Taxer les livres d’occasion : attention aux intox !

Depuis la semaine dernière, le débat autour d’une éventuelle taxe sur les livres d’occasion agite la blogosphère et les réseaux sociaux. Et à force de voir passer de nombreuses fausses informations et réflexions déconnectées de la réalité, je me suis dit que ce serait peut-être une bonne idée de faire le point. Parce que la question de l’accès à la lecture me tient à coeur depuis le tout début d’Alivreouvert. Et aussi parce que le sujet est trop important pour être confisqué par des personnes qui défendent des positions de principe… sans vraiment savoir de quoi elles parlent !

Si vous n’avez pas tout suivi, l’exécutif envisage de mettre en place une taxe sur la vente des livres d’occasion. Pour quelle raison ? D’après la déclaration du président de la République, il s’agirait de donner un coup de pouce pour aider les auteurs, les éditeurs et les traducteurs. Que de bonnes raisons, donc. Sauf que ce n’est pas aussi simple que ça.

Que savez-vous vraiment du marché du livre neuf en France ?

Je commence par poser la question, parce que je me doute un peu que la réponse est : « pas grand chose ». C’est bien normal, pas de panique ! La majorité des personnes qui lisent n’ont pas la moindre idée de l’état objectif du marché du livre dans notre pays. A moins de travailler dans le commerce, il y a peu de raisons que le sujet vous passionne.

Je vais donc prendre le temps de vous donner quelques chiffres pour vous aider à y voir plus clair… et au passage corriger certains intox qui circulent.

Déjà, il faut savoir que globalement le marché du livre neuf se porte bien en France. En 2023, on a vendu 351 millions de livres neufs dans l’Hexagone. C’est vrai que c’est moins bien que 2022 (-4%), mais le chiffre d’affaires global a quand même progressé de +1%. Donc ce n’est pas si mal.

Si on compare avec les années d’avant la crise covid, le livre neuf s’en sort même plutôt bien. En effet, si on compare 2023 avec 2019, on se rend compte que les ventes de livres ont progressé de +4% en volume et de +12% en chiffre d’affaires !

Contrairement à une idée reçue, le secteur du livre neuf est donc loin d’être sinistré.

(Si vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à aller consulter vous-même les chiffres 2023 du marché de l’édition.)

Et le marché du livre d’occasion dans tout ça ?

Le ministère de la culture et la Sofia ont réalisé une étude pour savoir comment évolue le marché du livre d’occasion en France. Les chiffres 2022-2023 sont justement tombés la semaine dernière.

La première chose à savoir, c’est que le livre d’occasion progresse effectivement. Sa part de marché représente maintenant près de 20% en quantité de livres vendus. Mais, ils pèsent un peu moins de 10% du chiffre d’affaires global. Normal : ils sont vendus à des petits prix.

Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que le nombre de personnes qui achètent des livres d’occasion a augmenté ces dernières années. Mais, ce ne sont pas de nouveaux lecteurs. Près de 25% des acheteurs de livres d’occasion sont des lecteurs qui combinent les achats en livres neufs et d’occasion. L’étude révèle que « très peu d’acheteurs se cantonnent à l’occasion ». On ne peut donc pas franchement dire que le livre d’occasion détourne les acheteurs des livres neufs.

Alors pourquoi acheter de l’occasion ? Parce que c’est moins cher ! Le prix est la raison n°1 pour justifier l’achat de livres d’occasion. D’autant que les livres les plus récents ne sont pas ceux qui se vendent le plus. Loin de là ! « Une grande partir de l’offre [d’occasion] correspond à des titres parus depuis plus de 5 ans voire plus de 10 ans, parmi lesquels on trouve des références épuisées en format neuf. »

La chose à retenir de tout ça, c’est que d’après les chiffres officiels, la vente des livres d’occasion ne représente donc pas une menace à l’heure actuelle pour les livres neufs.

Le prix du livre : l’argument massue

Pourquoi le prix du livre est-il devenu un sujet sensible ? Déjà, il y a un contexte d’inflation général qui fait que tous autant que nous sommes, nous n’avons plus exactement le même budget pour nos divertissements. Le budget livre est serré. Et si on lit beaucoup, on essaye d’en avoir pour son argent. Avec 40€, on peut se payer 2 livres brochés neufs. Mais évidemment, on peut espérer avoir beaucoup plus de livres d’occasion pour le même budget.

Il faut souligner aussi que le prix des livres neufs a augmenté. On l’a tous vu. Et les chiffres officiels le confirment : en moyenne, le prix du livre neuf a augmenté de +4,8% en France en 2023. Et avant que vous ne commenciez à insulter les maisons d’édition, je voudrais souligner que cette hausse a été volontairement réduite. Les maisons d’édition françaises ont fait un super travail pour réduire au maximum l’augmentation des prix. Si on considère l’augmentation générale des coûts de fabrication du livre, la hausse des prix n’est pas si importante que ça. L’étude GFK souligne d’ailleurs que l’augmentation de +4,8% ne reflète même pas la forte hausse du coût du papier subie par les éditeurs entre 2020 et 2022.

Donc quand les éditeurs augmentent le prix des livres neufs, ce n’est pas parce qu’ils nous considèrent comme des vaches à lait. C’est juste parce qu’eux aussi sont touchés par l’inflation.

Vendre des livres d’occasion : non, on ne fait pas fortune !

Si vous pensez qu’en vendant vos livres d’occasion vous pourrez faire comme l’oncle Picsou et vous baigner dans une piscine remplie de pièces d’or, comment dire… c’est une illusion, laissez tomber tout de suite votre fantasme !

D’après les chiffres du ministère de la culture, 4 Français sur 10 ont déjà revendu un livre sur le marché de l’occasion. Mais en général, ils n’en vendent pas beaucoup. C’est loin d’être un business juteux. Les chiffres le prouvent : « 2 revendeurs sur 3 cèdent moins de 10 livres par an, représentant un gain inférieur à 50€ ».

En bref, ce n’est pas en vendant des livres d’occasion que vous risquez de vous payer des vacances à Bali !

Une taxe sur les livres d’occasion est-elle envisageable ?

Là, on commence à toucher le coeur de notre sujet. J’ai vu des commentaires sur les réseaux sociaux qui m’ont laissée ébahie. Beaucoup ont pensé que c’était intelligent de comparer les livres d’occasion avec les voitures d’occasion. Leur argument : puisqu’on ne taxe pas la vente de voitures d’occasion, pourquoi taxer les livres d’occasion ?

Perdu. On taxe la vente de véhicules d’occasion en France. Au moment de faire immatriculer un véhicule qu’on vient d’acheter d’occasion, on doit s’acquitter d’une taxe de 11€ plus un complément qui varie d’une région à l’autre selon le type de motorisation (thermique/électrique), la puissance…

Donc sur le principe, taxer un bien d’occasion ne serait pas inédit en France.

La différence entre les voitures et les livres d’occasion, c’est que la majorité des ventes de livres d’occasion sont beaucoup plus difficiles à tracer. Déjà parce qu’elles ont majoritairement lieu en ligne, via des plateformes plus ou moins spécialisées. Certes, il y a des gros acteurs spécialisés dans les loisirs comme Momox. Mais même sur Vinted, on peut trouver à acheter des livres d’occasion. Mettre en place une taxe sur les livres d’occasion, c’est tout simplement une usine à gaz car rien que la captation de la taxe serait un problème inextricable pour Bercy.

Une taxe sur les livres d’occasion : une manne d’or ?

Mais admettons ! Imaginons un peu que le ministère de l’économie décide de mettre en place une telle taxe. A votre avis, ils vont récupérer combien ?

Déjà : de combien de livres parle-t-on exactement ? C’est très compliqué d’avoir un chiffre exact car il n’y a aucune donnée fiable sur le sujet. Normal vu la multiplicité des canaux de vente : boutiques de seconde main, brocantes, internet… Objectivement, c’est impossible de faire une estimation qui tienne la route.

Ensuite, quand on parle de livres d’occasion, on parle de livres qui sont vendus peu cher. Là encore, c’est difficile d’avoir des informations. Je n’ai pas trouvé d’infos sur le site du CNL pour connaître le prix moyen vendu des livres d’occasion en France. Mais si vous avez déjà fait un tour sur des sites spécialisés, vous savez qu’on parle de petits montants.

Et en partant du principe qu’on appliquerait la même TVA que sur les livres neufs, à savoir 5,5%, c’est dur d’imaginer qu’une taxe sur les livres d’occasion serait une manne d’or pour l’état.

Et du côté des lecteurs ?

Et pour notre budget lecture : à quoi faut-il s’attendre ? Si on applique une TVA de 5,5% sur un livre d’occasion affiché au départ à 8€, ça veut dire qu’on le paiera 44 centimes plus cher. Certes ce n’est pas négligeable, mais on ne peut pas dire non plus que ça mette le livre d’occasion hors de portée des bourses les plus modestes.

Surtout que d’après les chiffres d’Expodif, le profil des acheteurs de livres d’occasion serait sensiblement le même que celui des livres neufs. A savoir un public majoritairement féminin d’une catégorie CSP+.

La réalité, c’est donc que l’objet livre est d’ores et déjà réservé à une partie de la population qui a les moyens de se les payer. L’accès à la culture est déjà devenu un luxe dans notre pays. Donc la levée de boucliers contre la taxe au nom de l’accès à la culture ne peut pas honnêtement reposer sur cet argument.

Mais alors : pourquoi on parle de cette hypothétique taxe sur les livres d’occasion ?

Ben justement… parce qu’elle a peu de chances de voir le jour !

Je suis consternée de voir à quel point le sujet de cette taxe n’a aucun intérêt. C’est un pur exercice de communication. L’exécutif pourra se targuer d’avoir fait une proposition en faveur de la défense des livres. Il pourra dire que la proposition a été abandonnée à cause des fameux gaulois réfractaires.

Et le pire, c’est que pendant ce temps-là on ne remet pas sur la table le sujet de la juste rémunération des auteurs ! C’est purement scandaleux. On se contente d’agiter un chiffon rouge sous le nez de tout le monde, et ça fonctionne. Pendant que des voix se mobilisent contre une taxe qui n’existe pas, on ne dit pas assez à quel point les auteurs sont la cinquième roue du carrosse dans le marché du livre.

D’ailleurs soyons bien clair : quand bien même cette taxe verrait le jour, elle ne changerait pas la donne pour les auteurs. Ceux qui peuvent vivre de leur activité d’écrivain gagneraient un petit peu plus d’argent. Mais pour les autres, ce n’est pas ça qui ferait la différence.

J’en profite pour souligner que la question de la redistribution de la taxe n’a même pas été abordée. On ne sait pas à l’heure actuelle quel pourcentage de la taxe captée retomberait dans la poche des auteurs.

Moralité

Mettre en place une taxe en France sur les livres d’occasion est une utopie. Il faudrait que Bercy mette en place une nouvelle infrastructure pour identifier tous les canaux de vente de livres d’occasion. Et le seul dispositif de captation de la taxe coûterait très cher à l’état. Vous imaginez des agents de Bercy faire le tour des brocantes pour vérifier que chacun paye sa taxe pour un vieux livre de poche à 2€ ?

EN REVANCHE, il est clair qu’il y a plusieurs points d’alerte. Les éditeurs ont joué le jeu en essayant de contenir le plus possible la hausse des prix des livres neufs. Et je trouve qu’on ne les remercie pas assez pour ça. Ils portent un effort financier important, et si l’état veut les aider, alors il y a certainement d’autres leviers à activer pour protéger leur activité dans un contexte d’inflation qui les fragilise.

Surtout, il ne faut pas oublier les auteurs. Ils font tout le travail de création, et ce travail n’est pas reconnu à sa juste valeur. Les auteurs devraient gagner davantage sur les livres vendus. Mais le problème ne peut pas s’arranger quand les éditeurs font face à des coûts de production en hausse.

Enfin, je pense qu’il y a d’autres choses à imaginer pour doper un peu le marché du livre. Par exemple : que fait-on des livres neufs invendus ? Pour l’instant, la vente de livres neufs à prix réduits reste largement confidentielle en France. D’ailleurs, le plus souvent on ne peut en trouver que sur internet, ou alors dans de rares magasins de déstockage spécialisés. Pourquoi ne pas encourager les librairies à les proposer à la vente ? Pour info, ces exemplaires neufs sont issus des surstocks des éditeurs. Ils sont en parfait état, et ils affichent un prix remisé de 60% à 70% par rapport au prix normal.

Evidemment, il ne s’agit pas des best-sellers, mais il y a là une offre littéraire qui pourrait intéresser pas mal de monde. Les éditeurs : parce qu’ils pourrait écouler leur stock en perdant moins d’argent. Les auteurs : parce que c’est une chance supplémentaire de se faire connaître auprès d’un large public. Les libraires : parce qu’ils pourraient ainsi avoir une section « Promo » dans leurs boutiques. Et les lecteurs parce que c’est un bon moyen de lire pour pas trop cher.

J’espère ne pas vous avoir perdu en cours de route avec cet article fleuve. Il me semble que quand on aime lire, on est aussi attaché à certaines valeurs.

  • Le faut que les maisons d’édition et les librairies indépendantes ne mettent pas la clé sous la porte.
  • Le fait que les auteurs bénéficient d’une juste rémunération pour leur travail.
  • Le fait que l’accès à la culture continue d’être une priorité.

Le problème, c’est que trop souvent le débat n’a même pas lieu parce que les espaces médiatiques sont quasiment confisqués par des personnes qui ne maîtrisent pas les sujets. Dire qu’une taxe sur les livres d’occasion est injuste sans argumenter, c’est passer à côté de beaucoup de sujet importants. Cette taxe est irréaliste. Et elle ne répond pas aux véritables problématiques rencontrées par le marché du livre. Par ailleurs, il faut vraiment arrêter de faire comme si le marché du livre en France était une zone sinistrée. C’est loin d’être le cas. Donc plutôt que de prendre des mesures d’urgence qui tapent à côté de la plaque, ce serait plus utile de proposer des réponses pertinentes pour les problèmes qui sont réellement là.

23 réflexions sur “Taxer les livres d’occasion : attention aux intox !

  1. peluche0706 dit :
    Avatar de peluche0706

    Bravo pour cert article coup de poing très enrichissant ! Clairement, il y a un vrai problème sur la rémunération des auteurs. C’est un sujet dont on parle trop peu et qui pourtant le mérite. Sans être pro gouvernement, je pense que le but initial était justement de mettre en valeur ces auteurs. Seulement, comme tu le dis, ça me semble difficilement applicable en l’état. Merci à toi !

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    • Alivreouvert dit :
      Avatar de Alivreouvert

      Merci pour ton commentaire. Sans faire de politique, je ne suis pas certaine que le projet ait été très réfléchi en amont. D’ailleurs, aucune proposition chiffrée n’a été avancée sur la redistribution de cette taxe éventuelle. Pour mettre en valeur les auteurs, il faudrait peut-être carrément envisager de ne plus taxer les livres auto-édités ? Parce que quand un auteur porte seul le poids financier de son activité, là il y a besoin d’un coup de pouce de l’état selon moi.

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  2. Ma Lecturothèque dit :
    Avatar de Ma Lecturothèque

    Les livres sont relativement accessibles comparés à d’autres loisirs mais c’est déjà un certain coût, je trouve donc que le marché de l’occasion est une très bonne chose. Mais les taxer… Je te rejoins, c’est la rémunération des auteurs et autrices qu’il faut revoir, notamment, et pas taxer les livres d’occasion. Par ailleurs, je me retrouve dans la description que tu fais des personnes qui achètent des livres d’occasion : j’achète aussi du neuf ; j’achète d’occasion parce que c’est moins cher et parce que certains livres sont introuvables en neuf.
    Merci pour ce riche article !

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    • Alivreouvert dit :
      Avatar de Alivreouvert

      Merci beaucoup pour ton commentaire. Moi aussi j’achète un mix de neuf et d’occasion, à la fois pour des raisons financières mais aussi pour trouver des ouvrages introuvables en neuf. Il semble qu’on soient toutes les deux pile dans les statistiques officielles !

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  3. Satregardepas dit :
    Avatar de Satregardepas

    Donc pour promouvoir la lecture et pour garantir des revenus aux auteurs, « ils » pensent taxer, donc rendre la lecture encore moins accessible. Encore une fois, ils obtiendront l’effet inverse de ce qu’ils espèrent, mais rien d’étonnant venant des politiques. Et si cette taxe ne sera pas mise en œuvre, ce sera uniquement à cause de sa difficulté à appliquer. Si c’était facile, ils le feraient à coup sûr, pour ça et seulement pour ça, on peut leur faire confiance.

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    • Alivreouvert dit :
      Avatar de Alivreouvert

      Je ne crois même pas qu’ l’intention soit réelle de s’engager sur un terrain aussi miné que la lecture. Mais le fait de l’évoquer prouve qu’il y a bien un problème : d’un côté l’incapacité d’identifier et résoudre les problèmes qui existent, et de l’autre une logique de contrainte économique qui ajoute de la complexité à une situation déjà compliquée.

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  4. hélène lipietz dit :
    Avatar de hélène lipietz

    Je suis bouquiniste pro, je vends des livres occasion pour pas qu’ils finissent en déchèterie et pour pas qu’on réimprime et donc massacre des forêts. Or est-il normal que les livres tombés dans le domaine public tels les Balzac soient réimprimés et vendus en promotion avec des journaux, alors qu’ils existent dans toutes les bouquineries, voire dans les boîtes à livres? pourquoi les gens achètent des livres neufs quand ils existent d’occasion et pourquoi les profs imposent telle édition de l’Avare quand depuis 3 siècles on l’imprime à tour de bras?

    Je vends en direct à ma boutique (peu) et beaucoup sur 2 grandes plateformes de vente (6000 livres en vente) dont celle avec le sourire à l’américaine, soit 1000 euros par mois brut, une 40taine de livres.

    il est clair qu’on ne peut pas vivre en vendant des livres d’occasion si on a pas un gros stock et des locaux pour les ranger (j’ai vu mes ventes augmenter quand j’ai dépassé les 4000références).

    je voulais rectifier une erreur: la TVA est due à 5,5% sur les livres d’occasion quand on est professionnel. donc il est bien possible d’augmenter la TVA pour les pro. Le vrai pb c’est que les vendeurs à qui on donne les livres tirent les prix vers le bas: il y a 8 ans je mettais en vente sur internet des romains récents à plus de 10 euros, ce n’est plus possible aujourd’hui car les bouquinistes « sociaux »type recylivre ou autres sans parler de Monox vendent des livres à 90 cts, ce qui ne payent même pas le papier d’emballage… et les particuliers suivent sans se rendre compte qu’ils y sont de leur poche une fois enlevée la part des plateformes et les frais d’envoi!

    J’en arrive au paradoxe de ne plus pouvoir vendre des romans récents car je ne me payerais pas donc … j’envoie les livres à Recylivre ou à Emmaus (qui a peu de livre en vente sur sa plateforme et à des prix plus économiquement raisonnables)… tirant ainsi encore plus les prix vers le bas!

    Quant aux acheteurs ils ne savent pas comparer les prix et achètent souvent sur A même quand je mets le même livre moins cher sur R, tant le « prestige » de cette plateforme est grand: en 1 mois je vends autant sur A qu’en 1 an sur R!

    donc s’il y a bien un pb de droit d’auteur (mais faut-il publier en papier autant?) il a surtout un pb de quasi-monopole d’une entreprise étrangère qui ne facture pas la TVA de son service de mise à disposition de la plateforme sous prétexte qu’elle est domiciliée au Luxembourg… mais qui passe son temps à rappeler aux vendeurs sur son site qu’ils doivent payer la TVA et donc une éventuelle taxe supplémentaire (avec de la TVA dessus?)

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  5. Allys dit :
    Avatar de Allys

    Merci beaucoup pour ce bel article très instructif. Mais il y a aussi un problème qu’on ne soulève pas assez, c’est la disparition des bouquinistes, des vrais s’entend. De ceux qui récupèrent tout, qui restaurent ceux qui sont abimés et qui nous donnent envie de nous plonger dans un vieux livre jauni. Autant, cela m’arrive d’acheter des livres neufs en ligne, autant, je ne peux m’y résoudre pour les livres d’occasion. J’ai besoin de les voir, de les toucher, de les sentir. Alors, taxe ou pas taxe, je trouve que les libraires devraient avoir une section livres d’occasion…

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    • Alivreouvert dit :
      Avatar de Alivreouvert

      C’est également l’une des conclusions du rapport du ministère de la culture ! Je pense que le problème, c’est le prix des loyers commerciaux trop élevés. La plupart des librairies ont des espaces de vente assez limités, et vu le prix des mètres carrés loués et le prix moyen vendu des livres d’occasion, ce ne serait pas forcément rentable pour les librairies indépendantes de proposer une telle offre. Là encore, on peut imaginer des mécanismes de la part de l’état pour encadrer les loyers des librairies afin d’encourager la vente des livres d’occasion… ainsi que des livres auto-édités (qui sont souvent refusés par les libraires pas tant pour des questions de qualité des ouvrages qu’à cause du risque de manque à gagner que ça représente). En tout cas, merci beaucoup pour ton commentaire qui permet d’approfondir encore le débat !

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  6. Caroline - Le murmure des âmes livres dit :
    Avatar de Caroline - Le murmure des âmes livres

    Merci beaucoup pour cet article très intéressant qui donne matière à réfléchir. Et merci aussi aux commentaires qui poursuivent le dialogue.

    Quand j’achète des livres, c’est souvent d’occasion, à la recyclerie ou sur Rakuten, la plupart du temps pour des raisons budgétaires, mais pas que. Aussi car je trouve dommage que des livres déjà lus se retrouvent à la déchetterie si personne ne les rachète. En revanche, je me pose souvent des questions vis à vis de l’auteur, qui n’est pas rémunéré si je passe par ce biais.

    J’achète aussi quelques livres neufs, plus rarement et souvent de poche, mais je le fais chez ma libraire, qui s’investit pour que nos villages aient accès à la culture, au sens large. Bref, un sujet complexe et vraiment intéressant.

    Je dérive un peu mais, concernant l’accès à la culture, j’habite un tout petit village doté pourtant d’une super médiathèque, qui a un catalogue riche et qui propose des animations culturelles. Par ailleurs, nous avons également accès, dans les Landes, au catalogue de la bibliothèque numérique, qui comprend livres, bds, livres audio, films, musique et presse. Je crois que c’est le cas dans beaucoup de départements. C’est un autre sujet, mais ça peut peut-être intéresser d’autres personnes.

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    • Alivreouvert dit :
      Avatar de Alivreouvert

      Merci beaucoup pour ton commentaire. Et c’est gentil de le rappeler : effectivement, l’accès à la culture dépend aussi du réseau des bibliothèques publiques. C’est génial que tu aie accès à une médiatique aussi intéressante, parce qu’il y a d’autres zones en province où ce n’est pas le cas. Certaines villes n’ont plus les moyens (ou la volonté) de bien doter les bibliothèques, et beaucoup de personnes s’en retrouvent pénalisées. L’accès à la culture ne concerne donc pas seulement l’achat mais aussi le prêt de livres. D’ailleurs je ne sais pas si tu as eu l’occasion de lire le livre de Neil Gaiman Pourquoi notre futur dépend des bibliothèques ? C’est un discours qu’il a prononcé et qui est disponible en France en ebook. Il évoque toute l’importance des bibliothèques publiques et c’est absolument passionnant & inspirant.

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