Guerre et Paix, tome 2 par Tolstoï

Guerre et Paix IIUne fois n’est pas coutume, je vais profiter de cette chronique pour m’envoyer quelques fleurs : Vive Moi ! J’ai fini de lire Guerre et Paix ! Je suis comme ces gens qui ont réussi à monter tout en haut de l’Everest : j’ai vaincu le sommet. Je ne serais plus jamais la même lectrice après cette aventure incroyable. C’était dantesque, les éléments étaient déchainés, mon corps et mon esprit étaient en pleine souffrance, mes bras n’ont plus la force de rien porter, mes yeux n’en peuvent plus, j’ai besoin de sommeil… Mais bon sang, ça en valait la peine. Ça y est : j’ai lu Guerre et Paix. Ouf !

Le deuxième tome commence juste à la suite du premier : nous avions quitté nos personnages alors que la guerre grondait au lointain, et effectivement la Russie entre en guerre une seconde fois contre l’armée napoléonienne. Et cette fois, les choses sont encore plus graves puisque les français réussissent à prendre Moscou. Les personnages sont jetés sur les routes pour fuir tandis que d’autres sont en front pour se battre. Natacha, remise de sa douloureuse rupture amoureuse, doit maintenant se montrer forte pour soutenir sa famille ; Nicolas fait une rencontre qui pourrait bien changer sa vie ; Sonia, elle, va devoir renoncer à l’homme qu’elle aime pour le bien de tous ; André est fermement décidé à participer aux combats ; la princesse Marie doit plus que jamais subir les critiques tyranniques de son père ; Pierre, confronté à l’histoire en marche, va se lancer dans un grand projet qui pourrait bien lui coûter la vie…

Plus intense et plus dramatique que le premier tome, ce second volet de Guerre et Paix nous fait vivre au plus près la vie des personnages principaux, tous jetés dans l’enfer d’une histoire qui les bouscule et risque de les broyer à tout moment. On sent bien que les enjeux ont monté d’un cran et que tout peut arriver à chaque page. D’ailleurs, les retournements de situation sont nombreux dans ce deuxième livre. Tolstoï semble prendre un malin plaisir à bousculer tous les repères de ses lecteurs, et on ne peut se sentir qu’aussi perdu que les personnages. Comme eux, nous n’avons aucun contrôle sur les événements qui sont en marche.

Je dois avouer que la lecture de ce second tome a été un peu compliquée pour moi. Alors que le premier livre de Guerre et Paix avait été très facile et relativement rapide à lire, ce deuxième volume m’a quelque peu battu froid à cause de son début : en gros, les 50 premières pages nous parlent de Napoléon et de l’empereur Alexandre, de la guerre qui est en train de se mettre en place, mais pas de trace de nos personnages. C’est assez déstabilisant ! On finit le premier tome sur un instant dramatique pour trois d’entre eux, et là, Tolstoï nous fait mariner pendant 50 pages avant de retrouver Pierre ! La frustration est à son comble pour le lecteur. Et d’une manière générale, le deuxième tome est un peu lourd à digérer, surtout parce qu’on a déjà plus de mille pages dans les yeux et que ça commence à devenir long. Alors évidemment, c’est une longueur toute relative parce que l’histoire est passionnante, mais certains passages où Tolstoï se lance dans de grandes considérations sur la guerre m’ont laissé de marbre.

Ce qui ressort le plus de ce deuxième livre, c’est vraiment l’idée que les éléments se déchainent et que tout le monde essaye tant bien que mal de survivre. Dans ce deuxième tome, j’ai d’ailleurs été très émue par la trajectoire du prince André, alors que c’est un personnage qui ne m’avait pas forcément touchée pendant la lecture du premier livre. Mais on sent que quelque chose se réveille en lui, et du coup on se sent plus proche de lui. De la même manière, Natacha est en pleine reconstruction après son drame personnel. Pierre trouve enfin son chemin et décide de prendre sa vie en main. En gros, les personnages sont mûrs et s’assument pour ce qu’ils sont. Dans le sillage de leurs destins individuels, on croise l’aventure, le drame, le romanesque, la tristesse, le bonheur, le soulagement, le déchirement… Plus que jamais, Guerre et Paix s’affiche comme le roman total, capable de brasser tous les sentiments humains dans un seul mouvement auquel le lecteur ne peut pas résister. On est emporté dans ces pages en voulant absolument savoir ce qui va arriver à chacun. On partage les espoirs et les peurs des personnages, on partage leurs sacrifices, on partage aussi leurs joies. Dans ce livre, le lecteur est au plus près des personnages, ce qui en fait vraiment une expérience de lecture atypique.

Du coup, Guerre et Paix se comprend non plus seulement comme la volonté de mettre en scène une période historique chaotique mais comme le projet un peu fou de monter l’humanité dans toute sa diversité et toute sa richesse. Tolstoï ne s’intéresse pas tant à la grande marche du monde qu’au destin de chaque individu. Ses personnages ne sont que des fourmis sur l’échiquier de la grande histoire, mais leurs destins nous importent parce que toute vie est importante et toute vie est une histoire qui mérite d’être racontée. Surtout, ce roman ressemble à une célébration de la vie : le destin de chacun est imprévisible ; il nous incombe de faire les bons choix pour lutter quand il le faut, et pouvoir vivre en paix avec nous-mêmes. En cela, le message du livre (si on peut dire) m’a beaucoup touché.

Au sortir de ma lecture de ce roman colossal de 2 000 pages qui a pris un mois de ma vie, je retiens une fresque monumentale, ambitieuse et époustouflante. Parce que même si j’ai eu un peu de mal dans la lecture de ce second tome, Guerre et Paix a vraiment été une très belle histoire à découvrir. J’ai été frappée par la richesse des histoires secondaires, des personnages mais aussi par l’écriture, capable d’humour comme de poésie. Et je peux dire que Guerre et Paix est à lui seul le résumé de ce que peut être un roman quand il est vraiment bon : l’ouverture sur un monde grandiose capable de faire trembler les fondations du réel en faisant éclater le pouvoir cathartique de la fiction. Avant de le lire, je pensais que c’était un livre qu’il fallait au moins lire une fois dans sa vie ; maintenant je peux dire que je suis convaincue qu’il faut lire Guerre et Paix au moins une fois dans sa vie. Il n’y a pas beaucoup de romans comme celui-là, et vous ne ferez pas de sitôt l’expérience d’une lecture aussi époustouflante.

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9 commentaires pour Guerre et Paix, tome 2 par Tolstoï

  1. WordsAndPeace dit :

    je l’ai essayé il y a quelques années en audio, ce qui était bien évidemment une erreur. Un jour, je l’attaquerai. Je viens d’avaler la Divine Comédie dans son intégralité en édition bilingue avec des tonnes de notes (en 3 mois), donc ça devrait pouvoir se faire, et un autre lecteur me rabat les oreilles avec, me poussant à le lire – j’aime beaucoup les écrivains russes

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  2. WordsAndPeace dit :

    oh zut, j’ai oublié le principal, qui est de te féliciter pour cette réussite ! Bravo ! Et ton prochain sommet, ce sera quoi ?

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    • Alivreouvert dit :

      Merci beaucoup!! Je n’ai pas encore d’idée pour la prochaine grosse aventure, mais en lisant ton commentaire je réalise que je n’ai jamais lu la Divine Comédie… rendez-vous l’année prochaine !!

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      • WordsAndPeace dit :

        excellent! Maintenant il te faut dénicher une bonne édition avec beaucoup de notes explicatives – c’est vraiment essentiel, parce qu’il y a des tonnes de choses sur la lute entre les villes et factions italiennes de osn époque. Plus toutes les références à la mythologie grecque et latine, et pas que les exemples les plus connus!

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  3. J’ai lu et adoré ce livre. C’est purement génial

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  4. Alice dit :

    Félicitations pour être arrivée au bout de ce monument !
    Et ton expérience me donne vraiment envie de le lire… je vais voir ça !

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