L’éducation sentimentale : un mal nécessaire.

Couverture l'Éducation sentimentaleIl y a des livres qui gardent à jamais l’odeur du bac de français. Ceux que l’on a lu parce qu’on était obligés, parce qu’ils étaient au programme. Généralement, un prof blasé et peu enthousiasmant avait la charge difficile de nous intéresser un tant soit peu à cette oeuvre. Pour moi, les oeuvres du bac de français ne représentent qu’un traumatisme mineur comparé à l’épreuve que fut, pendant ma dernière année de licence en Lettres Modernes, l’étude de l’Education sentimentale.

Il se trouvera toujours des gens pour dire qu’il s’agit là d’un roman unique dans l’histoire de la littérature française, que c’est passionnant, admirablement écrit, que le personnage central est l’incarnation moderne du héros littéraire… Tous ces gens ont raison, je veux bien l’admettre. Mais aucun d’entre eux ne me fera changer d’avis : ce livre est une souffrance !

L’histoire est celle de Frédéric, jeune homme extrêmement naïf, peu doué de surcroît, qui arrive tout de même à croiser un nombre considérable de personnages secondaires, le tout dans le Paris du milieu XIXe siècle en pleine période post-révolutionnaire. Il s’agit d’un roman d’apprentissage : c’est-à-dire que ce brave jeune homme va aller de déconvenues en déconvenues, tombant de Charybde en Scylla avec la régularité d’une horloge suisse. Le lecteur, dans cette chute sans fin, n’a plus qu’à s’accrocher aux pages du livre comme un naufragé à sa bouée de sauvetage.

Pour en rajouter, et comme tout bon roman d’apprentissage, il y a aussi une histoire d’amour. Madame Arnoux, la dame inaccessible des pensées de Frédéric, est déjà marié. Il la rencontre au début du roman et, tel le duc de Nemours dans la Princesse de Clèves, il n’aura de cesse de lui courir après.

Vous l’aurez compris, l’histoire n’est pas le point fort de ce livre. D’ailleurs, je n’ai gardé qu’un souvenir fugitif des rebondissements mous de cette intrigue qui n’en est pas une. Pourquoi parler de ce roman, alors ?

Parce qu’en fait, tout ce livre est à prendre au second degré. Et à partir d u moment où le lecteur a lu au préalable Le Père Goriot de notre très estimé Balzac, il peut avoir une chance de se faire un peu plaisir avec le sadisme affiché de Flaubert dans les pages de ce roman-pastiche.

Pour preuve, certaines scènes de l’Éducation sont carrément des récritures du Père Goriot, comme l’enterrement de Dambreuse qui est une refonte à peine voilée de l’enterrement du père Goriot. Sauf que là, le héro ne se jette pas dans Paris avec la rage au ventre, il se contente de rentrer chez lui parce qu’il est fatigué !

Si on apprécie l’exercice de style, en soi ce roman peut donc avoir quelques rares moments d’intérêt. Mais d’une manière générale, il est pour moi la source de tous les maux de la littérature française contemporaine : la fin des vrais héros, le désenchantement d’écrivains qui ont l’impression que leurs aînés étaient meilleurs qu’eux, la stagnation des thèmes… et surtout un intérêt extremement marqué pour la littérature bourgeoise.

Si je fais la liste des défauts de ce livre, c’est moins par soucis de me venger des heures difficiles que j’ai passé en partiel de littérature française que pour légitimer mon attachement à la littérature anglo-saxonne. Non pas que la littérature française ne soit qu’une source de déception à mes yeux ! Mais, simplement, je trouve que trop d’auteurs français se contentent du constat de Flaubert sans chercher à se dépasser. Quels sont les grands auteurs français du XIXe siècle ? Des gens ennuyeux, à quelques exceptions près. En Angleterre, à la même époque, on remarque une plus grande diversité : des thèmes variés, des auteurs qui prennent des risquent (quitte à braver la censure), un état d’esprit largement moins passéiste…

Aujourd’hui, je relis l’Éducation sentimentale en me disant que ce livre ressemble plus à un testament de la Grande Littérature qu’à un manifeste de nouveau souffle artistique. Et il faut avoir éprouvé ces pages pour se convaincre que les auteurs français actuels doivent d’autant plus être surveillés qu’ils ont la lourde tâche de se dégager de ce carcan de principes anciens. J’attends le prochain grand auteur français avec espoir et patience. En attendant, je vais continuer à préférer les anglais !

Qui d’autre a été marqué par un livre à l’école ?

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