La Métamorphose, de Franz Kafka

Couverture de La Métamorphose, édition de poche

Lorsque je pense à Kafka, je me revois, étudiante en première année de Lettres moderne, aller dans une librairie pour acheter La Métamorphose. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais c’est un souvenir très clair dans ma tête, comme si j’avais pu deviner par avance que ce livre allait me marquer. Il faut dire que j’étais entrée dans la librairie à reculons.

Kafka ? J’en avais déjà entendu parler. Ça avait l’air bizarre, oppressant, spécial. Et puis la nouvelle n’est pas mon format de prédilection, alors… Tout le monde connaît La Métamorphose, au moins de titre. Car même sans l’avoir lu, ce livre est tellement mythique que l’on ne peut pas échapper à sa présence dans l’inconscient collectif.

C’est donc pour un cours à la fac que j’ai dû lire ce livre. Je l’ai ouvert avec précaution… et j’ai fini par plonger dedans et le dévorer d’un seul coup. Je crois que la première fois, je l’ai lu en une seule après-midi. Ensuit, je l’ai relu, pour m’en imprégner encore plus.

Pour dire les choses simplement : ce livre ne ressemble à aucun autre. L’histoire est celle de Gregor Samsa, un jeune homme plutôt discret, issu d’une famille bourgeoise et qui a un emploi de bureau. Le profil est presque neutre, sans identité précise. Il pourrait être n’importe qui. Or, un matin, notre personnage principal se réveille et découvre qu’il s’est transformé en cafard géant. Horreur. Stupeur. Dégoût. Incompréhension. Le personnage passe par ces étapes, mais ce qui est intéressant, c’est que le lecteur accepte assez rapidement de se retrouver plongé dans une histoire absurde, qui ne fait pas sens.

Car il faut bien souligner que Kafka est un auteur de l’absurde, mais pas de science-fiction. Il ne passe pas la limite de l’univers, reste dans les limites connues du monde réel. C’est ce qui est encore plus troublant. Gregor reste humain. Ce qui n’est plus humain en revanche, c’est la perception que le lecteur et les autres personnages ont de lui.

Troublant miroir que celui de ce personnage qui se dilue dans l’anonymat de sa monstruosité. Son humanité, sa personnalité ne se révèlent au fil des pages que dans la tendresse avec laquelle il essaye encore de s’accrocher à son ancienne vie. L’impossibilité de se résigner à son sort, tout en étant coupé des siens et en n’ayant aucun espoir d’être sauvé : voilà le thème central d’une histoire profondément humaine.

Une scène a particulièrement marqué ma mémoire : celle où la sœur de Gregor joue du violon, et où Gregor, attiré par la musique et les souvenirs qu’elle fait rejaillir, tente de s’approcher de son ancienne humanité. Je ne vais pas vous raconter la scène, parce qu’il faut la lire soi-même pour comprendre et ressentir toute l’intensité dramatique de cette nouvelle.

Photographie de Franz Kafka

Arrivé à ce stade, je crois qu’il est presque inutile de préciser que j’ais adoré ce livre. J’ai été agréablement surprise par l’écriture, beaucoup plus simple que je ne m’y étais attendue. Et surtout, ce que je retiens par-dessus tout, c’est la sensation de profonde tendresse pour l’humanité que Kafka dégage de son écriture. On parle beaucoup de lui en insistant sur sa noirceur, ses peurs… Dans l’imaginaire collectif, Kafka est tout le contraire du bout en train plein de vitalité. Et c’est vrai que spontanément, il ne l’est pas. Mais – sans toutefois parler de « joie de vivre » – il faut quand même reconnaître la sensibilité unique de cet écrivain qui parvient à toucher au plus près de l’humanité en analysant notre lien avec les autres. C’est dans notre relation avec nos proches et le monde extérieur que Kafka cherche la flamme de l’humanité et parvient à trouver le salut d’un personnage en souffrance. Ce qui reste d’humain en lui, et qui ne peut pas être métamorphosé, c’est son amour et sa condition – sublime – d’homme imparfait.

Finalement, La Métamorphose est moins un récit de résistance à l’absurde qu’une acceptation totale et magnifique de notre condition humaine.

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