Les Victorieuses, roman de Laetitia Colombani

Après le beau succès de son roman La Tresse, paru en 2016, Laetitia Colombani revient en librairie avec un nouveau livre : Les Victorieuses. Quand l’info est tombée, il y a quelques mois, j’ai tout de suite été très émue car j’avais adoré La Tresse. J’ai fait beaucoup fait circuler le livre autour de moi. Je l’ai prêté. Je l’ai chroniqué sur ce blog. Je l’ai offert à plusieurs personnes. Tout autour de moi, j’ai observé avec plaisir le même enthousiasme chez les lectrices et les lecteurs. Ce livre a vraiment été un petit miracle. La sortie d’un nouveau roman de l’auteure française était donc un événement très attendu pour moi. Après une visite éclair à la librairie, il a rejoint ma pile de livres à lire, déjà dangereusement élevée. L’éboulement a été évité, et cette lecture, encore une fois, a été un coup de cœur.

Solène a presque tout ce qui lui faut dans la vie. Sauf le bonheur. Après un burn-out, l’avocate à qui tout réussit se retrouve confrontée au doute. Que va-t-elle faire à présent ? Pour retrouver un sens à sa vie et occuper ses journées en attendant de se décider, Solène se lance dans le bénévolat. Elle devient écrivain public pour une association. Sa mission : se rendre dans le quartier de Charonne, à Paris, au Palais de la Femme. Cette ville dans la ville, qui accueille toutes les femmes qui ont besoin d’un refuge, est un autre monde, dans lequel Solène a du mal à trouver ses repères. Elle, la working girl qui ne connait rien à la vraie misère, à la vraie violence, la voilà plongée au plus près d’une vie insoupçonnée, fragile et vulnérable. Au contact des femmes du Palais, elle découvre autre chose. Elle se retrouve aussi elle-même. Et sans le savoir, elle met ses pas dans ceux de Blanche, une femme courageuse et déterminée, qui, un siècle plus tôt, a eu ce rêve fou : bâtir un lieu pour sauver les femmes.

Je ne m’attarde pas trop sur le résumé de ce livre. Je pense que vous avez compris l’idée générale des Victorieuses. Laetitia Colombani explore un thème qui lui est cher : le chemin de vie de toutes ces femmes, quelles que soient leurs origines et leurs histoires.

Dans son premier roman, La Tresse, elle évoquait le sort de femmes plus ou moins loin de nous. Une mère et sa fille en Inde, une jeune femme en Italie et une mère au Canada. Les portraits croisés avaient un lien, et les trois histoires étaient écrites dans le même mouvement.

Ici au contraire, le roman assume le mélange de deux fils narratifs : l’histoire de Solène, et le portrait de Blanche Peyron, à l’initiative du Palais de la Femme. L’histoire de Solène est la plus détaillée, la plus fournie. Elle se nourrit notamment de ses rencontres avec les autres femmes, des témoignages qu’elle va recueillir plus ou moins malgré elle. Parce qu’on contact de ces humanités meurtries, elle retrouve peu à peu sa propre humanité, sa force et sa volonté de se battre.

C’est l’aspect le plus touchant de ce livre, et indéniablement le plus réussi aussi. Laetitia Colombani a un vrai don de conteuse. Elle sait, en peu de mots, retranscrire une émotion authentique. Pas besoin de sortir les violons et les mouchoirs pour tirer une larme facile. Elle se contente d’écrire de manière simple, sans artifice, pour toucher au cœur de son sujet. Avec elle, ces femmes et leurs douleurs prennent vie. Et c’est cette absence d’artifice romanesque qui rend l’histoire encore plus poignante et plus belle.

En regard de l’histoire de Solène, le portrait de Blanche m’a semblé moins puissant. Blanche est évoquée à travers son combat féroce pour lutter contre la précarité en général, et celle des femmes en particulier. Elle apparaît comme une figure passionnante et vraiment inspirante. Mais sa présence est légèrement moins forte. On la sent plus lointaine que Solène, plus comme une silhouette dont les contours sont difficiles à discerner. C’est sûrement lié au fait qu’il s’agit d’une personne ayant réellement existé, alors que les autres personnages sont des créations de fiction. Il n’en reste que son évocation apporte un supplément d’âme au roman. En convoquant l’esprit de la femme à l’origine du Palais de la Femme, Laetitia Colombani nous rappelle aussi que ce sont les rêves les plus fous qui permettent de changer le monde, et de transcender la douleur.

Au final, ce nouveau roman est une réussite totale. J’ai lu Les Victorieuses en une seule soirée. Je ne voulais/pouvais pas m’arrêter avant de savoir comment ça allait se passer pour Solène et les autres dames du Palais. Jusqu’à la toute fin du livre, j’ai été très émue par l’histoire ainsi que par les personnages. Les Victorieuses est un roman lumineux, un témoignage porté par la chaleur humaine et l’espoir. Le genre de livre qui vous donne envie d’embrasser la Terre entière. Et je suis très émue de constater que tout le bien que j’avais pensé de Laetitia Colombani à la lecture de La Tresse se trouve aujourd’hui confirmé. C’est toujours un grand plaisir de voir un grand auteur émerger.

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