En finir avec Monica, le nouveau roman de Candace Bushnell

MonicaCandace Bushnell, pour une génération entière de lectrices à travers le monde, c’est l’auteure de Sex and the City. Un livre qui a fait date en lançant la chick lit à un niveau qu’on n’osait pas imaginer. Disparues les filles sympas un peu fleur bleue : elles ont laissé la place à des jeunes femmes dynamiques qui travaillent et s’assument. Un vrai concentré de girl power qui a ensuite déferlé dans de nombreux pays par le biais de la série télé. Mais à la base, c’était bien un livre ! Depuis, je dois dire que j’ai suivi les ouvrages de Candace Bushnell avec curiosité mais sans frénésie. J’ai trouvé que ses livres étaient souvent inégaux, et qu’ils avaient du mal à capturer l’air du temps avec autant de justesse que Sex and the City. Mais le mois dernier, un petit nouveau a été publié chez Albin Michel : En finir avec Monica. Et là, rien que le résumé m’a donné envie de plonger dedans. Alors, me demanderez-vous, il est comment le nouveau Candace Bushnell ?

Pandy Wallis en a plus qu’assez : en plein milieu d’un divorce, la romancière à succès a vraiment l’impression que sa vie et sa carrière partent à la dérive. Son futur ex-mari essaye de lui extorquer toute sa fortune, elle en a raz-le-bol d’écrire toujours des livres pour sa sérié à succès Monica, son nouveau livre vient d’être refusé par son éditeur, et pour couronner le tout ça fait des années qu’elle est brouillée avec sa meilleure amie… justement à cause d’une histoire d’homme. Au beau milieu de tout ce chaos qu’est devenu sa vie, la romancière commence à se poser des questions : comment en est-elle arrivée là ? En fait, sans Monica, son héroïne à succès, elle serait débarrassée de tous les parasites qui lui tournent autour. Mais en finir avec Monica va se révéler bien plus difficile qu’elle ne l’avait imaginé…

D’entrée de jeu, on comprend bien que ce roman va avoir une dimension autobiographique, même si ce n’est pas ce qui est forcément mis en avant sur la quatrième de couverture. Candace Bushnell, romancière au succès mondial, s’invente un double de papier qui décidé plus ou moins de tout plaquer du jour au lendemain car la pression est trop forte et qu’elle ne dirige plus rien. Forcément, cette dimension de l’histoire m’a séduite et c’est l’argument qui m’a accroché pour décider de lire ce livre. Mais le roman utilise cette idée en toile de fond. En fait, il n’est pas vraiment question de ça.

Dans En finir avec Monica, Candace Bushnell fait essentiellement du Candace Bushnell : elle parle des party girls, ces filles qui savent vraiment s’amuser et profiter de la vie à fond. Celles qui sont du genre à remplir une baignoire de glaçons pour y mettre les bouteilles au frais quand elles donnent une fête chez elles. Celles qui claquent de l’argent pour les fringues et enchaînent les histoires de mecs sans parvenir à décrocher le bon numéro. Ça, ce n’est franchement pas nouveau et cet aspect de l’histoire m’a un peu ennuyé. Là où ça devient intéressant, c’est quand même que Candace Bushnell parvient à tirer son histoire vers de nouveaux horizons. Dans En finir avec Monica, les party girls ont désormais la quarantaine et on peut dire qu’elles se réveillent avec la gueule de bois : divorces, problèmes d’argent, brouilles avec les copines de longue date, et finalement questionnement existentiel en mode « qu’est-ce que j’ai fait de ma vie ? ». Une vision nouvelle qui fait souffler un vent de renouveau sur le style de la romancière.

Si cet aspect désenchanté m’a semblé intéressant, c’est notamment parce que l’auteure ne cherche pas à nous présenter une héroïne qui a tout compris à la vie et qui « gère » parfaitement les choses. Pandy est relativement paumée et elle n’a pas la moindre idée sur la manière dont reprendre le contrôle de sa vie. Elle se laisse porter et part à la dérive. L’autre personnage féminin, Sondrabeth qui était la meilleure amie de Pandy (oui, par contre j’ai vraiment eu un problème avec les prénoms ridicules des personnages), est elle aussi à un moment de sa vie où elle ne sait pas dans quelle direction aller. Bref, sale temps pour les filles ! D’autant qu’en face, les personnages masculins ressemblent tous à des salauds, à des goujats sans principes.

Là où le roman, selon moi, loupe le coche c’est qu’il n’arrive pas à prendre une dimension plus ample. Et c’est bien dommage parce qu’il y avait largement matière à faire de ce livre un grand roman et pas seulement un bon roman de divertissement. En finir avec Monica jette un regard acéré sur les milieux de l’édition et du cinéma en montrant bien que ce qui compte avant tout, c’est l’argent qu’on peut tirer quand on tient une bonne histoire. Les éditeurs et les producteurs sont montrés comme des gens cupides, voire cyniques, qui n’en ont rien à faire de l’art ou de l’originalité et cherchent avant tout à maintenir leurs profits. Là-dessus, Candace Bushnell vient glisser quelques remarques bien senties sur la place des femmes dans la hiérarchie professionnelle de ces milieux. Elles sont déconsidérées, exposées à la critique constante voire au harcèlement, et on leur demande de se comporter comme des poupées dociles pour causer le moins de vagues possibles.

Tous ces éléments auraient pu prendre encore plus de poids si la romancière leur avait consacré plus de place dans son livre. A la place, elle décide de rester sagement dans le parcours balisé de son roman et se focalise trop à mon goût sur la relation de Pandy avec son ex-mari. C’est dommage parce que même si cette histoire tient très bien la route et ménage pas mal de surprises, j’ai trouvé que ce n’était pas le pan le plus intéressant du roman (ni même le plus original).

Ce livre fera plaisir aux fans de Candace Bushnell : on retrouve l’américaine en grande forme avec un roman bien ficelé. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’elle aurait du aller au bout de sa logique et assumer l’aspect autobiographique de son idée principale. Si vous n’avez jamais rien lu de Candace Bushnell, En finir avec Monica peut être une excellente entrée en matière. Vous n’aurez certainement pas les mêmes réserves que moi à la lecture, et vous passerez un bon moment en découvrant le style unique de l’une des reines du roman féminin.

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