Une carte postale de la Lune, roman de Stewart Foster

carte-postale-luneJ’avais mis le roman de Stewart Foster sur ma liste des parutions de février car, en le repérant sur le catalogue des nouveautés de Grasset, le titre m’avait interpellé, et le résumé m’avait donné très envie. De plus, comme je ne connaissais pas l’auteur, c’était une sorte d’aventure. Une aventure de lecture qui m’a troublé, touché, fasciné… bref un très joli livre qui mérite que je vous le fasse connaître. Une carte postale de la Lune ne fait pas partie de ces livres à gros tirages dont toute la presse va parler avec force d’adjectifs flatteurs, mais il fait indéniablement partie des romans qui peuvent toucher un large public, même s’il n’y a pas de battage médiatique autour d’eux.

Derrière son titre aussi poétique qu’énigmatique, Une Carte postale de la Lune cache une histoire assez ambitieuse : celle de deux frères, dont l’un est fou et l’autre est mort, qui s’échappent du centre où ils vivent pour partir à la recherche de leur père, parti à bord d’une navette spatiale russe pour une mission secrète. Leur mère ne semble plus être là, ils n’ont aucune famille, personne pour les aider, et le seul trésor qu’ils emportent avec eux est le livre qu’ils ont écrit pour raconter l’histoire de leur famille et garder les quelques lettres que leur père leur a envoyé depuis qu’il est parti dans l’espace. L’histoire ne vous semble pas claire ? C’est normal, il ne s’agit pas vraiment d’un récit linéaire, mais plutôt d’un puzzle que le lecteur va devoir reconstituer au fil de sa lecture et de ce qu’il comprendra de l’histoire de Jack et Tom.

Le roman est construit avec deux voix : celle de Jack et celle de Tom, les deux frères narrateurs. Pour les différencier, le livre déploie deux types d’écritures : l’une « normale » et l’autre en italique. Ainsi, on peut suivre le dialogue incessant entre les deux frères, ainsi que leurs interactions avec le monde extérieur. Les passages du livre écrit par les frères, qui servent de flashbacks, sont dans une autre typographie, et enfin les lettres envoyées par le père ont-elles aussi leur propre typographie afin de les différencier du récit cadre. Avec toutes ces ressources, le livre offre une certaine richesse et un rythme bien à lui, matérialisé par les changements d’écriture qui permettent au lecteur de se repérer. L’effet esthétique est aussi très intéressant parce que l’œil se rend bien compte que le texte change au fil des pages, et c’est une sensation très agréable. Moi qui suis fan de romans policiers, j’avais l’impression de mener une enquête en suivant l’histoire.

Malgré l’allure compliquée du récit, on suit très facilement l’histoire grâce aux deux personnages principaux : Jack et Tom sont très attachants et on les suit avec beaucoup de tendresse, devinant à demi mots les drames qu’ils ont subit et espérant avec eux qu’ils trouveront une fin heureuse à leur histoire. Si vous avez lu Tandis que j’agonise, le chef d’œuvre de Faulkner, vous savez que les récits à la première personne sont fascinants quand on suit un personnage qui est fou. C’est le cas dans ce roman où l’on découvre assez vite que l’un des deux frères n’existe que dans la tête de l’autre. Une folie douce, une tentative de le garder en vie, de ne pas être seul, de lutter à sa manière contre la réalité cruelle. Ce tandem est particulièrement réussi, et Stewart Foster a réussi son pari de faire coexister deux personnages, deux voix avec un seul corps, en leur donnant à chacun une personnalité propre, des enjeux propres.

Le revers de la médaille, c’est que la narration se focalise tellement sur les deux personnages que l’histoire en pâtit un peu. J’ai trouvé qu’il y avait parfois des longueurs inutiles qui empêchaient le roman de décoller. On aurait gagné en intensité si certains éléments de l’intrigue avaient été révélés plus clairement, notamment en ce qui concerne les parents. La mère n’est qu’une ombre, alors que l’auteur aurait pu lui donner plus de consistance en la rendant plus présente dans certains souvenirs. La faiblesse de la narration elliptique, c’est justement que l’on peut perdre en intensité. Pareil pour le personnage de Harriet qui aurait mérité un peu plus de temps de présence dans le récit et qui reste un peu trop en retrait à mon goût.

Mais si on prend le temps d’avoir une vue d’ensemble, les quelques faiblesses du roman ne sont pas très importantes à côté de tous les points positifs. Ce roman est très ambitieux et globalement il réussit son pari : totalement centré sur ses deux personnages principaux, il invite le lecteur à faire un voyage dans l’imaginaire de l’enfance, quand l’esprit est capable de modeler les choses de la réalité pour en faire ce qu’il veut. Ce texte est un hymne à l’imagination et au pouvoir de raconter des histoires, et surtout il insiste sur le pouvoir quasiment thérapeutique des histoires : nous aimons les histoires car elles nous emportent loin de la réalité, un pouvoir important surtout quand nous sommes confrontés à des choses que nous ne voulons pas accepter. L’imagination peut nous délivrer de nos craintes, de ce qui nous fait du mal. Et les enfants ont une imagination particulièrement puissante qui leur permet de surmonter presque toutes les épreuves.

Ce très beau livre m’a beaucoup touché, et même si je juge un peu sévèrement le manque de rythme, il faut aussi parfois accepter en tant que lecteur que le projet de l’auteur n’était pas de faire une histoire haletante, mais plutôt de nous inviter dans un songe, contemplatif et mystérieux. En cela, Stewart Foster signe un roman troublant, très personnel et très beau. Une invitation au rêve à tout prix.

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2 commentaires pour Une carte postale de la Lune, roman de Stewart Foster

  1. elea1688 dit :

    Je l’ai terminé la semaine passée et j’ai passé un excellent moment avec ce roman.

    J'aime

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