Les Oscars édition spéciale Jane Austen

JaneAustenSilhouetteMesdames, mesdemoiselles, messieurs,

J’ai aujourd’hui le plaisir, l’honneur et l’avantage de vous présenter la première cérémonie de récompenses intégralement dédiée à Jane Austen. Il faut dire que l’œuvre de l’écrivain britannique n’en finit pas d’inspirer les cinéphiles… pour le meilleur et pour le pire ! Et parmi tous les films qui ont été adaptés de ses romans (plus ou moins librement) ou de sa vie, j’ai choisi de récompenser ceux qui ont su se dégager du lot, se démarquer de la concurrence pour tenter de prolonger le plaisir de nos lectures solitaires.

Meilleur discours de remerciements : Emma Thompson. La pétillante comédienne et scénariste anglaise a remporté le Golden Globe du meilleur scénario en 1995 pour sa version de Raison et Sentiments. Alors qu’elle était en compétition avec des pointures (entre autre le scénariste de Braveheart), elle remporte avec brio la précieuse statuette et se livre alors à ce qui reste le discours de remerciements le plus original de l’histoire de la cérémonie. Imaginant de quelle manière Jane Austen aurait réagi à cette soirée, elle se livre à une incarnation de l’auteure absolument merveilleuse. La salle était pliée de rires, et le DVD du film contient l’intégralité de ce discours dans lequel Emma Thompson (extrêmement fair play) fait semblant de se gronder elle-même pour avoir modifié certains éléments du livre.

Meilleur film biographique :  Becoming Jane. Certes le choix d’Anne Hathaway dans le rôle de l’écrivain anglaise a failli choquer les sujets de sa majesté. De notre côté de la Manche, les austéniens avaient peur que le choix d’une jeune et belle actrice hollywoodienne masque la profondeur du personnage. Au final plus de peur que de mal avec cette adaptation tout de même assez romancée qui raconte les débuts de l’écrivain. Le film se préoccupe surtout d’une peine de cœur que Jane Austen aurait subi et qui expliquerait ses futures histoires romantiques. Dans ce film très bien réalisé, on découvre une jeune fille qui aime écrire et divertir ses proches par sa plume. Une sensibilité à fleur de peau doublée d’une grande lucidité sur sa condition de femme. Son expérience malheureuse en amour va être un enrichissement de son tempérament et lui donner matière à écrire. Si l’ensemble ne présente pas forcément une analyse très pertinente de sa personnalité, il excelle à restituer l’énergie propre à l’œuvre de Jane Austen, ce qui est un mérite qu’on ne saurait passer sous silence.

La pire adaptation d’Orgueil et Préjugés : Lost in Austen. Je ne sais même pas comment la production, le réalisateur, les scénaristes, les acteurs ou ne serait-ce que le chef électricien, n’ont pas réussi à se rendre compte à temps qu’ils fonçaient droit au désastre ! Cette mini-série partait d’une idée originale : une jeune fille du Londres moderne se retrouve propulsée malgré elle dans son livre préféré : Orgueil et Préjugés. Malheureusement, son enthousiasme va l’amener à commettre des bourdes et à modifier dangereusement l’histoire. Sans compter que pendant qu’elle rentre dans le livre, Elisabeth en profite pour s’enfuir dans la capitale anglaise de nos jours ! Bien décidée à se frotter à la modernité, notre héroïne ne veut pas rentrer à la maison, laissant le personnage principal se démêler avec tous les imbroglios de l’histoire. C’est bien simple : il n’y a rien à sauver dans cette adaptation ! Les acteurs sonnent faux. Il y a trop de détails éloignés de la vérité du livre pour qu’on arrive à y croire. Le personnage principal est complètement nunuche. On ne retrouve pas la tendresse originelle des personnages. Monsieur Collins fait franchement peur… Bon, je veux bien accorder que le château que la production a trouvé pour faire Pemberley est pas mal. Mais franchement, c’est tout ! Si vous n’avez pas vu cette série, passez votre chemin. Beurk !

Les plus beaux lieux de tournage : Orgueil et Préjugés, de Joe Wright. Cette version tout à fait sublime avait un budget assez confortable pour aller s’installer dans les plus beaux lieux de Grande-Bretagne. Résultat des courses : tous les lieux choisis sont parfaits et collent tout à fait à l’idée qu’on s’en fait dans le livre. La maison des Bennett est à la fois renversante de charme et modeste d’aspect. Le château loué par Bingley est majestueux comme il se doit. La demeure de Lady Catherine est impressionnante et croule sous l’opulence des dorures. Les paysages du Derbyshire sont grandioses à regarder et plus particulièrement la scène où Elisabeth se trouve au bord du gouffre est magnifique. Enfin, cerise sur le gâteau, c’est Chatsworth qui a été choisi pour incarner Pemberley. Or les austéniens le savent bien : Jane Austen avait fait un voyage dans le Derbyshire et elle avait visité Chatsworth avant d’écrire son roman. La description de Pemberley et de son parc ressemble tellement à Chatsworth que ce clin d’œil ne peut que renforcer notre sentiment d’être à la maison.

Le prix d’interprétation du meilleur héros : Ex-aequo je choisis trois acteurs qui ont été bien trop bons dans leurs rôles respectifs pour ne pas être gratifié aujourd’hui de ce prix. Mon choix se porte sur Alan Rickman dans Raison et Sentiments, Matthew MacFadyen dans Orgueil et Préjugés et Rupert Penry-Jones dans Persuasion. Oui je sais que ça ne se fait pas, mais comme c’est moi qui organise la cérémonie et qui remet les prix, j’ai tous les droits. Tout le paradoxe des interprétations des romans de Jane Austen, c’est que les hommes ont toujours le moins de temps de présence à l’écran, et pourtant ce sont souvent les acteurs qui tiennent le haut du pavé. Et pour cause : ils sont après tout l’intérêt principal de chaque histoire. L’héroïne aura-t-elle droit à sa fin heureuse ? Alan Rickman a ma nette préférence car il livre une prestation d’une retenue et d’une élégance qui sont particulièrement touchantes (et très rares dans sa carrière). Matthew MacFadyen se sort à merveille du costume de monsieur Darcy, insufflant une vulnérabilité à certaines de ses scènes qui sont selon moi tout à fait dans l’esprit du roman. Moins orgueilleux que ne l’était Colin Firth, il gagne en authenticité. Enfin, Rupert Penry-Jones est une vraie trouvaille dans Persuasion où il déploie avec brio son énergie et son charme. Très à l’aise dans son rôle, il donne à voir le tempérament fougueux d’un héros romantique, tourmenté par sa colère, son amour et un certain sentiment de revanche. Que des héros !

La meilleure harpie : Harriet Walter pour son interprétation de Fanny Dashwood dans Raison et Sentiments. Il n’y a presque rien à dire tant miss Walter est parfaitement horripilante dans le rôle de cette peste de Fanny Dashwood. Quand il s’agit de sa belle-mère et de ses filles, elle est à la fois pingre, grossière et incapable de la moindre compassion. Et le mieux, c’est qu’elle agit avec un sans-gêne qui doit être salué. Dans le film, Harriet Walter arrive à insuffler un esprit comique à son personnage, principalement attiré par l’argent et très consciente de l’importance de sa position sociale. Le personnage en devient grotesque mais ne sombre jamais dans la méchanceté pure. En effet, Harriet Walter alterne les scènes ridicules de bassesse avec des moments plus tendres quand on voit Fanny avec ses frères. Elle est plus souriante et on sent que les intérêts de ses frères lui tiennent sincèrement à cœur, ce qui apporte une ambiguïté et une richesse intéressante à son personnage. Bref, on prend un immense plaisir à rire de ce personnage de fâcheuse ridicule.

La moins bonne interprète d’une héroïne de Jane Austen : Sally Hawkins en Anne Elliot dans la version de 2007 de Persuasion.  Je n’avais jamais vu cette actrice dans un autre film avant (ni après d’ailleurs), mais j’en avais entendue parler avec beaucoup d’enthousiasme. Pour la presse anglaise, dont la lucidité n’est pas la qualité première, elle est l’une des étoiles qui monte. J’espère qu’elle ne comptait pas trop sur son interprétation dans ce film pour lancer sa carrière. N’ayant pas lu Persuasion, j’ai du mal à juger de la fidélité du personnage, même s’il est vrai qu’on retrouve des éléments familiers (l’image de la vieille fille en devenir, loyale envers ses proches, appréciés des gens aimables, légèrement en marge de la société). Mais là où d’autres comédiennes ont su insuffler une énergie et une modernité qui ne se retrouve pas une seule seconde chez Sally Hawkins. Inexpressive à souhait, le spectateur serait bien en peine de différencier les moments où elle sourit des moments où elle est triste. Son visage monolithique a du mal à nous convaincre de sa grande passion pour le capitaine Wentworth. Dommage car il s’agit tout de même de l’héroïne ! Inutile de dire que ces faiblesses d’actrice gâchent pas mal le film.

Voilà, c’est la fin de la cérémonie des premiers Oscars Jane Austen. J’espère que ça vous a plut. A vous les studios !

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