec toi sur la définition de « classique » et j’adore Stephen King!

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    • Alivreouvert dit :

      Merci beaucoup pour ton commentaire, et merci de souligner à quel point les enseignants ont effectivement un rôle crucial. C’est certain qu’on a beaucoup plus de chance de s’intéresser aux classiques si on a la chance d’avoir un prof passionnant qui sait sortir de l’aspect académique pour aller vers une lecture plus ludique.

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  3. Tu a tout à fait raison, c’est dur de se mettre aux classiques vu qu’ils sont souvent associés à nos souvenirs scolaires et l’obligation de lire des livres difficiles dont l’histoire ne nous plaisait pas … En tout cas c’est mon cas ^^ J’ai toujours eu du mal à lire des livres imposés par l’école et du coup, quand on me parle de classique j’y vais un peu à reculons …
    Mais petit à petit je commence à m’y remettre (en choisissant des classiques dont l’histoire me parle) et je me rend compte que certains ne sont pas si difficile que ça, voir très abordable! Donc j’essaye d’en lire de temps en temps 😉

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    • Alivreouvert dit :

      Bravo à toi ! C’est difficile de revenir sur ses pas de lecteurs quand on a été « traumatisé » par les classiques lus à l’école. Tu as beaucoup de mérite d’avoir quand même tenté le coup. Et tu as raison de dire que certains livres sont beaucoup plus abordables que ce qu’on croit ! Merci.

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  4. Personnellement, quand j’en aurai fini avec les études de lettres qui me font lire des classiques toute l’année, j’appliquerai le conseil de Pierre Jourde qui recommande de lire des classiques aux vacances d’été et des moins classiques tout le reste du temps !
    Mais je suis moins sceptique que vous sur la capacité de l’institution scolaire à discerner les bons textes. Du reste, la définition historique du terme « classique » c’est : « qui est étudié en classe » ! Lorsque vous parlez des livres « maintenus sous assistance respiratoire » par l’école française, citez des titres, et voyons ensemble calmement si ces livres ne savent pas respirer par eux-mêmes.

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    • Alivreouvert dit :

      Je pense pour ma part que la définition de classique n’a pas grand chose avec l’école, mais plutôt avec la perception que le grand public a de la littérature. Donc pour moi, les classiques sont vraiment des ouvrages plébiscités par les lecteurs au fil des années, indépendamment de toute valeur académique.
      Ensuite pour préciser ma pensée en ce qui concerne les livres maintenus sous assistance respiratoire, j’ai deux exemples très évocateurs : Gide et Genet. Malgré le fait que ces deux auteurs soient relativement proches de nous dans le temps, et quelle que soit par ailleurs la qualité de leurs livres, ces auteurs sont tombés en désuétude à une vitesse sidérante. Je ne connais personne qui lise encore ces auteurs (à part dans des cours de Lettres), et d’ailleurs leurs ouvrages sont très mal représentés dans les librairies (où on ne les trouve essentiellement que sur commande). Pourquoi ? Parce que les gens n’aiment pas ces livres et qu’aucun de ces deux auteurs n’a produit de livre qui ait réellement marqué les lecteurs. Si ce n’était pas pour les étudiants, on peut raisonnablement se demander si leurs livres seraient encore édités de nos jours. Aucun jeune qui lit n’a envie de lire Gide ou Genet. Et on peut trouver ça triste ou se dire que c’est simplement dans l’ordre des choses. L’épreuve du temps fait le tri entre les classiques et les livres qui « appartiennent au passé.

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      • André Gide a écrit des textes revendicatifs sur l’homosexualité qui sont très lus par les jeunes gens de la communauté LGBT, comme Corydon ou le Traité du Narcisse, sans compter Les Nourritures terrestres, qui sont encore le livre de chevet de centaines d’étudiants en filière scientifique. Celles et ceux qui veulent se renseigner sur l’histoire des relations franco-congolaises (et ils sont nombreux) lisent encore son Voyage au Congo ! Jean Genet, sans compter l’énorme intérêt dont il jouit dans la communauté LGBT, attire les foules sur toutes les scènes de France, ce qui le rend également entièrement légitime à être étudié dans les classes de l’Education nationale. Aucun de ces deux auteurs ne peut être qualifié de « désuet » !

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      • Alivreouvert dit :

        Je ne sais pas de quel énorme intérêt ces auteurs peuvent jouir dans la communauté LGBT mais je n’ai jamais vu de banderoles citant ces auteurs aux manifs. J’habite en région parisienne où il y a de très nombreux théâtres et les pièces de Genet ne sont presque jamais montées. Je vois bien que nous n’arriverons pas à tomber d’accord sur la question mais je souligne qu’une fois encore, à part des universitaires et des étudiants, personne ne lit plus leurs livres aujourd’hui. C’est la réalité des faits, et si vous faites un petit sondage autour de vous en interrogeant des lecteurs ordinaires (c’est-à-dire ni des étudiants ni des profs de lettres), vous le constaterez aussi. C’est la raison pour laquelle je maintiens que ces deux auteurs sont désuets. un livre peut être excellent à tous points de vue, mais si personne ne le lit alors il n’a aucune valeur. Ce sont les lecteurs qui font exister les livres et qui donnent vie à leur contenu.

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      • Quand bien même Genet serait peu représenté, les pièces contemporaines sont toutes écrites avec Genet comme modèle ou contre-modèle ; pas un seul des auteurs de théâtre représentés à Paris n’ignore Les Paravents ni Les Bonnes. L’influence de Genet est énorme quoique difficilement perceptible par le grand public. Pour Gide il suffit d’une recherche Google « LGBT André Gide » pour constater combien de sites militants mettent cette figure en avant. Quiconque lirait les quelques mots que nous avons échangés et souhaiterait se faire un avis sur l’immense actualité de son œuvre pourrait facilement commencer par Les Nourritures Terrestres, un livre que beaucoup de mes amis qui lisent très peu adorent néanmoins !

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  5. Alice dit :

    J’ai lu beaucoup de classique jusqu’à peu près mes 25 ans (le pourquoi du changement de style est encore à l’étude 😉) justement parce que j’ai eu la chance d’avoir de super profs de français qui m’ont donné envie d’aller plus loin que les livres obligatoires en classe !
    J’en lis encore de temps en temps et c’est à chaque fois un plaisir !
    (Je n’abandonne pas l’idée de lire Guerre et Paix mais je me laisse un peu de temps avant de me lancer 😁)

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    • Alivreouvert dit :

      Ah je vois que tu as eu une crise des 25 ans ! ça fait plaisir de voir à quel point les gens retournent aux classiques dans leur parcours de lecteur. Et pour Guerre et Paix, c’est sûr que c’est un sacré morceau. C’est comme escalader l’Everest : on ne se lance pas dans l’aventure sans y réfléchir et sans se préparer en amont. La lecture, c’est du sport de haut niveau !

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      • Alice dit :

        Visiblement la crise est en train de passer, depuis mes 30 ans j’ai envie de littérature plus exigeante, classique ou contemporaine 🙂
        Je vais m’entraîner encore un peu avant d’attaquer l’Everest 😉

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  6. Merci de cet article, car il est vrai que l’on a tendance à englober uniquement les livres de renommé critique et poussiéreux, mais comme tu le dis, un classique est un livre qui à marqué une génération !

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  7. WordsAndPeace dit :

    J’aime beaucoup le Challenge de Classics Club, où l’on peut choisir 50 classiques à lire en 5 ans. J’en suis dans ma première année : https://theclassicsclubblog.wordpress.com/

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