Elle vient tout juste de publier son premier roman, et d’ailleurs elle a encore du mal à se présenter comme écrivain. Pourtant, avec l’état de grâce qui porte Marques de fabrique, on ne pourrait pas imaginer que Cécile Baudin en est à son coup d’essai. Il faut dire qu’elle écrit depuis longtemps. Et son rêve d’enfant est devenu un véritable conte de fée quand elle a trouvé un éditeur à son premier envoi de manuscrit ! Les éditions des Presses de la Cité ont eu un coup de cœur pour Marque de fabrique, un roman qui inaugure une trilogie consacrée à l’évolution de la France durant le XIXe siècle, une période particulièrement propice au romanesque.
Dans ce travail à mi-chemin entre le roman policier et le roman historique, Cécile Baudin nous invite à découvrir les récits inspirants de l’émancipation des femmes. Des sujets qui lui tiennent d’autant plus à coeur que cette ancienne DRH est bien placée pour évoquer la place cruciale des femmes dans le monde du travail. Et plus on évoque le destin des femmes du passé, plus on mesure à quel point leurs trajectoires font écho avec le monde dans lequel nous vivons.
Cette rencontre avec Cécile Baudin est l’occasion d’en apprendre plus sur l’émancipation des femmes françaises, sur son projet d’écriture avec la trilogie à venir, et surtout sur la belle histoire côté coulisse quand elle a décidé de se lancer dans un projet un peu fou : prendre le temps d’écrire un roman !
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Est-ce que vous pouvez vous présenter et nous expliquer ce qui vous a mené à l’écriture ?
Je m’appelle Cécile Baudin. Je vis en Seine-et-Marne et j’ai une cinquantaine d’années. Je ne suis pas… J’allais dire je ne suis pas écrivain depuis longtemps. J’ai encore du mal à le dire, que je suis écrivain. Vous voyez, j’ai encore un problème de légitimité sur le sujet (rires) !
Ma carrière était plutôt dans les ressources humaines. J’étais DRH dans des grands groupes industriels, dans le BTP… Et comme beaucoup de gens, j’avais une passion d’enfance pour l’écriture. J’écrivais beaucoup quand j’étais au collège, au lycée. J’écrivais des romans, j’écrivais des pièces de théâtre, des poèmes… Enfin j’écrivais tout le temps. J’écrivais pendant les cours et je me faisais taper sur les doigts !
Et puis ensuite la vraie vie a remplacé les fantasmes d’adolescence. Et puis il y a deux ou trois ans, à l’approche de la cinquantaine pour moi et de la soixantaine pour mon mari, il y a eu un déclic. Il m’a dit : « Ecoute, on n’a plus les gamins, on est plus tranquilles, on devrait essayer de consacrer plus de temps à nos passions. Si on pouvait faire ce qu’on voulait, toi qu’est-ce que tu voudrais faire ? » Moi quand j’étais petite, je rêvais d’être écrivain. Et il m’a dit « Lance-toi ».
Donc il y a deux-trois ans, j’ai mis entre parenthèse mon activité professionnelle. Et je me suis lancée dans l’écriture d’une trilogie de romans policiers historiques qui se passent au XIXe siècle. Trois histoires, trois régions et trois périodes précises. Et une fois les deux premières histoires écrites, mon mari (toujours lui !) m’a dit : « C’est bien, tu devrais les envoyer à des éditeurs ». Et moi j’ai répondu : « Mais non, ça ne marche jamais ! ». J’ai quand même envoyé Marques de fabrique, que je trouvais le plus abouti. Je l’ai envoyé à quelques éditeurs que je trouvais pertinents dont Les Presses de la Cité parce qu’ils ont la collection Terre de France que je trouvais particulièrement adaptée. Et contre toute attente, ils m’ont rappelé trois semaines après ! A partir de là, tout s’est enchainé. Ils ont lu mon autre roman alors même que j’étais en train d’écrire le troisième. Et ils ont pris les trois.
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Vos trois romans se déroulent donc à l’époque du XIXe siècle. Et ça m’intéresse de savoir comment vous vous êtes intéressée à cette période particulière.
Par un hasard du calendrier, je me suis mise à écrire en 2020, au moment du covid. Et du coup en plein covid, j’ai pas du tout envie d’écrire sur la période contemporaine. Je la trouvais vraiment pas rigolote, et je n’imaginais pas du tout des héros avec des masques et des petits bouteilles de gel hydroalcoolique dans la poche. Donc je me suis dit que j’allais choisir soit de l’historique soit du récit d’anticipation. Et je me sentais vraiment plus intéressée par l’historique. Moi il y a des périodes de l’histoire qui m’intéressent, tout particulièrement le XIXe siècle. Sans être une grande historienne, ça m’intéresse parce que c’est une période que je trouve très riche et très romanesque, avec beaucoup de découvertes, d’évolutions technologiques, des transformations incroyables… Et moi qui suis une ancienne DRH, je sais que tout le monde du travail, le code du travail, la vie au travail… Tout ce qu’on va vivre au XXe siècle date en fait de la fin du XIXe.
A partir de là, je me suis rendue qu’on qu’en fait il y a plusieurs périodes dans le XIXe siècle parce qu’il est tellement riche. Il y a un début de siècle encore très rural, très artisanal, très mystérieux. Il y a une deuxième moitié de siècle qui est vraiment industrielle. Et puis il y a la fin et la période d’avant la Première Guerre mondiale où on est dans les prémices du monde moderne, avec tout ce qui va nous attendre au XXe siècle. Chacune de ces périodes méritait une histoire, et c’est pour ça que mon projet est devenu une trilogie.
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Donc votre projet d’écriture, c’est en quelque sorte un trait d’union entre ce qui vous intéresse à titre personnel et puis votre vie professionnelle, avec votre expérience et votre expertise ?
C’est vrai que c’est un trait d’union entre des choses qui m’intéressent particulièrement, mais qui me permettent aussi de parler du monde moderne. Parce que les émancipations des femmes, des ouvriers, c’est une problématique qui est totalement actuelle. Je l’ai observé dans mon métier, cet impact des grandes transformations, notamment avec le numérique. Et l’impact se fait ressentir largement, sur les familles, sur les endroits où les gens vivent. On voit bien déjà comment le télétravail a changé la donne sur les lieux où vivent les gens, avec par exemple l’attractivité des villes moyennes. Il s’est passé la même chose à la fin du XIXe siècle. Le chemin de fer et l’industrie ont transformé les paysages urbains. A chaque fois qu’on vit ces grandes transformations, c’est tout qui se transforme.
Et en plus, en tant qu’ancienne DRH, je me suis souvent intéressée aux beaux métiers. J’ai aussi à cœur dans mes histoires de rendre hommage d’une certaine manière au monde ouvrier en général. Au monde des « oeuvrants », le monde des savoir-faire, des gens qui participent finalement à tout ce dont on bénéficie aujourd’hui et qui ont travaillé dur pour ça.
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En vous écoutant, on voit bien à quel point il y a plein de parallèles intéressants entre le XIXe siècle et notre monde actuel. Mais ironiquement, j’ai l’impression que c’est une période qu’on connait assez mal. Et ce que j’ai apprécié dans votre roman, c’est qu’on n’a pas besoin d’en savoir beaucoup pour plonger dans l’histoire parce que vous donnez beaucoup d’éléments en ce qui concerne le contexte. Mais j’imagine qu’au niveau de l’écriture, cette apparence de facilité a quand même nécessité un gros travail. Alors je me demandais si vous aviez effectué des recherches particulières avant l’écriture pour nourrir tout ce contexte historique ?
Quand j’ai commencé à écrire, je n’imaginais pas deux minutes que j’allais être éditée. Donc j’y suis allée un peu à la cool. Mais j’ai quand même essayé d’être sérieuse parce que c’est dans ma nature. Et en réalité, je me suis rendue compte qu’il me fallait quand même un gros travail de recherches. J’ai passé sept à huit mois de recherches et ensuite un mois d’écriture. J’ai fait des recherches sur internet. J’ai cherché des personnes ressources, des associations… J’ai passé des jours sur place. J’ai épluché les archives départementales. Par exemple, pour Marques de fabrique j’ai passé une semaine dans l’Ain. J’ai rencontré des guides. J’ai retrouvé des Procès Verbaux de l’Inspection du Travail de l’époque. Donc j’ai épluché tout ce que je pouvais.
Et ensuite le plus dur, c’est de ne pas tout dire et d’extraire les 5% de tout ça qui vont servir l’histoire. Les éléments les plus pertinents pour l’histoire et pour donner le ton. Mais sans êtres trop docte. Il ne s’agit pas non plus de donner un cours d’histoire ! Je me rends compte que c’est comme préparer un film. Il faut réfléchir aux costumes, à comment les gens font pour se déplacer… Si possible, à chaque fois il faut aller chercher le plausible pour être au plus près de la vérité. Parce que moi quand je lis, je trouve que ce sont ces petits détails qui me donnent le sentiment que j’y suis, que je suis dans l’histoire.
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Et indépendamment du contexte historique et social, j’ai trouvé que votre roman avait aussi quelque chose d’un hommage au roman policier français du XIXe siècle. Comme les romans de pas mal d’auteurs de l’époque qui ont fait les grandes heures du roman policier français (Gaston Leroux, Arthur Bernède, Maurice Leblanc), votre roman commence sur un fait divers. On commence avec deux morts mystérieuses, qui vont nous embarquer dans une intrigue plus vaste. Alors je me suis demandé si vous aviez des sources d’inspiration littéraires particulières ?
Bien sûr quand j’étais petite j’ai lu les classiques, et notamment Le Mystère de la chambre jaune. Mais je ne sais pas si j’ai vraiment des inspirations, à part le fait que quand j’étais petite je lisais des policiers comme Arthur Conan Doyle, ce genre de choses. Je suis bien incapable de vous dire s’il y a eu une inspiration plutôt qu’une autre. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’en tant que lectrice j’aime qu’on me raconte des petites histoires qui me racontent la grande. C’est vraiment ce que j’aime. Et la deuxième chose, c’est que j’ai besoin qu’on me plonge assez vite dans l’action tout en me laissant le temps de reconstituer un raisonnement.
Pour mon prochain livre, La Constance de la louve commence aussi par un fait divers : la mort mystérieuse d’un jeune apprenti médecin, au pied d’un asile. Et c’est vrai que j’aime bien cette façon de lancer l’intrigue. J’ai l’impression que je m’accroche mieux à mon histoire. Et je pense aussi que c’est efficace pour accrocher le lecteur à un enjeu. Parce qu’il y a un enjeu : il va falloir résoudre le meurtre.
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Et justement pour mener l’enquête, il faut des enquêteurs ! Dans le contexte des grandes innovations techniques du XIXe siècle, la société évolue très lentement. Et vous avez eu cette idée brillante pour Marques de fabrique de choisir deux femmes pour mener l’enquête. On a d’ailleurs un duo d’enquêtrices totalement inédit avec une inspectrice du travail et une religieuse. J’ai l’impression que ce sont justement leurs carrières respectives qui vous ont intéressé pour faire découvrir l’envers de la société de l’époque.
Oui, c’est mon parti pris d’entrée de jeu. Et le fil rouge des trois histoires, pour moi, ce sont les émancipations au XIXe siècle. C’est-à-dire comment les gens répondent aux grandes transformations par des choix d’émancipation. En bonne féministe, pour moi évidemment la première des émancipations c’est celle des femmes. Elles sont professionnelles, c’est pour ça que je me suis intéressée au personnage de Claude, une jeune femme qui rêve d’une carrière qui est hypocritement ouverte parce qu’on autorise les femmes à postuler aux premiers concours d’Inspection du travail. En revanche, on ne les autorise pas dans les faits à accéder aux usines dans lesquelles il y des hommes et des machines.
Et en arrière plan il y a aussi l’émancipation face à la religion. Jusqu’à la loi de séparation entre l’Eglise et l’Etat, la religion a été un bon moyen de tenir les femmes, de garantir leur vertu, de les former, de les tenir à part du monde et de les garder bien éduquées et prête pour la vie qui les attend.
Donc pour moi, ces deux femmes sont deux chemins d’émancipation. Pour trouver une certaine vérité, il faut accepter de s’émanciper des limites qu’on nous impose. Et même si Claude et sœur Placide sont très différentes l’une de l’autre, elles incarnent bien les carcans de leur époque.
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Et ce qui les singularise, c’est qu’elles sont chacune à leur façon une posture d’autorité, ce qui est extrêmement rare à l’époque.
Alors oui et non. Elles sont « agissantes ». Elles ont une posture d’autorité, vous avez raison. Et comme l’indiquent les travaux d’historiennes et de sociologiques sur le sujet, les femmes ont toujours représenté au moins 30% de la population active en France. Ce qui est énorme, contrairement à ce qu’on a tendance à imaginer. La contribution des femmes à la production n’est pas du tout un sujet nouveau. C’est très significatif et pourtant on ne le met pas assez en avant. Et là-dedans, il y avait forcément des rôles « agissants » : pas des rôles de pouvoir au sens masculin du terme. Les femmes ne dirigeaient pas les entreprises. Mais les femmes étaient présentes et agissantes dans des rôles intermédiaires. Par exemple dans la religion puisque les sœurs avaient pas mal de responsabilités. Mais même dans certains aspects de la Fonction Publique. De tous temps, les femmes ont été actives et agissantes. Elles ont contribué à la vie économique.
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En n’ayant aucune forme de reconnaissance pour autant…
En n’ayant pas de reconnaissance, des salaires moindres, et puis une formation très limitée. Et pourtant malgré tous ces freins, elles ont quand même contribué à la production. Mais ce n’est qu’à partir du XXe siècle qu’elles ont commencé à être plus visibles. Il y a eu les deux guerres mondiales, et donc l’absence des hommes a permis de mieux voir ce travail des femmes. Mais ce n’est pas là que l’histoire des femmes dans le monde du travail commence. Elle date déjà du siècle précédent.
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Et ce que votre roman montre bien aussi, c’est que la vulnérabilité des femmes dans cette société ne dépend pas seulement de leur statut économique et social. On le voit avec deux autres personnages féminins que j’ai trouvé très intéressants dans votre roman : Olympe (l‘épouse du propriétaire de l’usine) et sa belle-fille. Elles appartiennent à la haute société, mais leur sort est à peine plus enviable que celui des autres femmes. Elles n’ont aucun pouvoir, aucune indépendance financière et elles sont réduites elles aussi d’une certaine manière à un rôle de production puisqu’elles sont là pour produire des héritiers.
Exactement. Elles sont là pour produire des héritiers, pour l’image sociale, et elles aussi subissent des carcans qui les empêchent. On ne se pose même pas la question de leurs propres aspirations. Elles sont là pour être des épouses, des mères. Et elles aussi doivent se libérer de ça. Et c’est bien que vous ayez vu ces deux personnages qu’on remarque peu mais qui me tiennent à cœur.
Notamment Olympe qui elle aussi s’émancipe d’une certaine manière. Et elle doit choisir entre la fidélité à ses héritiers et à son nom ou la fidélité à ses valeurs et à une certaine sororité. Et c’est justement ce qu’elle va choisir. J’ai aimé lui faire faire ce choix de la sororité parce que je trouve que c’est celui que je trouve le plus joli. On a souvent mis en valeur dans l’Histoire et dans les histoires la solidarité très forte entre les hommes. Alors que la solidarité des femmes, elle n’est pas aussi visible. Et pourtant, si elle trouve à s’appliquer, je pense qu’elle est au moins aussi efficace que celle des hommes.
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C’est un point commun entre tous vos personnages féminins. Elles sont toutes en rupture. Claude se travestit en homme pour mener à bien sa mission. Sœur Placide questionne les agissements de sa hiérarchie. Olympe est dans une forme de défiance vis-à-vis de sa caste sociale. Le XIXe siècle, c’est aussi cette période où commence à naître le mouvement féministe français, où les femmes commencent à faire front commun pour défendre leurs intérêts.
Bien sûr. J’aime à croire que ces questions se sont vraiment posées à ces femmes. Elles ont quand même agi. C’est vraiment la différence que je ferais entre le pouvoir et l’influence. Oui les hommes ont le pouvoir. Ils l’ont eu et ils l’ont toujours plus que les femmes. Mais l’influence, beaucoup de femmes en ont. Elles l’ignorent parfois. Elles ne la mettent pas assez en valeur et elles ne l’assument pas toujours.
Mais elles ont beaucoup d’influence. Là où elles sont, elles sont agissantes et elles ont de l’influence sur les choses. Et finalement, ces trois femmes n’ont pas le pouvoir. Au-dessus d’elles, il y a des hommes qui l’ont. Mais au final ce sont elles qui vont faire changer les choses parce qu’elles ont l’influence et surtout l’envie que l’émancipation provoque, cette fougue.
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Et justement je voulais vous poser la question : étant donné le travail de recherche que vous avez effectué sur la place des femmes dans la société du XIXe siècle, quel regard vous portez sur notre époque actuelle ? 130 ans plus tard, est-ce que ce n’est pas un peu décourageant de constater encore aujourd’hui la vulnérabilité des femmes malgré le droit de vote, malgré un meilleur accès à l’éducation, malgré les lois sur la parité ?
Moi je suis plutôt optimiste de nature. C’est un avis personnel, mais je trouve que si les femmes relèvent ce défi et acceptent de ne pas s’auto-censurer (parce que je vous assure que dans mon métier j’ai vu beaucoup de femmes qui s’auto-censuraient) alors je pense qu’elles peuvent accéder à plus. Les choses ont beaucoup évolué. Je me souviens que quand je postulais dans les années 1990, je me suis entendue dire « Mais enfin madame, vous êtes une femme ». Et ce n’est pas quelque chose que j’entendrais aujourd’hui.
Heureusement, les choses changent. Donc je suis plutôt très optimiste. Simplement, je pense qu’il faut qu’on continue à ne pas être naïves. Il faut être lucides, fermes. Il faut que chaque acquis soit jalousement défendu, sans jamais de retour en arrière. Je crois comme le disait Napoléon que « Le meilleur orateur du monde, c’est le succès ». Les femmes ont largement les compétences. Et elles le prouvent partout où elles sont.
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Et pour rendre compte de cet engagement des femmes, de leurs succès, il y a un enjeu autour de l’invisibilisation des femmes dans la société. Justement le fait que votre roman évoque la carrière des premières femmes inspectrices du travail, c’est un moyen de faire découvrir aux femmes d’aujourd’hui un pan de leur histoire qu’elles ne connaissent pas.
Absolument parce que de génération en génération, il y a une certitude, c’est qu’on a besoin de modèles. On a besoin de regarder au-dessus de nous, de voir nos mères, nos grands-mères, de constater ce qu’elles ont fait, ce qu’elles ont accompli. C’est un moyen de se dire que si elles l’ont fait, on peut le faire aussi et on peut même faire plus.
Quand j’étais encore DRH, j’étais très étonnée de voir qu’il y avait si peu de femmes ingénieurs. Mais ces jeunes femmes avaient rarement de mères ou de grands-mères qui avaient fait des études techniques ou d’ingénierie. Donc cette exemplarité des générations avant nous, elle est très importante. Et il faut effectivement mettre en valeur des femmes qui ont inventé des choses dans les techniques, dans les sciences, dans l’art… Il faut les mettre en valeur parce que ce sont leurs exemples qui vont faire comprendre aux jeunes filles que l’autocensure est stupide et que tout est possible.
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Et du coup c’est aussi un enjeu de littérature puisque même dans la production des œuvres de fiction, aujourd’hui d’avoir des romancières qui s’intéressent à ces sujets et qui mettent en avant des personnages féminins, c’est aussi un moyen de présenter de nouveaux modèles.
Oui. C’est important de montrer que de tout temps, on a toujours eu des tas de bonnes raisons de ne pas faire les choses, et en même temps on a aussi des tas de solutions si on décide de ne pas s’en tenir à ce qu’on voudrait nous laisser comme possible. Et il nous appartient de ne pas tenir compte des limites qu’on nous donne.
Mais d’ailleurs c’est vrai pour tout. Quand quelque vous dit : « N’envoie pas ton manuscrit. Il n’y a qu’une chance sur 10 000 qu’il soit pris. » Oui, il n’y a qu’une chance sur 10 000, mais justement il y a une chance.
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Et justement, pour revenir à votre projet global. Marque de fabrique inaugure une trilogie et vos deux autres romans sont déjà programmés. La Constance de la louve doit être publié en 2024, et Dur comme fer en 2025. Vous pouvez nous en dire plus ?
Oui ! Alors La Constance de la louve doit paraître l’année prochaine. On est au début du XIXe siècle. L’histoire se passe dans les années 1830, en Lozère. On est soixante-dix ans après les massacres de la bête du Gévaudan, dans un département encore très sujet aux légendes. On n’est pas très loin des problématiques politiques très bouleversantes pour la France depuis la révolution avec les guerres d’empire, les royalistes… Enfin bref c’est un peu le bazar. Et dans cette France très rurale et encore très mystérieuse, le corps d’un jeune apprenti médecin est retrouvé endormi dans la neige, au pied d’un asile puisque ce sont aussi les débuts de la psychiatrie. Et l’enquête va être menée par un lieutenant de louveterie. A cette époque on chasse les loups qui sont un grand fléau. Et ce lieutenant va être accompagné par une jeune bonne, cette jeune domestique étant elle-même en quête de savoir et de culture. Parce qu’à l’époque on ne parle pas forcément Français, on parle encore le patois. On ne sait pas forcément lire et écrire. Et cette jeune femme va utiliser l’enquête pour accéder au savoir. Et c’est ensemble qu’ils vont résoudre le mystère.
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Et enfin voici ma dernière question rituel. Celle que je pose à toutes les personnes que j’ai la chance d’interviewer : quelle a été votre dernière lecture coup de cœur ?
Un des tous derniers livres que j’ai lu et pour lequel j’ai eu un coup de cœur, c’est Souviens-toi de Sarah, de Page Comann. Qui d’ailleurs est aussi une histoire de femme un peu policière. Je l’ai trouvé très émouvante, très touchante. C’est vraiment une belle histoire.
Un grand merci à Cécile Baudin pour avoir pris le temps de répondre à mes nombreuses questions. Et pour en savoir plus sur son roman, n’hésitez pas à consulter ma chronique de Marques de fabrique ainsi que le site de Cécile Baudin.
Bonne lecture !
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