Le Parfum des fraises sauvages, roman d’Angela Thirkell

Fraises-sauvagesMoi qui suis une lectrice inconditionnelle de romans anglais, il m’arrive encore d’être surprise et de découvrir un auteur britannique dont je ne soupçonnais même pas l’existence ! Vous imaginez sans peine ma joie quand ça se produit : c’est comme le matin de Noël. Ce mois-ci, la surprise est venue des éditions Charleston qui ont eu l’excellente idée de publier un roman d’Angela Thirkell : Le Parfum des fraises sauvages. Le titre en lui-même était déjà de bon augure. Piquée par la curiosité et enthousiasmée par le résumé de la quatrième de couverture, je me suis jetée sur ce roman et je l’ai dévoré en à peine deux soirées. Il faut dire que le livre n’était pas très gros, mais quand même ! Cette lecture m’a fait un bien fou, alors même que je commençais à ralentir un peu mon rythme de lecture à cause de la fatigue et de la déprime causée par la météo. Comme quoi, la bibliothérapie, ça marche !

Les Leslie sont une gentille famille a priori bien sous tous rapports. Issus de la gentry, cette noblesse campagnarde anglaise, ils mènent une vie assez simple mais rarement paisible dans leur propriété. Mr Leslie, un homme porté sur des principes de vie simples, se passionnent pour l’élevage de taureaux et cultive un sens de l’humour quelque peu décalé. Son épouse, l’extravagante Emily, passe son temps à se mêler de tout, s’emmêler dans ses châles, et laisse les autres démêler les problèmes qu’elle a causés. La fille, Agnès, élève ses enfants avec très peu de sens commun et en se reposant essentiellement sur la compétence des nurses. Le fils aîné, John, veuf plutôt austère, s’occupe des affaires tandis que David, le dernier fils, passe son temps à papillonner à Londres. Lorsque la jeune Marie, nièce du mari d’Agnès, arrive dans cette famille pour passer les vacances, elle tombe sous le charme de cette famille extravagante. Elle tombe aussi follement amoureuse de l’irrésistible David. Mais cette jeune fille en âge d’être mariée devrait faire attention : rien n’est jamais simple dans la famille Leslie, et les drames comiques du quotidien viennent souvent chambouler les projets des uns et des autres !

C’est vraiment difficile de rendre justice au roman d’Angela Thirkell en le résumant en seulement quelques lignes. D’un autre côté, trop en dévoiler briserait le charme de cette intrigue riche en fils secondaires qui tient le lecteur en haleine jusqu’aux toutes dernières lignes. Pour poser les choses assez simplement, sachez que le genre de roman auquel s’adonne Angela Thirkell est assez proche de ceux de P.G.Wodehouse ou encore de l’inégalable Nancy Mitford. Des plumes acides qui manient l’absurde avec brio, dont les bonnes réparties sont le fond de commerce, et qui tirent un grand plaisir de passer à la loupe les codes de vie de la gentry, un milieu dont ils connaissent tous les rouages. Le résultat, pour un lecteur français du XXIe siècle, est forcément jubilatoire et hautement exotique. J’ajoute qu’on rigole à presque toutes les pages.

A mi-chemin entre le roman sentimental et la satyre sociale, ce livre est une merveille d’équilibre et de rythme. Pas un chapitre où il ne se passe pas quelque chose. Bien sûr, on ne suit pas le grand cours de l’Histoire ; ici, ce sont des événements sans grande importance qui nous sont raconté, des événements domestiques qui n’influent que sur la vie des personnages. Mais rien que ça, c’est déjà beaucoup. On pense forcément à Downton Abbey, mais avec un sens comique beaucoup plus développé. Les petites choses prennent des proportions énormes, et les fâcheux traversent l’histoire pour le seul plaisir de divertir le lecteur.

L’histoire en elle-même n’est peut-être pas très originale (une jeune fille tombe amoureuse d’un garçon qui n’a aucune chance de lui rendre son amour), mais ce qui est original, c’est tout ce que l’auteure bâtit autour de cette intrigue principale. On trouve une grande richesse dans cette société des années 1930 encore hantée par les souvenirs de la guerre mais qui tente de conserver ses traditions et de retrouver une forme d’insouciance. Le monde ne doit pas s’écrouler, et chacun doit continuer de jouer son rôle. L’histoire oscille donc très souvent entre du pur comique et des instants de tendresse véritable (comme quand le couple Leslie se remémore son fils aîné mort au front). Cela donne l’impression que cette famille est authentique malgré toutes les scènes comiques qui se déroulent dans le livre.

Les personnages sont d’ailleurs la grande réussite de cette histoire. Angela Thirkell nous présente une famille franchement déjantée, et c’est d’autant plus réussi que chacun a vraiment son propre tempérament et ses propres travers. Je suis immédiatement tombée sous le charme de lady Emily dont l’inconséquence et les manies sont à mourir de rire. On a l’impression qu’elle tient la scène à elle seule chaque fois qu’elle apparaît, et son numéro avec ses châles n’a pas fini de me faire rire. C’est d’autant plus efficace qu’aucun personnage ne semble trouver son attitude bizarre : tout est normal ! Gros coup de cœur aussi pour le personnage d’Agnès qui est complètement à côté de la plaque la moitié du temps, mais qui connaît par instant des moments de lucidité désarmants. Le reste des personnages est aussi très réussi, et on ne se lasse pas de les voir valser dans cette intrigue avec aisance.

Ce roman est une vraie pépite, et j’espère de tout cœur que les éditions Charleston auront l’idée de publier d’autres romans d’Angela Thirkell car ce livre a été une révélation pour moi. J’ai vu que ses romans étaient encore publiés en anglais, mais la traduction de ce roman était tellement soignée (notamment au niveau des dialogues) que je sais que j’aurais beaucoup de plaisir à en lire d’autre en français. Si vous aimez la littérature anglaise et que vous cherchez quelque chose de léger, d’original et de drôle à lire, ce roman est forcément fait pour vous.

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3 commentaires pour Le Parfum des fraises sauvages, roman d’Angela Thirkell

  1. Il me donne terriblement envie =)

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  2. Sev dit :

    Oui il a l’air vraiment chouette, ce petit roman! Tu donnes envie de le découvrir 🙂

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