Pourquoi je ne note pas mes lectures

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Le billet du jour est un peu particulier parce que pour une fois je vais vous faire pénétrer dans les coulisses du blog. En règle générale, vous savez que je n’aime pas vous raconter ma vie sur ce blog. Alivreouvert est un blog de lecture dans lequel j’espère que vous pouvez tous trouver de bonnes idées lectures et échanger sur les livres que vous aimez. C’est ainsi que je le conçois. Mais je me rends compte que peut-être, en tant que lecteurs de ce blog, vous vous posez parfois des questions sur son fonctionnement. Je passe moi-même un peu de temps sur d’autres blogs littéraires que j’aime beaucoup, et ils sont assez nombreux à utiliser un système de notation qui permet de mesurer la qualité ou le degré d’intérêt pour chaque livre traité. Moi je ne le fais pas, et je ne le ferais certainement jamais. Voici pourquoi.

C’est la faute de Kerouac

Lorsque j’avais dix-neuf ans, j’ai lu Sur la route. Un excellent roman qui m’a fait une si forte impression à l’époque que j’étais convaincue que c’était le meilleur roman que je lirais de toute ma vie. Dire que j’ai pu être aussi jeune ! Bon, j’étais encore une lectrice naïve mais pourtant j’étais sincère. Ce livre a été une expérience de lecture passionnante et intense. Il m’a laissée sur le carreau une fois que je l’ai terminé. J’étais triste de le quitter et tout m’a semblé fade après. Longtemps, j’en ai gardé cette image forte et inégalable. Et puis, quelques années plus tard, je l’ai relu. Et là, ce fut le drame : où était passé mon merveilleux roman ? Il me semblait que l’histoire qui se déroulait sous mes yeux n’était qu’un pastiche ridiculement creux de ce que j’avais lu plus jeune. Le problème de venait pas de la relecture (j’ai souvent relu des livres sans connaître ce sentiment de déception). Le problème ne pouvait pas non plus venir du livre puisque c’était exactement le même. La seule conclusion logique, c’est que le problème venait de moi.

Moi j’avais changé. J’avais vieilli, lu d’autres livres, forgé mon regard sur le monde et sur les livres. Ce qui m’apparaissait avant comme un monument littéraire avait perdu de son pouvoir. Mon regard l’avait diminué parce qu’à présent je voyais tous ses défauts. Des défauts que je n’avais pas vus la première fois, et qui m’avaient gâché ma seconde lecture. J’ai fini par me rendre compte que Sur la route n’était pas le roman parfait que je pensais. Cette expérience m’a beaucoup peiné sur le moment, mais elle m’a amené à réfléchir sur mon rapport aux livres et surtout à la valeur que nous accordons aux livres quand nous les jugeons.

Jugement subjectif ou analyse objective ?

Grâce à ma crise existentielle avec Kerouac (et à des années passées en Lettres Modernes à la fac), j’ai commencé à me dire que les bons et les mauvais livres, ça n’existait pas. En fait, un livre est fait pour nous ou bien il n’est pas fait pour nous. Parfois c’est une question de timing : on n’est dans un état d’esprit qui nous permet ou non de rencontrer un livre dans de bonnes conditions. C’est le contexte qui définit le regard que nous allons porter sur le livre que nous lisons. Je n’ai pas trop aimé Les Dix Petits Nègres : pas parce que ce n’est pas un bon livre, mais juste parce qu’il ne m’a pas plut. Vous voyez où je veux en venir ?

Je ne note pas mes livres parce que je ne veux pas vous donner l’impression qu’un livre est bon ou pas. Ce n’est pas à moi de le dire, mais de toute façon je suis incapable de savoir ce qui va vous convenir. Lorsque je fais la chronique d’un livre, j’essaye de vous donner un compte-rendu le plus précis et fidèle possible pour que vous vous fassiez une bonne idée du livre. Même si j’ai aimé un livre, je souligne les défauts qui peuvent rebuter certains lecteurs. Si je n’ai pas aimé le livre, j’essaye de déterminer pourquoi afin que vous puissiez juger vous-mêmes si ce livre mérite quand même d’être lu.

En abordant la question de la notation, je me rends compte que je touche à quelque chose de personnel : ma conception de la lecture et de son partage. Même si nous avons des goûts en commun, nous sommes tous des individus uniques et nous n’aimerons donc pas tous les mêmes livres. C’est très bien : il faut que tous les livres soient lus et aimés par quelqu’un. Et il faut que tous les lecteurs aient la chance de rencontrer des livres qui vont les rendre heureux et leur faire passer un bon moment.

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13 commentaires pour Pourquoi je ne note pas mes lectures

  1. Goran dit :

    Dommage d’avoir relu « Sur la route »…

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  2. Moi non plus je ne note pas les livres sur mon blog et je suis totalement d’accord avec ton point de vue mais dans mon carnet de lecture je met une note qui est une note personnelle à l’instant t et avec mon état d’esprit du moment, et même si je relis rarement c’est parfois drôle de constater à quel point mon avis peut changer entre deux notes ^^

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  3. Tu as fait un très bel article et je suis d’accord sur beaucoup de choses. C’est vrai qu’on peut aimer un livre et le relire plusieurs années après sans avoir la même sensation … Et c’est vrai, il n’y a pas de bons ou mauvais livres, c’est seulement l’impression qu’il va nous donner, l’attente que l’on a, si c’était le bon moment ou non …
    Alors moi je mets une note mais c’est très subjectif, ce n’est pas pour dire si le livre est bon ou mauvais, mais simplement pour dire s’il m’a plu ou non à l’instant ou je l’ai lu … Mais je comprends ton avis 😉

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  4. Étonnement, avec tout ce que j’ai lu et relu dans ma vie, je n’ai jamais connu ta mauvaise expérience ! Et je te plains pour ça d’ailleurs, c’est vraiment dommage… Je mets une note, mais, et j’espère que ça reste clair à chaque fois, elle n’exprime que MON ressenti à l’instant T où j’écris ma chronique. J’essaye aussi de souligner les aspects positifs ET négatifs de l’ouvrage, qu’il m’ait plu ou non mais ce n’est pas toujours facile. Chaque livre a son lecteur, chaque lecteur a son moment idéal, c’est pas facile tous les jours, les livres ^^

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  5. WordsAndPeace dit :

    Je comprends ta position, surtout avec ton explication de l’origine.
    En fait, il me semble qu’entre bloggeurs de livres, il va de soi que les notes ne font pas référence à une qualité en soi du livre, mais à la réaction qu’on a eu face à lui. Souvent il est fait mention de choses comme : j’étais pas dans le mood pour ce bouquin-là, ou quelque chose du genre.
    Je me souviens d’une expérience un peu semblable : j’ai lu et relu sous toutes les coutures The Crying of Lot 49 de Pynchon, on V.O. en études d’anglais en khâgne. Je l’ai relu assez récemment, stupéfaite d’avoir pu pondre des pages et des pages sur le livre, que j’ai vraiment failli envoyer par la fenêtre cette fois – vraiment, et je suis pas violente !
    Par chance, Le grand Meaulnes, mon premier grand grand coup de coeur, a échappé au désastre possible de la relecture, ouf !
    Mais en général, j’ai pas beaucoup de temps pour la relecture, c’est peut-être mieux comme ça, comme le suggère Goran

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  6. Chuangzuo dit :

    Présentement, je relis Kerouac et je n’ai pas la même sensation de découverte de la première fois. Nos expériences de la vie, la maturité, change nécessairement notre perception.

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