Qu’est-ce qu’un classique moderne ?

femme-lisantAvant les vacances, j’avais regardé la vidéo d’une booktubeuse géniale sur les livres classiques. Au détour d’un commentaire, elle posait la question : qu’est-ce qui fait qu’un livre moderne peut être identifié comme un classique ? Entre deux lectures cet été, la question m’est revenue plusieurs fois sans que j’arrive à trouver une réponse satisfaisante. Nous arrivons facilement à citer des auteurs et des romans classiques : Victor Hugo, Le Rouge et le Noir, Moby Dick, Molière… Mais quand on veut commencer à désigner les classiques des temps modernes, quels critères devons-nous prendre en compte ? Je partage avec vous les éléments de réponse auxquels j’ai pensé.

Datation au carbone 14

La première réflexion que l’on serait tenté d’avoir pour définir un classique moderne, c’est sa date de parution. En effet, Molière est un classique « classique » car il n’est pas de notre époque. De la même manière, on sait que Virginie Despentes est une auteure contemporaine. Mais du coup, pour les modernes, quand est-ce qu’on les place dans la frise chronologique ? Quelque part entre aujourd’hui et il y a longtemps, mais pas trop longtemps ?

La littérature a souvent connu des grands changements, et il y a eu des écoles, des styles qui ont fait date. Le roman moderne se situe quelque part au début du XXe siècle, et on pourrait être tenté de donner cette limite pour commencer à parler de classiques modernes. Mais je ne suis pas vraiment convaincue. Je prends deux exemples : Germaine Acrement (auteure des Dames aux chapeaux verts) est morte en 1986, et Alain Fournier (auteur du Grand Meaulnes) est mort en 1917. Pourtant, malgré leurs dates de vie et de publication, il me semble qu’aucun des deux ne peut être qualifié d’auteur moderne. Leur oeuvre parle d’une époque trop différente de la nôtre, qui est déjà âgée au début du XXe siècle.

En y réfléchissant, je pense que la période moderne commence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. J’ai l’impression que ce choc, encore plus fort que le premier peut-être justement parce que c’était le deuxième, a marqué le début du XXe siècle tel que nous l’avons connu. Tous les événements historiques consécutifs de cette période ont permis d’ériger en Occident un nouveau mode de pensée, un nouveau mode de vie aussi. C’est l’avènement du communisme, puis de la société de consommation, la fin de la religion, la modernisation à tout va, le début de la fascination pour les progrès scientifiques et médicaux, la création des centres commerciaux, de la vie de banlieue, le développement des télécommunications… Bref, tous les critères qui définissent notre société actuelle sont nés pendant ces années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Et pour la littérature, cela a aussi eu des implications car les auteurs n’ont plus parlé des mêmes choses : le monde avait changé.

Oui, mais jusqu’à quand ça dure ?

Maintenant que nous sommes à peu près d’accord sur le début de l’ère moderne, la seconde question à laquelle il faut répondre, c’est : à partir de quelle date pouvons-nous arrêter la période moderne et commencer à parler de littérature contemporaine ? Le fait qu’un auteur soit en vie suffit-il à dire qu’il est contemporain ? Et pour les auteurs décédés ces deux dernières années : sont-ils déjà relégués au rang de littérature moderne ?

Afin de ne froisser aucune susceptibilité, il faudrait trouver un point dans le temps qui serve de référence. Mais j’avoue que j’ai du mal à mettre les choses au clair. Pour moi, L’Amant est un classique moderne. Sauf qu’il a été publié en 1984. Est-ce assez vieux pour être moderne ? Ou bien est-ce trop récent et du coup le livre tombe dans la catégorie des contemporains (bien que Duras soit morte depuis longtemps) ?

En faisant des recherches sur le net, je n’ai trouvé aucun élément qui permette de distinguer les deux périodes. Pire : la plupart du temps, les gens semblent employer les deux adjectifs comme s’ils étaient équivalents ! Décevant. N’ayant aucune autorité littéraire sur laquelle me reposer pour trancher cette question, je propose de donner une solution subjective et arbitraire (parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même) : je dirais que la période de la littérature contemporaine commence en 2001. Les attentats du 11 septembre ont montré que le monde avait encore changé, et surtout que notre regard sur notre monde était différent lui-aussi. J’utiliserais donc ce marqueur temporel pour faire la différence entre la période moderne (dans laquelle Marguerite Duras n’a jamais été confrontée au terrorisme tel que nous le connaissons maintenant) et la période contemporaine (dans laquelle la littérature occidentale est plus fascinée par la quête du sens que par l’exercice de style).

Et maintenant, les critères de sélection

A présent que nous avons une période temporelle définie dans laquelle partir à la pêche des classiques modernes, une nouvelle question se pose : qu’est-ce qui fait qu’un livre devient un « classique » ? Est-ce les prix littéraires remportés ? Le nombre d’exemplaires vendus dans le monde ? Le fait que Steven Spielberg en ait fait une adaptation au cinéma ? Le fait qu’un livre ait choqué ? Ne soyons pas naïfs, c’est sûr que ce genre de critères joue sur le succès qu’un livre va avoir. Mais passé le moment de la parution, qu’est-ce qui fait qu’un livre va continuer d’exister dans la sphère culturelle ? Je pense que c’est tout simplement le fait que le public aime ce livre. Ce sont finalement les lecteurs qui assurent le devenir d’un livre en l’achetant, ce qui fait qu’il continue à être édité. Le fait qu’un livre continue à être lu, plusieurs années voire décennies après sa première publication, prouve bien que le public lui est fidèlement attaché.

Personnellement, voici quelques uns des livres qui sont pour moi des « classiques modernes » :

  • Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry publié en 1946
  • La Peste d’Albert Camus publié en 1947
  • L’Attrape-coeur de J.D. Salinger publié en 1951
  • Bonjour Tristesse de Françoise Sagan publié en 1954
  • Lolita de Vladimir Nabokov publié en 1955
  • Sur la route de Jack Kerouac publié en 1957
  • L’Orange mécanique d’Anthony Burgess publié en 1962
  • Sula de Toni Morrison publié en 1973
  • La Vie mode d’emploi de Georges Perec publié en 1978
  • Le Nom de la rose d’Umberto Eco publié en 1982
  • Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez publié en 1982
  • L’Amant de Marguerite Duras publié en 1984
  • Les Versets sataniques de Salman Rushdie publié en 1988
  • Moon Palace de Paul Auster publié en 1989
  • Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb publié en 1992
  • Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq publié en 1998

Il y a certainement beaucoup d’autres livres à mettre dans cette liste, mais ils ne me viennent pas tous à l’esprit ! N’hésitez pas à me dire lesquels rajouter dans vos commentaires.

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4 commentaires pour Qu’est-ce qu’un classique moderne ?

  1. Un article très intéressant, encore une fois ! C’est vrai que ce sont des classiques publiés récemment… je trouve d’ailleurs que la « littérature contemporaine » est un genre un peu fourre-tout, tu ne trouves pas ? Merci pour cet article 😉

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  2. Domi dit :

    J’ajouterai a ta liste les auteurs Gilbert Cesbron et Roger Frisson-Roche qui me semblent tous les deux entrer dans tes critères de datation. Leurs œuvres sont toujours lues, et restent d’actualité; enfin c’est mon avis. Merci pour ton article.

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  3. Goran dit :

    Pour moi un auteur devient classique après son décès…

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