Marre des titres à rallonge !

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Il me semble que c’était Desproges qui avait fait cette blague : « Les auteurs boivent, les lecteurs trinquent ! » Il avait bien raison : nous, pauvres lecteurs, sommes à la merci des auteurs, de leur imagination comme de leur manque d’originalité. Et si parfois la souffrance se fait sentir dans les pages d’un roman, il peut aussi arriver qu’elle commence dès la couverture.

Depuis quelques temps déjà, une mode tout à fait atroce s’est emparée du milieu littéraire, et le phénomène est mondial. Je veux parler des titres trop longs. Et quand je dis longs, je veux vraiment dire très long. Du genre qui prennent toute la couverture pour qu’on les écrive, du genre où vous êtes à bout de souffle devant votre libraire quand vous tentez de lui dire quel roman vous cherchez. Il faut réagir !

Passage des titres en revue

Sans blagues, je ne suis pas toute seule à avoir remarqué ce phénomène ? Vous l’avez vu aussi sur les étagères de votre librairie préférée. D’ailleurs, c’est tellement flagrant que c’est impossible de passer à côté. Tout à commencé de manière plutôt innocente avec un roman indien. Nous sommes en 2007, et le romancier Vikas Swarup publie son livre : Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire (beaucoup trop de mots, argh !). Ce livre est depuis lors devenu un grand succès partout dans le monde ; je précise que c’est plus grâce à son histoire que grâce à son titre. Et depuis cet énorme succès d’édition, nous avons eu droit à ça :

  • La Véritable Histoire d’un Indien qui fit 7.000 km à vélo par amour
  • La Petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel
  • L’Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa
  • Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
  • Comment braquer une banque sans perdre son dentier (je précise que c’est bien un roman, et pas un ouvrage de développement personnel)
  • Ne dites pas à ma mère que je suis handicapée, elle me croît trapéziste dans un cirque
  • Comment les grands de ce monde se promènent en bateau
  • De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire
  • Le Bizarre incident du chien pendant la nuit
  • Alors vous ne serez plus jamais triste
  • Le Fabuleux Destin d’une vache qui ne voulait pas finir en steak haché
  • Il faut laisser les cactus dans le placard
  • L’Immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes
  • Le Fabuleux Voyage d’un jeune homme en combinaison spatiale dans un combi Volkswagen

C’est ce dernier titre qui a amené en moi cette sensation de frustration tellement le titre est indigeste. Je n’ai pas envie d’avoir autant d’informations dans un titre. L’ensemble n’a ni queue ni tête. Au passage, vive l’originalité avec le clin d’œil à peine voilé au film Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain !

Ceci n’est qu’un échantillon représentatif de cette tendance. Tous les titres sont vrais, et si je n’ai pas précisé les noms des auteurs ou les maisons d’édition, c’est tout simplement parce que c’était au-dessus de mes forces ! Mais vous pourrez facilement les trouver en librairie où ils sévissent librement.

Je ne dis pas que ces livres sont de mauvais livres. Mon propos est le suivant : pourquoi y avait-il besoin de faire des titres aussi ridiculement longs ? Les éditeurs pensent-ils que les lecteurs sont feignants au point de ne pas pouvoir retourner un livre pour lire son résumé ? Confondent-ils la première et la quatrième de couverture ? Sont-ils devenus déments ?

Une question de marketing

Evidemment, le but derrière tout ça, c’est de faire en sorte que le bouquin se démarque de la foule innombrable des autres livres parus. Un titre long, ça se voit tout de suite, sans même le lire, ça attire l’œil. Et plus le titre est long et bizarre, plus ça donne l’air cool au livre en question… Enfin, ça c’est le raisonnement des chargés de marketing, parce que moi je ne me fis pas seulement au titre pour acheter un livre. Je regarde d’abord le résumé de la quatrième de couverture !

L’autre facteur important avec un titre long, c’est de jouer sur le côté décalé : il faut que ce soit énigmatique : on donne beaucoup d’informations, mais hors de leur contexte elles ne veulent rien dire, du coup le lecteur va devenir curieux et vouloir en savoir plus. Cette logique pourrait marcher à deux conditions. D’abord, il faut que le titre n’ait pas l’air complètement fantaisiste (par exemple celui avec le spationaute en voiture, ça ne marche pas). Et ensuite, il faudrait pour cela qu’il n’y ait pas beaucoup de livres avec des titres à rallonge. Ce qui est en train d’arriver, c’est qu’il y a tellement de romans qui sortent avec des titres ridiculement longs que les lecteurs sont en train de s’y habituer. Du coup, les éditeurs perdent tout effet d’originalité.

Il reste quand même une chose essentielle qu’il faut aborder : à quoi sert un titre ? Ce n’est pas un résumé, il n’est pas sensé expliquer de quoi le livre va parler. Le titre est plus fait pour donner le ton du livre, marquer un peu l’ambiance. Pour moi, un bon titre est bref, percutant, assumé. Ce doit être un parti pris. L’Amant : c’est clair. Moby Dick : l’un des titres les plus connus au monde. Orgueil et Préjugés : deux mots et on tient le thème de l’histoire. Le Petit Prince, Les Misérables, Roméo et Juliette, Les Trois Mousquetaires… Franchement, si tous les grands auteurs ont réussi à trouver des titres, pourquoi les auteurs d’aujourd’hui n’y arrivent-ils plus ? Il vaudrait peut-être mieux faire taire les stratégies marketing et laisser s’exprimer les livres plutôt que de les calibrer pour une mode qui sera passée d’ici une vingtaine d’années.

Et vous, quel est votre avis sur ce genre de titre ? Est-ce que vous les aimez ? Vous les trouvez drôle ? ça vous donne envie de lire les livres en question ?

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9 commentaires pour Marre des titres à rallonge !

  1. Je n’aime pas ces titres trop longs et souvent impossibles à retenir sauf par mots-clés. Et, quand tu les retiens et que tu vas en librairie pour demander les livres en question, tu es obligé de retenir ton souffle pour réussir à débiter l’intégralité du titre. Cela m’étonne presque qu’aucun client n’ait fait un malaise suite à cela.
    Cela dit, ces titres ne me dérangent pas plus que cela, même si je les trouve, finalement, assez inutiles en soi. Je ne parlerais pas de « mode », bien qu’effectivement depuis qu’un titre a fonctionné, ça ne s’arrête plus. Je dirais plutôt que ces titres-à rallonge-et-bien-trop-longs servent à identifier un certain genre de livres. Et peut-être à retenir l’attention du potentiel lecteur en éveillant sa curiosité…
    Malheureusement, en ce qui me concerne ça ne fonctionne pas. J’ai tout de même lu un titre, La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel (voilà c’est dit, je peux respirer) car on ne cessait de me faire l’éloge de l’auteur du Fakir dans l’armoire Ikea (non, je ne citerais pas un deuxième titre à rallonge)… Eh bien je dois dire que c’était divertissant mais sans plus. Je ne réitérerait pas l’expérience.

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  2. Cette mode est juste horrible ! Surtout les titres commençant par « Le fabuleux/extraordinaire/surprenant destin/voyage (rayez les mentions inutiles) : c’est clinquant et personnellement, ça ne me donne pas du tout envie d’ouvrir le livre, encore moins de l’acheter. Cette stratégie marketing est tellement évidente que je me demande comment font certains pour tomber dans le panneau !

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  3. juneandcie dit :

    Longs et insolites, marketing pour intriguer

    Aimé par 1 personne

  4. vinushka64 dit :

    Je pense que les éditeurs, plus que les auteurs, sont derrière tout ça. Par exemple, il suffit de voir le titre vo de Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire qui est très court (Q & A). Perso quand je vois ces titres, cela ne m’accroche pas et ça me fait penser à du feel-good -même si c’est pas tjrs le cas- donc j’en lis rarement. ^^

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  5. Sophie dit :

    C’est pas un sujet si simple parce que les livres avec des titres courts que tu cites tout le monde les connait et les a lus. Ce sont des classiques. Après tu me diras y a les fourmis de Bernard Werber qui a bien marché… si on ne m’en avait pas parlé, je ne l’aurais sans doute jamais lu. En tant que lecteur, moi je me dis, il ne s’est pas trop creusé la tête pour trouver un titre, mais il va à l’essentiel c’est sur..

    De nos jours, la société zappe vite. Tu cherches un livre sur Amazon à offrir par exemple, tu regardes la couverture, le titre, ça te plait pas, tu ne lis même pas le résumé. C’est comme ça que ça marche, pour une partie des gens en tout cas. Pour ceux qui lisent moins, qui veulent lire « le livre du moment », celui dont on parle autour de la machine à café. Il faut donc attirer l’œil.

    On ne peut pas tout mettre dans le même panier. En titre long y a « Clara au Guatemala: l’odyssée glamour d’une apprentie globetrotteuse » de Sophie Rouzier. J’ai lu aussi un livre en allemand. Je traduis le titre: petit dej’ avec des éléphants ou une ranger en Afrique. Ça apporte une précision en plus. J’ai pas eu des impressions de marketing à outrance. Mais bon le coup du fakir et de du minibus VW, c’est un peu énervant à force, je te rejoins là-dessus.

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    • Alivreouvert dit :

      Merci beaucoup pour ton commentaire, tu m’a donné matière à réfléchir ! C’est vrai qu’il existe aussi des titres longs qui ne sont pas là pour surfer sur la mode mais pour donner à voir l’intention de l’auteur. Et après, comme tu le dis si bien, ça dépend finalement des habitudes de lecture de chacun et de notre façon de « consommer » les livres. Merci !

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