Marques de fabrique, roman de Cécile Baudin

Je suis une grande fan de romans policiers. Et j’ai aussi un faible pour les romans historiques. Alors quand un livre promet d’être un mélange entre les deux, vous pouvez imaginer à quel point je deviens immédiatement curieuse ! Marques de fabrique est le premier roman publié par Cécile Baudin. Et dès la lecture du résumé, j’ai eu envie de plonger dans cette histoire. Pour moi, il coche plusieurs cases : deux enquêtes croisées, la place des femmes dans la société, mais aussi un voyage dans le temps pour découvrir les heures sombres de l’histoire industrielle de la France. Le petit plus ? Les enquêteurs sont en fait des enquêtrices : une femme contrainte de se déguiser en homme pour exercer son métier ainsi qu’une bonne-soeur !

Mon résumé du livre

marques-fabriqueClaude est inspectrice du travail. Et dans son métier, elle est quotidiennement confrontée à des situations pénibles : des conditions de travail horribles, l’exploitation des enfants, la misère humaine… Et pour exercer sa profession, elle doit même se travestir en homme ! Mais rien ne l’avait préparée au mystère qui se présente à elle. En quelques mois d’écarts, elle découvre les cadavres de deux jeunes garçons morts dans d’étranges circonstances, à des kilomètres de distance. Un suicide et une mort accidentelle. Sauf que les deux garçons étaient visiblement des jumeaux, tous deux orphelins sans personne pour les pleurer. Un hasard ?

Les hasards, soeur Placide n’est pas non plus du genre à y croire. Elle dont l’ordre est chargé d’encadrer les jeunes filles qui travaillent dans une usine de soie. Et quand elle découvre une petite-fille dont la ressemblance avec une ancienne pensionnaire la trouble, elle se range à l’évidence : ce ne peut être que la fille de son ancienne protégée. Une jeune femme qui est partie il y a plusieurs années, et dont elle n’a jamais plus eu aucune nouvelle. Subitement, le besoin d’en apprendre plus se fait sentir. Et soeur Placide commence à poser des questions. Des questions qui finissent par lui faire croiser la route de Claude. Car les enquêtes des deux femmes ont peut-être un lien…

Mon avis sur Marques de fabrique

On les a longtemps traitées comme des mineures en droit, et pourtant les Femmes ont toujours fait partie de la force de travail en France. Pourtant, aucune règle ne les protégeait. Bien au contraire : elles étaient particulièrement exposées à la violence d’une société dans laquelle elles n’avaient aucun droit et aucun moyen d’obtenir justice. Un monde encore plus hostile pour les femmes issues des milieux les plus humbles.

Voilà le point de départ du passionnant roman de Cécile Baudin. Un livre qui nous invite à voyager dans le temps pour découvrir l’envers du décor. Certes, la période de la révolution industrielle a apporté nombre de changements scientifiques. Mais ces grands bouleversements technologiques n’ont pas automatiquement entraîné de changements sociétaux. Dans cette France qui est encore une société dominée par les hommes, les femmes sont corvéables à merci, exposées aux agressions, et la précarité de leur situation est encore renforcée par le fait que personne ou presque ne se soucie de leur sort.

En début de lecture, j’avais peur que l’histoire soit un peu trop sombre, trop réaliste, un peu trop « Emile Zola » à mon goût. Il faut dire que le sujet n’a rien de particulièrement glamour. La première bonne surprise de Marques de fabrique, c’est que malgré une histoire teintée de gravité, Cécile Baudin ne cherche pas à forcer sur les traits sombres. Elle ne verse pas dans le voyeurisme. Elle dresse l’histoire d’une manière factuelle et nous laisse la place de nous rendre compte par nous-même des conditions d’existence des femmes de l’époque. C’est ce qui rend le livre très plaisant à lire.

La seconde bonne surprise du livre, ce sont ses protagonistes. Dans son roman, Cécile Baudin imagine deux femmes qui vont oser aller à contre-courant de ce système. Deux enquêtrices pour le moins étonnantes : une bonne-soeur et une des toutes premières femmes inspectrices du travail. Chacune d’elle est aux premières loges pour observer comment les femmes se font broyer par la société. Et chacune va décider de rompre les rangs en posant les questions qui fâchent. A priori elles n’ont pas grand chose en commun. Mais leur intelligence et leur détermination les poussent à mener leurs investigations. Et ce tandem de personnage est particulièrement intéressant à suivre.

Pendant la première partie de l’histoire, on suit les deux enquêtes en parallèle. Et ce n’est que plus tard que les deux se télescopent avec la rencontre de Claude et soeur Placide. J’ai beaucoup aimé cette manière d’amener l’intrigue et de nous tenir en haleine. On sent bien que tout se joue autour de la fabrique de soie. Mais comment ? Et pourquoi ? Il faut vraiment attendre la toute fin de l’histoire pour avoir le fin mot de l’intrigue. Et il y a des retournements de situation jusqu’aux toutes dernières pages. J’ai adoré tous les éléments de surprise, et Marques de fabrique est vraiment un des meilleurs romans policiers que j’ai lu ces dernières années.

J’en profite pour souligner rapidement que toute la partie plus historique est également passionnante. Peut-être que l’histoire de l’industrie française n’est pas votre tasse de thé. Mais quand vous découvrirez l’envers du décor, vous aurez envie d’en apprendre plus. Le roman est très documenté, mais il ne fait pas trop « leçon d’histoire », au cas où ça pourrait vous rebuter. J’ai appris plein de choses, et ça m’a rendue encore plus curieuse. Ce qui était probablement le but de la romancière d’ailleurs !

Marques de fabrique : une idée lecture pour qui ?

Si vous aimez les romans policiers, alors vous serez ravies de vous plonger dans les pages de cette intrigue aux multiples rebondissements. Le mystère de départ avec ces deux cadavres de jumeaux est très bien ficelé. Et plus on avance, plus l’histoire devient encore plus complexe. C’est un roman policier à tiroirs, avec des intrigues secondaires qui finissent par se mélanger pour former un plan d’ensemble aussi complexe que fascinant.

Et si vous avez un faible, comme moi, pour les romans historiques, je pense que tout le propos en rapport avec la place des femmes dans l’industrie française de l’époque vous plaira énormément. Les Femmes sont souvent les oubliées de l’histoire. Et d’une certaine façon, ce roman vient nous rappeler que si leur histoire est mal connue, c’est aussi parce qu’encore maintenant nous ne faisons pas assez d’effort pour nous en soucier.

Certes, c’est formidable de s’enthousiasmer pour des héroïnes de fiction. Mais dans la vie réelle, des femmes ont vécu des sorts atroces sans que leur endurance soit jamais célébrée comme de l’héroïsme. Ces femmes n’avaient pas le droit de voter, un accès limité à l’éducation, et elles n’avaient presque aucun recours pour changer les choses. Sauf que certaines d’entre elles se sont quand même battues. Et même si Marques de Fabrique reste une oeuvre de fiction autour d’une histoire policière, je trouve que le roman interpelle fortement son lectorat sur un sujet qui mérite notre intérêt : quelle place gardons-nous dans notre mémoire pour ces milliers de femmes anonymes qui ont contribué au développement de notre pays sans jamais obtenir une quelconque forme de reconnaissance ?

Bonne lecture.

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