Carnets de bord de lectures : la curiosité remise en question

Quand on aime lire et qu’on lit beaucoup, on peut être tenté de vouloir garder une trace de ses lectures. Jusqu’ici, rien de plus simple. Mais avec le temps et mon expérience Goodreads en 2014, j’en suis venue à me dire qu’il pouvait y avoir un autre enjeux dans le suivi de nos lectures : une cartographie personnelle de nos goûts littéraires, et donc par extension, la mise en lumière de tous les territoires littéraires vers lesquels nous n’avons pas l’habitude de nous diriger. Avons-nous des habitudes de lectures ? Pouvons-nous nous extraire de nos schémas ? Comment défendre une vision plurielle de la lecture ? A l’heure ou la culture pluraliste fait plus que jamais l’objet d’attaques, il parait bon de rappeler la nécessité de ne pas avoir peur de sortir de notre zone de confort.

Quelle est ma zone de confort littéraire ?

Si on m’avait posé la question il y a quelques mois, j’aurais certainement répondu que je suis plutôt centrée sur la littérature anglo-saxonne, mais que malgré tout je reste une lectrice ouverte à la diversité. Je serais allée jusqu’à dire (en le croyant sincèrement) que mes lectures étaient variées. Une information démentie par les faits. En janvier 2014, j’ai découvert le site Goodreads qui sert à suivre vos lectures en enregistrant tous les livres que vous lisez dans une année. Ce site offre même la possibilité de vous lancer un défi à vous-même : cette année, je compte lire 40 livres. Et on fait les comptes au 31 décembre pour vois si le pari a été tenu. Pas de prix en jeu, si ce n’est la satisfaction personnelle d’avoir atteint l’objectif que l’on s’était fixé… ce qui n’a pas de prix.

En 2014, ce fut donc la première année où j’ai véritablement tenu un journal de bord de mes lectures. Auparavant, je n’en ressentais pas le besoin. Parce que j’ai une très bonne mémoire et que je me souviens encore longtemps après des livres que j’ai lus. Parce que je n’accorde pas beaucoup d’importance au nombre de livres que je lis dans une année. Parce d’enfin je n’avais pas pris conscience du formidable outil qu’un tel suivi pourrait représenter. Cet autoportrait m’a permis de voir la vérité en face : je lis presque exclusivement des romans britanniques. Partant de ce constat, je me suis aperçu que ma zone de confort était beaucoup plus étroite que je ne le pensais. Par effet de ricochet, je me suis rendue à l’évidence que je m’étais coupée de plusieurs pans de la littérature mondiale.

Que faire de cette information ? Est-ce grave docteur ?

Cette information n’est absolument pas grave en elle-même, mais je suis bien obligée d’admettre que je suis déçue de constater que mes habitudes de lecture sont beaucoup moins variées que je ne le pensais. Je me prive moi-même de nombreux trésors, et à cause de cela, je m’empêche de cultiver ma curiosité. J’imagine très bien que beaucoup de lecteurs apprécient surtout un type bien précis de livres, qu’il s’agisse de romans policiers nordiques, de biographies, d’essais politiques ou de poésie irlandaise. Et ils n’ont pas tord car la lecture est un plaisir et doit le rester. Toutefois je m’interroge : évitons-nous de sortir de notre zone de confort pas manque de curiosité ou par fainéantise ?

Il est naturel pour l’être humain occidental du XXIe siècle d’avoir des goûts précis et exigeants. Nous vivons dans une société hypermédiatique dans laquelle l’uniformisation nous guette tous. Chacun à notre manière, nous luttons contre ce système (ce qui est plutôt une réaction très saine je crois) en affirmant haut et fort nos choix personnels. Pour autant, j’ai la sensation que nous ne devons pas nous refermer sur nous-mêmes et oublier de sortir de notre bulle. Nous vivons dans un monde complexe, pluriel, riche de nombreuses diversités. Faire entrer cette notion de diversité dans nos loisirs pourrait bien être un excellent moyen de nous ouvrir encore mieux au monde.

Aller vers l’inconnu, aller à la rencontre d’autre chose

Si je vois que je lis essentiellement des romans britanniques des XXe et XXIe siècle, ça veut dire que je laisse de côté beaucoup de pays, d’expressions littéraires et de périodes historiques. En un mot, je réduis mon champ de vision de manière drastique. En faisant l’effort de sortir de cette bulle, je peux aller à le rencontre d’autres œuvres artistiques, d’autres idées, me confronter à une vision du monde différente de celle à laquelle je suis habituée. Je peux alors apprécier la littérature dans sa diversité et cultiver une chose qui me semble essentielle : la curiosité.

Ce n’est pas toujours facile de sortir de sa zone de confort, et on ne sait pas forcément par ou commencer. Pour reprendre mon cas comme exemple, ma bonne résolution va être de lire plus de romans français et aussi de lire quelques essais (disons deux ou trois ce serait pas mal). En me faisant un peu violence, j’espère bien parvenir à casser mes habitudes et découvrir de nouveaux horizons. A ce rythme là, qui sais ? Je vais peut-être me découvrir une passion insoupçonnée pour la littérature médiévale hongroise ? Ou bien pour les romans de science fiction américains ? Tout est possible dès lors que l’on donne sa chance à la curiosité.

En ce début d’année où les bonnes résolutions sont encore de mise, je vous encourage vous aussi à vous livrer à une auto-analyse rapide pour voir s’il ne vous resterait pas des territoire littéraires à découvrir. Je fais essentiellement mon suivi de lecture sur Goodreads, mais on peut aussi faire un tableau Excel ou bien tenir un journal intime de ses lectures dans un simple carnet. A chacun de voir quel moyen lui convient le mieux. Quoiqu’il en soit, n’oublions jamais de défendre le pluralisme littéraire, et ne prenons pas le risque de nous refermer dans une vision rétrécie du monde. Car dans ses expressions artistiques aussi, le monde est un gigantesque éloge à la diversité, cette richesse inexploitée qui participe activement à cette formidable aventure qu’est la  Vie.

Je vous souhaite à tous de belles lectures.

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