John Adams, une série presque historique

Coffret série John Adams de HBOJ’avais déjà entendu parler de l’historien américain David McCullough. Il est tout simplement l’un des historiographes les plus importants pour tout ce qui concerne la période de la création des États-Unis. Une sorte de Alain Decaux version US. Auteur de nombreux livres et articles sur le sujet, il s’est penché sur le cas de John Adams en écrivant une biographie sur celui qui fut le second président américain. Et la chaîne HBO a décidé de l’adapter pour en faire une mini série de sept épisodes, sobrement intitulée John Adams.

Ces épisodes sont récemment passés sur une chaîne française du câble, ce qui m’a permis de me faire une idée, non pas sur le livre (qui est certainement excellent car j’ai déjà lu un autre ouvrage écrit par McCullough), mais sur l’adaptation en elle-même.

Là où toute l’histoire commence mal, c’est que John Adams a été l’un des personnages les plus mésestimé de l’époque révolutionnaire, et les manuels scolaires l’ont banni si longtemps que les américains eux-mêmes le connaissent mal. Leur appréciation de son apport à l’indépendance de leur pays est très limitée ; pour preuve, son portrait ne figure pas sur le Mont Rushmore !

On sent donc que l’enthousiasme autour John Adams est limité. Une personnalité difficile, avec des idées pas souvent populaires, une vision du pouvoir très inspirée du droit anglais… Et surtout, une intransigeance devenue légendaire. Pourtant, il a été l’une des impulsions les plus fortes de la révolution américaine, faisant voter la déclaration d’Indépendance, faisant nommer George Washington à la tête de l’armée coloniale, demandant à Thomas Jefferson de rédiger la Déclaration d’Indépendance… tout en éduquant un fils qui deviendrait à son tour Président des États-Unis !

Paul Giamatti, l’acteur choisi pour incarner Adams, est parfait dans son interprétation. Il se base autant sur l’image retenue par la mémoire populaire que sur les écrits de l’homme (particulièrement les lettres échangées avec sa femme) pour peindre, tout en subtilité, l’ambivalence d’une personnalité politique qui était avant tout un homme ordinaire. Son sens du devoir, son courage politique, sa vision ambitieuse d’un pays qui naît difficilement sont parfaitement retransmis à l’écran. En même temps, il ne passe pas sous silence les faiblesses, le manque de diplomatie ni les peurs d’un éternel insatisfait.

Pour un spectateur français, ce personnage est à la fois fascinant et romantique. Il correspond presque à une figure comme celle de Jean-Jacques Rousseau : imparfaite mais tendue vers un idéal. De plus, les français n’ayant pas d’a priori négatif sur cette figure historique, ils peuvent pleinement profiter de cette vie incroyable qui se déroule sous leurs yeux.

Là où tout se complique, c’est que la mise en scène est trop approximative, cherche à être moderne alors que le sujet appelle un traitement plus « classique ». De plus, le personnage n’est pas mis en valeur dans cette mise en scène : on a souvent des plans bizarrement cadrés lorsqu’il est seul à l’image, ce qui dégage une impression de malaise. En revanche, certains personnages secondaires sont particulièrement (exagérément ?) mis en valeur : Washington bien sûr, mais aussi Jefferson et Benjamin Franklin. Le seul personnage de la famille Adams à être épargné est Abigail Adams, la femme de John. Très appréciée par le public américain, elle a été une première dame marquante. Son statut d’épouse puis de mère d’un président est presque unique dans l’histoire. Surtout, sa correspondance est un témoignage précieux de l’esprit révolutionnaire américain. Tout au long de la guerre, elle a écrit à son mari, le tenant au courant de la vie en famille, en retrait du front, mais aussi participant d’une manière active à ses prises de décisions.

En ce qui concerne l’histoire elle-même, elle est évidemment très intéressante, particulièrement pour un spectateur français qui ne connait pas forcément bien la période révolutionnaire américaine. Je trouve que le plus fascinant est d’observer les différences et les rivalités entre les treize colonies. Certains états sont naturellement liés par une proximité géographique ou des commerces communs. Certains états sont plus riches que d’autres. Les divergences entre états du Nord et du Sud au sujet de l’esclavage sont déjà abordées. Certains préfèrent rester avec l’Angleterre et ont peur de la guerre. D’autres ont tout intérêt à devenir indépendants. Et dans ce maelstrom, ils vont quand même réussir à s’entendre à un moment pour déclarer la guerre et proclamer leur indépendance.

Mais une fois l’enthousiasme révolutionnaire abordé, les derniers épisodes s’essoufflent un peu. La politique s’installe et les scenarii sont moins bien rythmés, la faute à une réalisation maladroite et à un montage parfois trop peu ambitieux. Il aurait peut-être fallu se détacher plus de la biographie de John Adams pour glisser vers son fils, John Quincey Adams, qui allait difficilement devenir le sixième Président.

Le point fort de la série tient donc dans les trois premiers épisodes et le dernier épisode. Les autres sont trop irréguliers et décevants. Dommage : la série était prometteuse. Pour ceux qui ont râté la série et veulent quand même se faire une idée, un coffret DVD est disponible en import. Et pour les curieux anglophiles, le livre de David McCullough est disponible sur le net ainsi que dans les bonnes librairies anglaises.

Et vous, avez-vous suivi cette série ?

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