Bon vendredi !
Après cette semaine de rentrée qui ressemblait, comme chaque année, à un parcours du combattant, j’ai voulu terminer avec une lecture légère. Et comme ça faisait longtemps que j’avais envie de lire le nouveau livre de Loïc Prigent (pas si nouveau que ça, vu qu’il est sorti l’année dernière), j’ai profité de sa récente parution poche pour enfin me plonger dedans !
Mille milliards de rubans n’est pas une référence au capitane Haddock, mais plutôt un essai sur l’histoire de la mode. Loïc Prigent nous invite à embarquer pour un voyage dans le temps, qui commence avec le Second Empire et les crinolines. Son objectif ? Essayer de retrouver le top départ du prêt à porter, et cette course frénétique à la tendance qui n’a pas fini d’envahir nos dressings.
Mon résumé du livre
Elle était impératrice, mais Eugénie a surtout été la première it-girl de la mode française. En digne héritière de Marie-Antoinette, elle dépensait sans compter. Et pour une fois, la théorie du ruissellement économique n’était pas usurpé. Car grâce à la gracieuse impératrice, la mode française a étendu son territoire comme jamais auparavant. Tout commence avec la crinoline, ce harnachement atroce, pas pratique, surtout pas confortable, mais terriblement à la mode. La mode justement, qui devient plus importante que le respect de l’intégrité du corps féminin, commence déjà à l’époque à devenir un gros business.
Des évolutions esthétiques de la crinoline à l’invention de la machine à coudre, la mode française est une sacrée histoire, faite de succès mais aussi de destins plus tragiques (précisément, l’inventeur français de la machine à coudre n’a pas fait fortune, le pauvre). Et surtout, la couture française raconte la conjonction assez exceptionnelle d’un savoir-faire, d’une tradition artistique et d’un soft-power culturel qui deviendront, quelques siècle plus tard, les fondements d’un empire économique toujours pas démenti. Et oui : c’est bien en France qu’on trouve les plus grands groupes de luxe au monde, qui possèdent encore aujourd’hui les maisons les plus prestigieuses !
Mon avis sur Mille milliards de rubans
Si l’histoire de la mode t’intéresse, ou en tout cas que tu es un peu curieuse du sujet, tu vas adorer ce livre. C’est pile dans le style habituel de Loïc Prigent, écrit comme il parle, avec une débauche d’adjectifs et d’enthousiasme. Mais aussi avec sa pédagogie habituelle. Donc non seulement c’est très plaisant à lire, mais en plus tu n’as pas forcément besoin d’être une experte en histoire de la mode pour comprendre de quoi il parle.
J’ai adoré le fait que ce petit ouvrage (il fait à peine plus de 200 pages) soit bien rythmé, drôle et érudit. Loïc Prigent explique tout très bien. Mais surtout, il s’intéresse aux gens, aux vraies personnes qui ont fait la mode. Il raconte cette histoire à hauteur humaine, en n’oubliant jamais d’évoquer le sujet de la condition féminine, qui explique en partie que les femmes se soient retrouvées si longtemps amoindries et entravées physiquement pas des vêtements qui les empêchaient de bouger et de respirer. L’histoire de la reine Victoria engoncée dans sa crinoline un jour de grand vent, qui a failli se renverser et laisser voir ses dessous, est particulièrement savoureuse, tu verras !
Mille milliards de rubans a aussi quelque chose d’un peu paradoxal. Il nous parle d’une époque désormais lointaine. Et pourtant, c’est absolument fascinant de constater à quel point le principe même de la mode, dans l’engouement qu’elle suscite et la réalité économique qu’elle structure, n’a pas changé. Nous sommes toujours des fashion victims plus ou moins consentantes. Nous avons toujours envie de rêver devant de belles toilettes. Et encore de nos jours, la mode incarne un certain art de vivre à la française qui fait notre fierté et assure notre rayonnement à l’étranger. Une industrie du rêve et du superficiel, qui pourtant représente des milliers d’emplois. Et aussi, par moments, de belles émotions et des ruptures sociétales majeures, comme lorsque Saint Laurent a lancé le smocking pour femmes. Des femmes en pantalons : incroyable !
Avec son ton réjouissant et parfois tendre, Loïc Prigent rend hommage à cette autre histoire de France, pas aussi futile qu’elle en a l’air. Si tu as deux heures de lecture devant toi, je te conseille chaleureusement de lire Mille milliards de rubans. Non seulement tu ne vas pas t’ennuyer, mais en prime tu apprendras plein de choses.
Autre bonne raison de le lire : en octobre prochain, Loïc Prigent sort la suite de cette histoire de la mode, qui s’intitulera Deux mille milliards de rubans. Et oui, la mode, c’est l’art de la surenchère !
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