Le Dernier Amour d’Arsène Lupin, par Maurice Leblanc

J’ai déjà eu l’occasion dans les articles de ce blog de manifester ma passion pour l’un des trésors de notre littérature nationale : j’ai nomé Arsène Lupin. Aussi, lorsqu’au mois de juin je suis tombée sur ce roman inédit que Maurice Leblanc avait commencé avant de mourir, j’ai tout de suite saisi un exemplaire. J’étais très enthousiaste, tout en me disant que ce ne serait pas forcément à la hauteur des romans précédants étant donné qu’il s’agit d’un roman plus ou moins inachevé.

J’ai attendu de revenir de vacances pour commencer cette lecture. L’excitation était un peu retombée et j’avais la tête assez froide pour entamer avec lucidité cette nouvelle histoire. L’intrigue est assez bancale : elle tient en peu de mots tout en étant relativement difficile à résumer. Arsène Lupin se trouve mêlé à une histoire de succession qui concerne une jeune femme dont il tombe évidemment amoureux sous les traits déguisés d’un aristocrate respectable. Dans le même temps, il mène une existence cachée de « réformateur de la jeunesse » dans une zone où il prend en charge l’éducation physique et morale d’une bande de gamins des rues.

Les deux partitions ne tardent pas à se relier lorsqu’un complot est découvert, qui vise à spolier la jeune femme en détresse de son héritage. Arsène Lupin doit donc reprendre du service pour les beaux yeux de l’innocente créature, tout en déjouant les plans d’une bande de types louches. Je ne vous en dis pas plus parce que sinon je risque de découvrir le peu de rebondissements qu’il y a dans ce roman.

Il n’y a pas une seule page dans laquelle l’intrigue parvienne à devenir un minimum intéressante. Mais à la rigueur, je veux bien pardonner cette faiblesse pour un roman peu ou prou bâclé. Ce qui m’a davantage heurté en revanche, c’est l’écriture au style navrant. Je n’ai pas retrouvé une seule fois la qualité d’auteur de Maurice Leblanc. Ce roman est-il vraiment un premier jet qui n’a jamais été corrigé ? Même pour un premier jet, il y a des passages étranges qui dénote beaucoup avec le style habituel de l’auteur même si l’on prend en compte les derniers romans publiés. Celui-ci ne semble avoir aucune filiation avec ses prédecesseurs. Et c’est même à se demander si une main mal intentionnée n’est pas passée par là pour combler les trous du texte. Car rien ne peut expliquer (ni la vieillesse ni le déclin des facultés) que Maurine Leblanc ait pu écrire certaines de ces pages navrantes.

Pire encore, on ne ressent pas une seule fois le souffle épique de l’aventure. Lupin est presque transparent. Il n’est plus que l’ombre de lui-même. Et l’on se désole de le retrouver dans une attitude soudainement moralisatrice, lui qui avait l’habitude de toujours se dresser à la limite de la légalité.

Le seul point positif que je ressors de cette mauvaise expérience, c’est la piste lancée d’un hypothétique sentiment de rédemption. Notre héros semble ici hanté par ses souvenirs, ses démons et ses actions passées. Et bien qu’il ne tourne pas entièrement le dos à ce passé, il ne semble pas non plus en tirer de fierté. Ses aventures passées lui pèse et cette nouvelle piste d’interprétation du personnage est assez intéressante à observer.

Mais ce livre reste pour moi une lecture infamante. Même le soucis pointilleux de l’exaustivité ne peut pas légitimer de le lire. Et je suis abasourdie par le peu de scrupules que l’éditeur a eu à proposer une épave littéraire que rien ne peut sauver aux yeux du grand public. C’est manquer de loyauté envers un personnage devenu mythique, et manquer aussi (ce qui est pire encore !) de respect à l’un de nos plus grands auteurs.

La famille Leblanc (en particulier la petite-fille de l’illustre auteur qui a assuré la promotion de cette édition) a largement sa part de responsabilité en osant rendre public un travail qui n’honore ni Maurice Leblanc ni sa créature. Je ne vois là que la preuve d’un appât du gain éhonté motivé par l’affection éternelle des lecteurs envers leur idole. Une stratégie qui a d’ailleurs été payante aux vues des ventes réalisées. Mais ce score n’enlève rien à l’indignité faite à Maurice Leblanc et à son travail si j’en juge par les commentaires plus que déçus des lecteurs.

C’est donc une bien triste fin pour ce personnage de panache, et je dois bien avouer que je regrette d’avoir lu ce livre. Ce n’est pourtant pas souvent qu’une telle chose m’arrive !

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