Cinq Petits Cochons, d’Agatha Christie

Cinq Petits CochonsAyant récemment profité d’un pont pour partir loin de Paris et me ressourcer à la campagne, j’ai connu l’une de ces pénuries livresques qui sont la hantise des lecteurs assidus : j’ai fini le livre que j’avais en train, sans en avoir emporté un autre d’avance !

Heureusement, comme j’étais chez mes grands-parents (des fins lettrés dont le grenier regorge de trésors), j’ai eu l’occasion de partir en quête d’une nouvelle lecture. Après avoir longuement hésité entre l’intégral de Balzac (un peu trop ambitieux pour un long week-end) et les mémoires de d’Artagnan (pas trop dans l’époque temporelle que je visais), je me suis penchée avec délectation sur l’étagère consacrée aux romans d’Agatha Christie.

En effet, il fut un temps où mon grand-père prenait régulièrement le train pour son travail. Il avait donc coutume d’acheter l’un des romans des éditions du Masque pour s’occuper pendant son trajet. Une bien belle manière de passer le temps, bien plus charmante que la manie actuelle qui consiste à regarder un film sur son ordinateur portable avec des écouteurs vissés aux oreilles (oui, j’aime bien faire preuve de passéisme de temps à autre !). Tout ça pour dire qu’il y avait du choix en matière de romans policiers sur l’étagère. Après une délibération pleine d’hésitation et de tentation, mon choix s’est finalement porté sur Cinq Petits Cochons.

Le titre est un peu énigmatique et même assez inhabituel pour les romans d’Agatha Christie. En règle générale, l’auteure britannique aimait à soigner ses titres, et souvent elle donnait à ses lecteurs un intitulé évocateur, propice à faire déjà voyager l’imagination et qui laissait présager de l’atmosphère dans laquelle on allait plonger dès les premières pages. Que l’on songe au Crime de l’Orient Express, au Témoin muet, Un meurtre sera commis le…, La Maison biscornue, et mon préféré Rendez-vous avec la mort.

Ce titre bien différent a attiré mon attention, mais j’avoue que j’ai aussi un peu triché parce que j’ai déjà entendu parler de cette histoire et je savais donc de quoi le livre allait parler. En quelques mots, l’histoire est celle de Clara Lemarchant, une jeune fille qui vient consulter Hercule Poirot pour une affaire bien singulière. Lorsqu’elle était très jeune, sa mère a été accusée et condamnée pour le meurtre de son père. Ne s’étant pas défendue pendant le procès, et sa culpabilité n’ayant jamais fait l’ombre d’un doute, tout semblait aller de soi. Mais peu de temps avant sa mort en prison, la criminelle a écrit une lettre à sa fille, lui avouant son innocence. Désormais adulte, la jeune fille décide de faire la lumière sur cette histoire vieille de seize ans et demande à Poirot de remonter le fil du temps pour découvrir ce qui s’est réellement passé.

Une fois ce postulat lancé, il faut souligner que contrairement à la plupart des autres histoires d’Hercule Poirot, nous ne sommes pas du tout ici dans l’action. Et c’est justement le tour de force du roman, bien que cela puisse aussi (paradoxalement) rebuter certains lecteurs. Les faits ont eu lieu il y a longtemps ; nous sommes donc plongé dans le récit des évènements, dans le rappel des faits… Bref dans la psychologie des personnages. Car pour mener son enquête, Poirot n’a pas beaucoup de ressources à disposition, à part des archives et la précieuse mémoire des cinq personnes qui étaient présentes sur les lieux du crime. Et c’est au fil des témoignages que la lumière va peu à peu se faire. Sont-ils tous sincères ? Disent-ils la vérité ? Ont-ils oublié des faits ? Leur comportement d’aujourd’hui peut-il apporter un autre éclairage au passé ?

Ce roman est un tour de force à plusieurs points de vue. D’abord, la trame narrative est essentiellement construire sur le principe des récits enchâssés. Chaque protagoniste possède une partie du puzzle et la livre à Poirot. Nous sommes donc toujours dans la subjectivité de la narration, et jamais dans la neutralité de l’action. Ce qui apporte un certain suspens angoissant à l’ensemble de l’histoire.

Ensuite, et puisque tout se passe via les personnages, on sent qu’Agatha Christie a apporté encore plus de soins qu’habituellement à la construction psychologique de ses personnes. Car ce ne sont plus de simples personnages, mais bien de vraies personnes que nous voyons dans ces lignes. Chacun évolue avec ses regrets, ses peurs, ses ambitions, ses ambiguïtés…

Du coup, la progression logique de Poirot n’en est que plus impressionnante. A travers son regard, on cherche à découvrir ce qui peut pousser une personne normale à commettre un crime. Et c’est selon moi la plus grande force d’Agatha Christie. Qu’importe le brio de l’histoire, l’originalité de l’intrigue ou parfois l’exotisme du décors… On en revient toujours au paramètre humain, au déclencheur qui fait que tout bascule. Agatha Christie, mieux qu’aucun autre auteur a su montrer que la bête est en chacun de nous, et qu’il peut suffire d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase. Ce roman en est une parfaite démonstration. Il tient le lecteur en haleine et apporte à Hercule Poirot l’une de ses plus remarquables victoires !

Vous l’avez lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

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