Certains livres sont-ils trop intimidants ?

livre

Bonjour à tous, et bienvenue sur Alivreouvert pour une nouvelle semaine de lectures !

En surfant récemment sur le web, j’en ai profité pour mettre à jour ma wishlist : dedans, j’avais sélectionné pas mal de littérature contemporaine, mais aussi quelques classiques afin de mettre en oeuvre mes bonnes résolutions de lectrice. En passant sur d’autres livres que j’ai déjà lu, je me suis fait la réflexion que j’avais quand même déjà lu un paquet de livres dans ma vie ! A seulement 30 ans, j’ai déjà plusieurs centaines de livres ! Je ne sais pas exactement combien parce que ça ne fait pas très longtemps que je tiens des comptes, mais il y en a eu vraiment beaucoup. Et dans le lot, je suis assez fière de dire que j’ai même réussi à venir à bout de quelques livres qui représentent des morceaux de bravoure ; des livres tellement intimidants que je ne pensais un jour les lire… et encore moins les finir ! Car oui, les livres intimidants, ça existe. Et même, parfois, ils sont tellement intimidants que les lecteurs n’osent pas tenter l’expérience de la lecture, de peur de subir un échec cuisant. Vous n’êtes pas convaincu ? Voici une liste des caractéristiques qui permettent de reconnaître un livre trop intimidant.

Les Pavés

Si vous avez envie de faire un peu de sport pour vous muscler les bras, ne vous inscrivez pas dans une salle de gym : allez donc en librairie ! Moi, tous les matins, je prends un tome du Trône de fer dans chaque main et je fais mes exercices tonifiants. A 1 000 pages en moyenne chaque tome, ça pèse son poids ! Et ça en fait, des heures de lecture !

La question des pavés est pertinente, parce que si on lit vite ça prend du temps de finir le livre, et si on lit lentement, ça prend encore plus de temps. On peut légitimement se sentir décourager en se disant qu’on va mettre trois, voire quatre semaines pour boucler la lecture d’un livre. On a envie de lire pour passer un bon moment ; si la lecture devient une contrainte ou un marathon digne des épreuves olympiques, on prend le risque d’être dégoûté du livre, ce qui est contre-productif !

Les Auteurs russes

Je ne sais pas si je suis toute seule dans ce cas, mais les auteurs russes me font froid dans le dos. Les rares fois que j’ai ouvert un roman ou une nouvelle russe, j’ai toujours éprouvé une sorte de gêne. Cela doit tenir à la réputation difficile des auteurs russes, ou bien au statut de quasi dieux de Dostoïevski, Gogol, Tolstoï, Tourgueniev…

En plus d’être célèbres, morts depuis longtemps et entourés d’une aura parfois mystique, les auteurs russes sont dramatiquement tristes. On ne rencontre pas la joie de vivre à chaque page, loin de là ! L’âme russe, c’est toute la misère du monde condensée en quelques lignes d’une noirceur insoutenable. Et parfois même, quelques piques à l’encontre des français : par exemple, dans Le Joueur, le seul personnage fourbe et mal intentionné est évidemment un français ! Ha non, vraiment, les auteurs russes, c’est trop difficile !

Les Livres de Victor Hugo

(Non, celui-là c’est une blague pour ma mère !)

Les Livres qui ont reçu le Prix Nobel de Littérature

Ais-je vraiment besoin d’expliquer celui-ci ? C’est vrai que le Prix Nobel est la plus grande reconnaissance qu’un livre puisse obtenir. Au beau milieu de l’intégralité de la production littéraire mondiale (enfin, plutôt occidentale, mais c’est déjà beaucoup), on désigne UN livre, UN SEUL, et on dit qu’il est meilleur que les autres. Alors évidemment, après pour les lecteurs, ça met un peu la pression. Comment aborder un livre aussi impressionnant ?

Personnellement, j’ai récemment lu Au-Dessus de la mêlée, un livre écrit par Romain Rolland auquel on a décerné le Nobel en 1915, et je n’en suis pas sortie traumatisée. C’est par curiosité plus que par courage que je l’ai lu, et finalement ça s’est très bien passé. Ce fut une très belle découverte et une lecture plaisante malgré le sujet très sérieux du livre. Donc, pour les Nobel, je vous conseillerai de tenter votre chance en faisant abstraction du fait que le livre a été primé.

Ceux dont on ne comprend pas bien de quoi ça parle

Je me souviens très bien du mois d’août 2008 : j’étais sur une plage du Lavandou, en train de bronzer tout en lisant Tarentula de Bob Dylan. Je me souviens que la couverture était violette et c’est à peu près tout. J’avais bien entendu dire que ce livre était une expérience de lecture difficile, mais j’étais tellement fan de Dylan que je me suis dit « Moi, pas peur ! ». Finalement, ce livre m’a fait l’effet d’un lavage de cerveau, et aujourd’hui je serais bien incapable de dire de quoi ça parle. Tout ça pour dire que certains livres sont juste trop bizarres pour le commun des mortels !

Par contre, j’ai souvent entendu dire du mal d’un livre que j’adore : La Vie mode d’emploi, l’excellent roman (ou peut-être est-ce un recueil de nouvelles ?) écrit par George Perec. Perec était un génie, et son génie littéraire était toujours basé sur le jeu. Il aimait jouer avec ses lecteurs, leur offrir des parcours, des énigmes, des remue-méninges… Ce livre se déroule dans un immeuble parisien, et chaque chapitre est dévolu à un détail de cet immeuble. Rien à voir avec Zola qui va vous raconter toute la misère du monde ! Perec vous invite à pénétrer dans l’appartement gauche du deuxième étage : dans le salon il y a un guéridon, sur le guéridon il y a la photo d’un homme, voici donc l’histoire de cette homme. Chaque chapitre est une sorte d’instantané qui invite à la curiosité. Les gens pensent souvent que c’est très difficile, mais au contraire : ça se lit très, mais alors très facilement !

Ceux qui sont rasoir

C’est une vérité dont les lecteurs n’aiment généralement pas faire étalage, mais les livres chiants, ça existe. Je vous prie de m’excuser pour mon langage… et pour le fait qu’une fois encore je vais citer ce bouquin de M#### qu’est L’Education Sentimentale, mais c’est plus fort que moi ! Bien sûr, il faut des livres pour tous les goûts. Mais objectivement, certains livres sont d’un ennui mortel, voire criminel, et on se demande si les auteurs voulaient faire oeuvre de création ou s’ils ont malencontreusement trouvé le remède contre l’insomnie !

J’ai beaucoup aimé lire Moby Dick, c’est l’un des meilleurs livres que j’ai croisé sur mon chemin de lectrice. Mais bon sang : il y a eu des chapitres entiers que j’ai dû sauter ! Je l’avoue sans honte : humainement, ce n’était pas possible de lire la liste complète de toutes les choses remarquables qu’on peut fabriquer avec de la graisse de baleine… Ou encore les différents types de harpons que l’on utilise pour la chasse à la baleine… Et toutes ces autres informations tout à fait inutiles que Melville donne à ses lecteurs. Melville, en son temps, avait inventé l’anti-Wikipedia : une source intarissable d’informations de qualité dont personne n’a rien à faire. Malgré ces chapitres de souffrance où l’on est tenté de piquer un roupillon, le reste du livre est d’une qualité que je qualifierai de miraculeuse, alternant le drame le plus intense avec des moments de pure poésie. Mais entre les deux, on s’ennuie ferme !

Ceux où on a peur de passer pour un idiot

Il y a des livres qu’on juge intimidants parce qu’on se dit qu’on n’a pas le bagage culturel ou intellectuel suffisant pour comprendre de quoi ça va parler. Et dans certains cas, ça peut être vrai. Par exemple, c’est certain que je ne lirais jamais le recueil des articles où Albert Einstein expose les principes de la théorie quantique. Clairement, je ne suis pas au niveau, et ce serait ridicule de m’imposer une souffrance pareille.

Mais à part pour des ouvrages techniques ou scientifiques, il n’y a en fait pas tant de livres que ça qui soient réellement intimidants. En tout cas, aucun livre de fiction ne peut être à ce point exigeant qu’un lecteur moyen ne puisse pas le comprendre. La fiction, c’est un voyage émotionnel plus qu’intellectuel. On demande au lecteur de ressentir les choses, d’être prêt à croire à l’histoire. Il n’y a donc pas de raison de se sentir intimidé. Cela étant dit, il existe de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique très bien faits et tout à fait abordables. J’avais lu Théorème vivant de Cédric Vilani, et j’ai tout compris !

Ceux qui ne sont pas assez intellos/snobs/adultes

Au contraire des livres précédemment cités, certains titres peuvent intimider le lecteur, non pas parce qu’il craint de ne pas être à la hauteur, mais parce qu’il craint d’avoir passé l’âge de certains plaisirs. Un exemple : le Young Adult. Ces livres s’adressent à un public entre 16 et 25 ans, mais quand un livre est bon, il est bon à tout âge. De nombreux lecteurs adultes, aguerris et mûrs ont lu par exemple Nos Etoiles contraires et ont trouvé que c’était un excellent livre. Ils ont bien raison. Ce n’est pas parce qu’on ne fait pas partie officiellement de la classe d’âge visée par un livre que l’on doit bouder son plaisir.

Pareil pour les regards condescendants que les gens jettent sur des adultes qui lisent Harry Potter. Si vous préférez lire tristement le dernier essai économique de je ne sais quel énarque, tant pis pour vous ! La lecture est un plaisir personnel, et les lecteurs ne devraient pas laisser le jugement des autres leur dicter ce qu’ils peuvent lire ou pas. Halte au snobisme littéraire ! Il n’y a pas d’âge pour lire, découvrir et se faire plaisir. Lorsque j’ai passé mon bac, j’avais d’ailleurs relu plusieurs aventures de Fantômette pour me calmer les nerfs les soirs avant mes épreuves. C’est ma madeleine de Proust à moi.

La moralité, quand on y réfléchit un peu, c’est que les idées reçues ne doivent pas régenter nos choix de lecteurs. Il y a tellement de bons livres là dehors, et ils méritent qu’on leur donne une chance. Sauf L’Education Sentimentale ! Celui-là, je ne le conseillerais jamais à personne ! Sauf éventuellement pour caler une table ou allumer un barbecue.

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14 commentaires pour Certains livres sont-ils trop intimidants ?

  1. Votre billet du jour est fort drôle et je me suis bidonnée quand vous parlez de Moby Dick ou de Flaubert. Vous avez bien raison et oublié de préciser que les 7 tomes de Proust que je me suis coltinée en son temps peuvent rentrer dans plusieurs catégories à la fois que je vous laisse énumérer. Merci à vous…

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    • uranie84 dit :

      Ouh la la, Proust est hors concours tellement il est pénible !! Vous avez toute mon admiration pour être parvenue au bout ! Bravo ! (soit dit en passant, ça ferait une bonne idée d’épreuve olympique !)

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  2. Bulle and mag dit :

    Excellent ton billet !!! Je partage tout à fait ton avis concernant les auteurs russes… C’est un peu pour cela qu’Anna Karénine et Crime et Châtiment font partie de ma « to-read-list » depuis tellement longtemps que je crois que je vais devoir enlever la poussière qui les recouvre à la pelle ! 🙂 Pas encore eu le courage, trop intimidant, trop d’autres livres à lire… Trop d’excuses au final… Mais comme tu le dis si bien : arrêtons les préjugés littéraires. Ce mois-ci, je me mets Anna Karénine en défi ! Merci pour la recommandation sur La vie mode d’emploi : je sens qu’il va repasser en haut de la pile celui-là….

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  3. J’aime beaucoup ton article! C’est vrai qu’il y a des livres qui intimident mais pourtant je trouve que ça vaut le coup de tenter! Par exemple, j’avais beaucoup aimé Anna Karenine alors que je pensais que ça allait être indigeste 🙂

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  4. katia54 dit :

    Si terribles les auteurs russes ? ! Oh la la… Lisez « Les âmes mortes » de Nicolas Gogol. Sous un titre apparemment pas très rigolo, les personnages sont hilarants et le texte est décapant ! Et ses nouvelles comme Le Nez ou le manteau ? Formidables !
    Quant à Dostoïevski, lisez le Double, ce n’est pas un « pavé » et un roman fabuleux.
    Et j’ai même mieux : lisez aussi « La Femme de l’ambassadeur », un court roman qui va bientôt paraître et qui vous transportera dans la vaste Russie !

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  5. Ping : Sommaire de Mai 2015 | A livre ouvert

  6. Catherine dit :

    Tres bon article! Je me reconnais dans ce que tu dis. Moi aussi il y a des livres que j’evite. Et j’ai lu avec curiosite et interet ton passage sur Moby Dick parce que justement, ca fait (ou faisait) partie des livres que je voulais lire et puis je me suis decouragee toute seule en lisant certaines revues et du coup, je penche pour la BD 😉
    Pour les auteurs russes, ce que je dirais ce sont les noms dans leur romans comme Anna Karenine ou il est parfois difficile car ils ont deux prenoms et parfois l’auteur emploi l’un et parfois l’autre mais j’ai adore cette lecture.
    Parfois il faut un peu se « forcer » car on a de bonnes surprises et puis parfois ben non, on a tous le droit de baisser les bras et de ne pas aimer un style ou un livre, non?

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    • uranie84 dit :

      Merci pour ton commentaire. Tu as raison de dire que parfois il faut un peu se forcer. Il y a des livres où le début ne me plaisait pas, et par la suite j’ai beaucoup accroché pour au final trouver le livre très bon. Après, c’est vrai aussi que tous les livres ne sont pas faits pour tout le monde, et on peut tout simplement ne pas aimer un livre. En gros, il faut tenter sa chance !

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  7. dominique besse dit :

    Ton article m’as fait beaucoup rire, même pour mon Totor dont il faut bien l’avouer je n’ai pas encore tout lu. Pour les auteurs Russes je suis bien d’accord mais j’ai tenté Docteur Jivago a cause du film que j’avais beaucoup aimé, et je dois avouer que la lecture du livre m’avait dans un premier temps un peu déçu car je n’y avait pas reconnu le film. Mais une fois digérer je dois dire que le livre m’as permis d’appréhender un auteur russe , et je suis fière d’y être arriver. Merci pour ton blog qui est toujours très bien.

    Aimé par 1 personne

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