Agatha Christie, le chapitre disparu : roman de Brigitte Kernel

AgathaC’est un hasard du calendrier : le livre de Brigitte Kernel est paru chez Flammarion quelques semaines après l’adaptation par la BBC de Dix Petits Nègres. Après vous avoir parlé de cette adaptation, je poursuis donc ma thématique Agatha Christie avec le livre de Brigitte Kernel, Agatha Christie, le chapitre disparu. Un livre étonnant, qui dès avant sa parution a suscité ma curiosité. Imaginer un roman à partir d’un détail de la vie de la romancière, c’est une bonne idée. Mais s’en servir de prétexte pour mettre à jour le portrait intime d’une femme qui demeure une énigme pour ses lecteurs, c’est encore plus brillant. Je ne pouvais tout simplement pas résister !

En décembre 1926, Agatha Christie, romancière qui connaissait déjà un beau succès, disparaît pendant onze jours. Onze jours pendant lesquels on ne sait pas ce qui lui est arrivé. On imagine le pire : suicide, meurtre, kidnapping… Un épisode sombre dans un moment douloureux : la romancière vient d’enterrer sa mère, et son mariage est sur le point d’imploser car son mari veut divorcer. Agatha disparait donc. A son retour, aucune explication. Dans son autobiographie, aucune mention de l’événement. Le mystère reste entier. A partir de cet épisode, Brigitte Kernel invente l’histoire d’une fuite : celle d’une femme perdue qui trouve refuge dans l’hôtel d’une station balnéaire. Déguisée, cachée, elle écrit et tente d’y voir plus clair dans sa vie. C’est le moment de l’introspection pour cette fine plume si lucide sur ses contemporains, et si peu habituée à s’auto-analyser.

Je connaissais déjà l’histoire de cette « évasion » d’Agatha Christie car un épisode de la série britannique Doctor Who lui était consacré et tentait déjà de lever le mystère sur cette disparition inexpliquée. Et même si la thèse d’une attaque extraterrestre me semble peu probable, l’épisode avait au moins eu le mérite de me faire découvrir une anecdote que je ne connaissais pas sur la reine du crime. Effectivement, dans son autobiographie, Agatha ne fait pas mention de ces onze jours. La voie était donc ouverte pour qu’un auteur de fiction s’y engouffre, et c’est exactement ce que Brigitte Kernel a fait.

Tout d’abord, il faut dire que le livre est bien documenté. Brigitte Kernel connait son sujet, et c’est avec une certaine aisance qu’elle met en place le portrait d’une femme qui prend corps sous nos yeux. Une femme trompée par son mari, qui se sent abandonnée dans un mariage qui prend l’eau alors qu’elle rêvait de connaitre le bonheur conjugal. Le succès des romans semble bien loin et bien peu réconfortant pour faire face à ce drame domestique. Jetée sur les routes, au volant de sa voiture bien-aimée, Agatha file dans la nuit. Mais sa route va la mener plus loin qu’elle pensait, pas seulement géographiquement mais aussi émotionnellement. Et si j’ai trouvé que le roman mettait un peu de temps à se mettre en place, il faut reconnaître qu’une fois qu’il est lancé, on a du mal à le lâcher.

Dans les mots de Brigitte Kernel, on découvre une femme plus jeune que l’image qu’on a d’elle. Elle n’est pas encore cette vieille dame souriante et épanouie. Elle est une femme jeune, en pleine crise, qui ne sait plus quel sens donner à sa vie. Et l’écriture s’installe petit à petit, comme un exutoire face à l’absurdité d’une vie qui ne se laisse pas dompter facilement. L’écriture, c’est mettre de l’ordre et trouver un sens aux choses, exprimer les émotions que l’on ne livre pas dans l’intimité du quotidien. Au fil des pages, Brigitte Kernel met ses pas dans les pas d’Agatha et tente de tisser une histoire plausible, rationnelle, logique. Elle essaye de donner des clefs pour comprendre cette femme-énigme.

Puisque nous sommes dans un roman, le lecteur est libre d’adhérer ou pas à cette version. Pour ma part, je l’ai trouvée très convaincante. Outre que l’histoire est plaisante à lire, elle jette un éclairage bienvenu sur une version plus jeune d’Agatha Christie, une version moins connue de ses lecteurs. Elle y apparaît moins sûre d’elle, moins mythique, plus humaine, plus touchante, plus proche de nous. Une réussite.

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8 commentaires pour Agatha Christie, le chapitre disparu : roman de Brigitte Kernel

  1. Je le mets illico dans ma whishlist celui-là !

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  2. Au fait, tu as renommé Agatha, Aghate dans ton titre 😉

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  3. juneandcie dit :

    Aaaaah ! Enfin ! Ta chronique n’a fait que m’allécher encore plus.

    Aimé par 1 personne

  4. valmleslivres dit :

    Il me tente ce roman, j’ai toujours été fascinée par ces dix jours dont on ne sait rien.

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  5. Ping : Agatha Christie, le chapitre disparu. – June & Cie

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