Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, roman de Stefan Zweig

24-heures-vie-dune-femmeC’est avec Le Joueur d’échecs que j’avais découvert Stefan Zweig, et je dois bien avouer que même si le format court n’est pas mon préféré, j’avais vraiment adoré ce livre. L’écriture de Zweig était soignée, très centrée sur la psychologie des personnages, les petites choses cachées dans les scènes dépeintes par l’histoire. Depuis longtemps, j’avais envie de lire son livre le plus célèbre, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme. Et c’est finalement il y a très peu de temps que j’ai enfin plongé dans ses pages. Un vrai bonheur !

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme est certainement l’un des livres les plus célèbres de Stefan Zweig, et c’est aussi l’un des meilleurs représentants du roman sentimental (bien que le texte relève plus de la nouvelle que du roman). Mais malgré son extrême célébrité dans le milieu littéraire, il s’agit d’une œuvre tout à fait accessible. Pas besoin d’avoir revu en détails vos cours de littérature du lycée pour découvrir avec plaisir un texte plein de surprises, porté par une plume légère qui vous embarque tout de suite dans son histoire.

L’histoire justement est celle d’un jeune homme en villégiature. Ce jeune homme est le narrateur principal, et c’est par lui que nos allons rentrer dans l’histoire. Alors qu’il séjourne et qu’il fait la rencontre d’autres vacanciers, un drame va se nouer. Une femme mariée qui avait l’air extrêmement respectable abandonne du jour au lendemain son époux et ses deux filles afin de suivre un jeune homme qu’elle vient tout juste de rencontrer et dont elle est, de toute évidence, tombée éperdument amoureuse. Face à ce drame qui défit la morale bourgeoise de l’époque, l’incompréhension et le jugement se mêle dans la discussion des vacanciers : comment une femme d’apparence respectable peut-elle faillir à ce point là ? Comment a-t-elle pu tourner le dos si facilement à toutes les règles de sa catégorie sociale ? Face à ces questions morales et à ses jugements hâtifs, le narrateur défend un point de vue à contre-courant. Il admet que quelqu’un puisse être saisi par une passion foudroyante, et que dans un moment d’égarement, on puisse succomber à une faiblesse de sentiment. Une vision qui va attirer contre lui les foudres des vacanciers, mais qui va lui permettre d’engager une discussion avec une vieille dame qui va se confier à lui sur une expérience qu’elle a vécu il y a longtemps.

Au fil du récit, le narrateur s’efface pour laisser la place à une seconde voix, celle de la vieille dame, qui va prendre la place de narrateur dans le récit et nous faire voyager dans l’un de ses souvenirs les plus importants : sa rencontre avec un jeune homme dans un casino. En vingt-quatre heures, cette femme va faire des choses dont elle ne se serait jamais cru capable, renier certaines valeurs, découvrir d’autres choses, et finalement reprendre sa place dans la société. Mais après ces vingt-quatre heures, sa vie ne sera plus jamais la même.

Ce récit tout en finesse et en subtilité évite l’écueil du genre : sombrer dans le registre sentimental et sortir les violons pour faire pleurer dans les chaumières. L’idée n’est pas du tout de s’appesantir sur la vie sentimentale des femmes de l’époque (des mariages de raison dont les sentiments sont absents, et une morale où l’hypocrisie enferme les femmes tout en laissant une grande liberté aux hommes) ; bien que ces thèmes soient indirectement soulevées, ce dont il est question ici, c’est en quelque sorte du coup de folie qui peut nous faire agir et nous faire sortir soudainement de notre zone de confort. Sans que nous l’ayons prévu, nous sommes capables de laisser derrière nous notre quotidien pour nous précipiter tête baissée dans une situation « déraisonnable ».

Cette très belle histoire (qui n’est pas vraiment une histoire d’amour, mais plutôt une histoire d’ouverture à l’amour, un récit initiatique) est remplie d’une grande délicatesse, d’une certaine poésie même. Comme toujours, Zweig s’intéresse aux détails révélateurs, ces petites choses que chacun peut observer mais que nous ne prenons pas le temps de regarder habituellement. Notamment, on retrouve son obsession pour l’observation des mains et à travers elles le comportement humain. Une étude au microscope où la plume devient analyste des caractères.

Cette excellente histoire est particulièrement touchante à cause de son réalisme et de sa retenue. Elle expose une histoire apparemment anecdotique (une seule journée dans une vie entière) mais qui résonne au plus profond d’une âme. Un récit tout en subtilité qui vaut décidément la peine d’être (re)découvert.

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