C’est grâce aux éditions Fleuve Noir, qui ont eu la bonne idée de m’envoyer ce livre, que j’ai découvert le roman de Rene Denfeld : En ce lieu enchanté. Je dois bien avouer que moi toute seule, je n’aurais pas forcément eu l’idée d’ouvrir un roman qui aborde la condition des détenus dans le couloir de la mort, dans une prison du Sud des Etats-Unis.
La couverture de ce roman est belle, noire, laissant apparaître des chevaux dorés lancés au galop qui semblent vouloir atteindre le lecteur avant même qu’il ne commence à lire. Cette couverture est une excellente métaphore de l’expérience de lecture que recèle ce roman. Car c’est bien d’une expérience qu’il s’agit ; la lecture de ce livre est un moment intense, comme j’en ai rarement vécu en lisant un livre. A plusieurs reprises, j’ai faille abandonner le livre tant il me mettait mal à l’aise. Et en même temps, la fascination qui s’enclenche rapidement fait qu’on ne peut pas l’abandonner. On ne peut pas laisser cette lecture irrésolue, et on veut savoir ce qui va arriver ensuite.
L’histoire plante rapidement le décor d’un lieu enchanté, qui n’est autre que la prison. Lieu enchanté aux yeux de l’un de ses détenus, enchanté car comme dans un songe, la réalité reste lointaine et toute logique habituelle semble avoir déserté le lieu. Les règles de la réalité ne sont plus les même, les gens ne sont plus les mêmes, tout peur arriver. Dans cet univers clos et sordide, une voix s’élève : celle du détenu qui nous raconte l’histoire. Il nous donne à voir une femme chargée d’enquêter pour aider les hommes condamner à mort à échapper à leur sentence. Il nous donne aussi à voir tout le reste, tout ce qu’on ne voit pas, l’infiniment petit dans lequel on abandonne les hommes condamnés à leur sort.
Je ne vous raconterais pas en détails l’histoire parce qu’elle est difficile à cerner en quelques phrases. Les enjeux sont multiples : comment l’histoire d’un homme depuis sont enfance peut le faire chuter au point de finir en prison ; comment même une âme criminelle peut être sensible à la poésie, cette expression sublime de notre humanité ; comment la société peut fermer les yeux devant ce qui se passe à l’intérieur des prisons, ces zones de non droit ; quelle valeur peut avoir une vie humaine dans le système carcéral. Autant de sujets passionnants. J’ai d’ailleurs été frappée à un moment par ce qu’un gardien explique à de nouveaux détenus : ils ne sont pas en prison pour recevoir une punition ; la punition, c’est la prison.
Il y a des moments assez difficiles à lire, pour ne pas dire insoutenables. Pour ceux qui ont vu le film American History X, vous voyez de quoi je veux parler. Ces passages très difficiles présentent l’horreur brute de la prison. Et d’autres passages, plus légers, décrivent de façon fascinante la vie de cette prison, comme si l’envie de liberté était un rêve capable de tenir au loin les cauchemars.
L’écriture de ce livre est très étrange, hypnotique, alternant entre une observation froide du milieu carcéral et des envolées poétiques qui surprennent. J’ai beaucoup aimé la démarcue de Rene Denfeld, tant dans l’histoire qu’elle raconte que dans l’écriture qu’elle déploie pour la raconter. Pour autant, je pense que ce livre peut ne pas plaire à tout le monde. Si vous cherchez une lecture « de divertissement », il est clair que ce livre n’est pas fait pour vous. Mais si au contraire vous avez envie d’être interpellé par un roman puissant, ce livre est fait pour vous.
Très bonne lecture à tous !
