On croit parfois que le cosy mystery est un genre littéraire exclusivement anglo-saxon. C’est faux ! Et en France aussi, il y a régulièrement des romancières et des romanciers qui proposent de belles histoires policières. La preuve aujourd’hui avec Crimes, vols et papotages, le roman signé M.J. Straton. L’histoire nous embarque dans un petit village du Sud de la France qui n’a rien à envier à la campagne anglaise, et où le meurtre rôde… mais toujours dans une ambiance de bonne humeur ! J’ai eu un énorme coup de coeur pour cette intrigue, et je vous donne toutes les bonnes raisons de découvrir ce livre à votre tour.
Mon résumé du livre
Joséphine vit à Comfort, un petit village dans lequel il ne se passe jamais rien, mais où étrangement tout le monde est tout le temps au courant des moindre détails de la vie de ses voisins. Ses journées sont rythmées par le calme de la routine : son métier, le jardinage, la cuisine, sa famille ainsi que les nombreuses interventions inopinées de sa voisine Sybille, une véritable madame sans gêne au caractère bien trempé !
Pourtant, derrière la façade de cette petite vie tranquille, Joséphine cache un secret : c’est elle le véritable auteur des romans policiers à succès signés sous le pseudonyme de J.J. Christie. Avec la complicité de sa soeur, éditrice, Jo se cache derrière un homme de paille, un britannique qui endosse le rôle de l’auteur mais n’apparaît presque jamais en public. Or voilà qu’il décide subitement de quitter la Grande-Bretagne pour venir faire un petit tour en France, lors d’une rencontre avec les lecteurs dans une librairie tout près de chez Joséphine ! Pourquoi ce célèbre reclus sort-il en pleine lumière ? Pourquoi n’a-t-il pas prévenu son éditrice ? Et comment se fait-il qu’on retrouve subitement son cadavre ?!
Alors que la gendarmerie française lance une enquête conjointe avec Scotland Yard, Joséphine commence à s’inquiéter. Et si quelqu’un découvrait que c’est elle le véritable auteur des best-sellers ? C’est sûr : elle deviendrait la principale suspecte ? Voilà Jo lancée dans une enquête qui risque fort de la faire sortir de sa petite bulle. Sans compter un autre mystère : une invitation anonyme reçue dans sa boîte aux lettres pour intégrer le très secret Club des Vieilles filles…
Mon avis sur Crimes, vols et papotages
Quand j’ai lu le résumé du livre au départ, ce qui m’a intéressé c’est cette histoire d’auteur caché, dont la doublure lumière se fait tuer. Un événement qui force la véritable romancière à sortir de l’ombre pour mener l’enquête. L’idée du crime à résoudre et du secret à protéger promettait déjà beaucoup de suspens. Mais le tour de force du roman, c’est qu’il y a encore d’autres intrigues qui viennent enrichir l’histoire et nous tenir en haleine.
Au centre de l’histoire, il y a Joséphine. Un personnage hyper attachant. C’est elle qui raconte l’histoire à la première personne du singulier. Sauf que Joséphine a ses petits secrets, et qu’elle ne nous les livre pas tous d’un coup. On découvre son histoire au fur et à mesure, et j’ai adoré découvrir comment elle a commencé à écrire, pourquoi elle ne voulait pas être en pleine lumière… Tous les éléments de la vie de Joséphine sont géniaux parce qu’elle est futée et discrète en même temps. Autant dire que c’est le mélange parfait pour une enquêtrice amateur !
Autour de Jo, on découvre Comfort, un petit village dans lequel les habitants ont tous un petit grain de folie. Cette partie de l’histoire est absolument jubilatoire ! J’ai hurlé de rires avec les péripéties du Club des vieilles filles (je ne vous en dévoile pas trop, mais elles sont toutes fabuleuses). J’ai eu un coup de coeur pour Sybille, la pire voisine du monde. Elle passe son temps à courir après un voleur de bouchons, à mettre son grain de sel partout. Elle manque totalement de tact mais elle est tellement drôle qu’on ne peut que s’attacher à elle. Il y a aussi un tueur de vieilles dames ! Et enfin il y a Raphaël, le séduisant commandant de gendarmerie avec lequel Joséphine entretient une relation compliquée qui promet d’évoluer vers quelque chose de plus romantique dans de futures aventures.
Tous ses personnages forment un formidable ensemble qui rend le petit village particulièrement vivant. Ils offrent aussi pas mal de rebondissements, avec des péripéties loufoques en cascade. Mais surtout, à force de s’attacher à tout le monde, on finit par se dire que c’est impossible que l’un d’eux soit le meurtrier. Et ça c’est très malin parce que comme dans un roman d’Agatha Christie, le coupable est toujours le personnage qu’on soupçonne le moins. Or, c’est bien pour cet élément de surprise qu’on aime lire des romans policiers. J’ai pas raison ?
Crimes, vols et papotages : une idée lecture pour qui ?
Cette première intrigue de la série Le Club des vieilles filles enquête est une franche réussite. J’y ai retrouvé tous les éléments que j’adore dans les romans de style cosy mystery : une intrigue solide et bien pensée, un cadre qui me fait rêver, une enquêtrice futée et très attachante, et une galerie de personnages secondaires hauts en couleurs qui assurent le spectacle en apportant énormément d’humour au roman.
Ce livre est un concentré de ce qui se fait de meilleur en la matière. Et en prime, j’adore le fait que ce soit un roman écrit par une Française. Sans vouloir faire de chauvinisme, et même si j’adore les romans policiers anglo-saxons, c’est un grand plaisir de lire une histoire qui se déroule en France et dans laquelle on retrouve des éléments de notre culture. Quand j’ai eu le plaisir d’interviewer M.J. Straton sur l’écriture de son livre, elle évoquait les villages du Sud à la Pagnol. Et c’est tout à fait ça : c’est très agréable de trouver ce côté un peu carte postale typiquement français, qui confère un charme authentique à l’histoire.
Donc si vous aimez les romans policiers, n’hésitez pas à lire celui-ci. Je pense que vous ne serez pas déçues !
Avant de vous quitter, je vous laisse avec quelques questions. En effet, ce livre a inauguré le Club de Lecture d’Alivreouvert. Pour la première fois, je vous ai proposé cette lecture commune le mois dernier. Alors que vous ayez déjà pris le temps de lire le roman ou pas, voici quelques questions pour discuter tous ensemble autour de notre passion commune pour les histoires policières.
Crimes, vols et papotages : Le Club de lecture Alivreouvert en parle !
- Amateurs d’intrigues policières : qu’est-ce que vous préférez dans le cosy mystery ? Son humour ? Le cadre des petits villages ? Ses détectives amateurs ?
- Le coupable est parmi nous : dans un roman policier, le meurtrier est forcément un personnage qu’on a déjà croisé dans l’intrigue. Est-ce que vous êtes fort pour identifier le coupable avant la fin ? Ou est-ce que vous vous faites toujours surprendre par la révélation finale ? Moi il m’arrive encore de me faire piéger, et pourtant je lis des romans policiers depuis presque trente ans !
- Dans Crimes, vols et papotages, Joséphine est une romancière qui adore imaginer les crimes les plus complexes dans ses histoires. Pourtant, au quotidien elle a besoin de vivre avec sa petite routine, et elle préfère le calme à l’aventure. Est-ce que ce paradoxe entre le fait de vivre une vie normale et la fascination pour le meurtre ne reflète pas aussi notre propre passion de lecteurs ? Nous adorons lire ces histoires, mais soyons honnêtes, on serait tous paniqués à l’idée de traquer des criminels !
- Quel est votre personnage préféré dans le roman ? Moi j’ai adoré Sybille ! Et d’une manière générale, qu’est-ce qui fait un bon personnage de roman d’après vous ?
- Les maisons d’édition françaises publient beaucoup de cosy mysteries écrits par des auteurs anglo-saxons, mais elles éditent trop peu d’auteurs français. Est-ce que ça vous intéresserait de lire plus de romans policiers qui se déroulent en France ? Où est-ce que pour vous le pays dans lequel se déroule l’intrigue est secondaire ?
- Et enfin, d’après vous qui est le fameux voleur de bouchons après lequel Sybille court pendant toute l’histoire ?! Au fond de moi, je suis persuadée que c’est Joséphine qui retire le bouchon, juste pour faire enrager sa voisine 🙂
J’attends avec impatience vos réponses en commentaires. Et n’hésitez pas à poser des questions directement à l’autrice. Je suis sûre qu’elle sera ravie de vous répondre !
Alors pour répondre à la 1ère question, je ne suis pas une adepte des cosy mystery. Mais je me suis laissée tenter par celui-ci par curiosité. Et franchement je n’ai pas déçue! L’humour est génial, le petit village de Comfort très bien décrit. On s’y croirait! Moi qui ait habité un petit village pendant toute mon enfance, je me le suis bien imaginé.
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C’est génial de voir qu’il n’y a pas besoin d’être une fan absolue des cosy mysteries pour apprécier cette histoire. Comme tu le dis, il y a beaucoup d’humour, et le cadre de l’intrigue est bien planté dans un petit village qu’on a beaucoup de facilité à se représenter.
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En ce qui concerne le coupable, au début je pensais que Mirabelle était dans le coup avec ses madeleines à la lavande. Le mystère a été bien entretenu jusqu’au moment du dénouement. C’est écrit avec beaucoup de détails et de précision. J’ai lu l’interview de MJ Straton et je comprends mieux maintenant toute la finesse de l’intrigue compte tenu du temps qu’elle a passé à l’écrire. On dirait qu’elle a pesé chaque mot qu’elle écrivait. Par contre, MJ ce sont les initiales de son prénom? Straton est-ce son vrai nom ou un nom d’emprunt comme son héroïne?
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Le travail d’écriture est en effet très abouti. Et ça se sent à la lecture parce que rien n’est laissé au hasard. Pour le nom de l’auteur, je suis désolée mais je ne vais pas pouvoir répondre à ta question parce qu’elle souhaite conserver un certain anonymat. Tous les auteurs ne sont pas à l’aise avec le fait d’être sous les projecteurs 🙂
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Alors pour répondre à la 3ème question, effectivement, le paradoxe est là. Joséphine est une romancière qui rencontre un franc succès de façon anonyme et elle est très casanière et routinière dans sa vie. Ce paradoxe m’a plu. Elle revêt une autre identité quand elle est écrivaine. Mais finalement elle se prend à son propre jeu en menant l’enquête et en sortant de sa routine quotidienne. Puis en accueillant toutes ces vieilles dames chez elle alors qu’elle préfère rester seule le nez dans ses livres. J’ai bien aimé ce paradoxe. En tant que lectrice, j’adore parfois me projeter dans un nouvel environnement au moment de mes lectures mais j’aime aussi lire des romans dans lesquels je pourrais aussi me projeter. Mais là, enquêter sur un meurtre serait compliqué sauf si je suis épaulée par un beau gendarme comme dans le roman! Pourquoi pas?
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Ah je te rejoins complètement : si on a droit au gendarme séduisant comme acolyte, alors ça vaut le coup de se mettre à courir après des meurtriers !!!
Plus sérieusement, le paradoxe est au coeur de l’histoire, et c’est un thème très intéressant parce que comme tu le souligne très bien, ça permet de faire un parallèle entre le personnage et le lectorat. On se sent tout de suite des affinités avec Joséphine. Personnellement, je suis comme elle : j’ai besoin de ma routine, je vis ma vie dans ma petite bulle. Pourtant, le frisson de l’aventure me fait rêver. Mais comment est-ce que je réagirais si j’y étais confrontée pour de vrai ? Aucune idée…
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Alors mon perso préféré … C’est vrai que Sybille est haute en couleurs et elle m’a fait marrer. Elle vole presque la vedette à Joséphine. Sans aucune hésitation Sybille comme vous! Je l’ai adoré et bien imaginé. Une voisine envahissante certes mais avec qui on ne s’ennuie pas.
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C’est exactement ce que j’avais dit à la romancière lorsque j’ai discuté avec elle ! Sybille est ce que les anglo-saxons appellent un « scene-stealer » : littéralement une « voleuse de scène ». C’est à dire que dès qu’elle apparait, elle capte toute la lumière avec son énergie fabuleuse et son humour. Je l’ai adoré même si je ne sais pas si je serais d’accord pour l’avoir comme voisine dans la vraie vie. Mais dans l’idéal, est-ce qu’on n’a pas tous besoin d’une Sybille dans nos vies pour nous bousculer un peu dans nos habitudes et apporter un grain de folie dans le quotidien ?
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Pour moi, le pays dans lequel se déroule l’intrigue n’est pas secondaire. Au contraire pour moi c’est important. Quand je vais en librairie et que je lis le résumé du livre au dos, savoir où l’intrigue va se dérouler est très intéressant cela me donne l’envie de le lire ou pas. Et c’est vrai que les éditeurs français ne jouent pas le jeu. Ils préfèrent publier des cosy mysteries anglo-saxons qui ont connu un réel succès dans leur pays plutôt que de donner sa chance à des auteurs français. Comme MJ Straton. J’espère sincèrement qu’elle sera publiée car elle le mérite. J’ai passé un bon moment en lisant son roman. J’avais hâte de connaître la suite jour après jour. Quant au voleur de bouchon, aucune idée mais peut-être que nous aurons quelques indices dans le tome 2. A suivre…..
Dans tous les cas j’ai adoré participé à cette lecture commune et j’ai beaucoup aimé lire votre blog. A une prochaine fois certainement.
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Merci beaucoup ! Je suis ravie de savoir que cette lecture commune vous a plut. C’est un roman pour lequel j’ai eu un énorme coup de coeur, et j’étais assez confiante dans le fait qu’il puisse plaire à d’autres personnes. Même si on ne peut jamais être sûre !
J’espère remettre en place prochainement une lecture commune. Et dans l’idéal j’aimerais encore une fois mettre un auteur français à l’honneur parce qu’en effet, les livres anglo-saxons c’est bien, mais c’est aussi une bonne chose de s’intéresser à notre production littéraire nationale parce que les auteurs ont aussi besoin que les lecteurs se mobilisent afin de leur donner une chance de faire connaître leur formidable travail.
A bientôt sur Alivreouvert et merci d’avoir participé à cette session du Club de lecture !
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