C’est la nouvelle la plus triste de la semaine : Sophie Kinsella nous a quitté.
La romancière britannique luttait depuis plusieurs années contre un cancer du cerveau. Et elle en avait même fait le sujet de son tout dernier roman : Comment tu te sens ? Un petit bijou d’humour, de joie de vivre et d’optimisme. Bref, un livre à son image.
Hier, quand la nouvelle est tombée, je n’ai pas franchement eu le coeur de t’en parler. Et je pense que de nombreuses lectrices sont dans le même état que moi. Parce que ça fait bizarre de « perdre » quelqu’un avec qui on n’a pas de lien direct, et qui prend pourtant une place parfois déterminante dans nos vies.
Surtout quand on a la chance de rencontrer cette personne, et qu’elle s’avère être encore plus formidable qu’on l’espérait.
C’est ce qui m’est arrivé le jour où j’ai rencontré Sophie Kinsella.
C’était un jour d’automne. Je m’en souviens parce qu’il pleuvait à Paris, et je glissais sur les pavés de la petite rue dans laquelle était située le salon de thé où nous avions rendez-vous.
Les éditions Belfond et Pocket avaient organisé cet évènement rare : une rencontre et une séance de dédicaces avec Sophie Kinsella pour quelques blogueuses parisiennes !
Un rêve pour moi qui étais déjà fan de la romancière. Il faut dire que c’est ma meilleure amie qui m’a offert mon premier Kinsella : L’Accro du Shopping. Ma meilleure amie arrive à lire dans les transport, et moi pas. Je lis chaque soir, elle non. Nous n’avons absolument pas les mêmes habitudes de lecture. Mais il y a une chose que nous avons en commun : c’est notre goût en matière de romans (et de sacs, mais c’est un autre sujet).
Bref, elle m’a offert ce livre, et ça a été un coup de foudre immédiat pour la romancière. J’ai aimé son style, son humour ravageur, sa manière d’observer les petits travers de ses contemporains en s’en moquant gentiment, mais sans être jamais méchante. Au contraire, c’est cette tendresse qui m’a séduite. Et le fait qu’une autrice était capable de présenter une héroïne complexe dans une romance qui parlait aussi et surtout de l’importance de s’aimer soi-même.
Au fil des années, je suis restée fidèle à L’Accro du shopping, même si tous les romans n’ont pas toujours été au même niveau. Jusqu’au petit miracle de L’Accro du shopping à la rescousse, qui reste à ce jour mon tome préféré de la série, et je pense le plus abouti.
Par la suite, Sophie Kinsella a donné encore une dernière histoire à son héroïne Becky (L’Accro du shopping fête Noël), dans lequel la romancière, en digne britannique, célébrait cette fête avec sa dose d’humour déjanté et de chaleur humaine propre.
Mais surtout, elle s’est lancée dans l’écriture de romans différents. Des histoires en solo, pas des séries. Et chaque livre abordait un sujet souvent poignant : la vie de rêve sur les réseaux sociaux qui n’existe pas dans Ma Vie pas si parfaite. La complexité des relations de couple qui durent dans Surprends-moi. La fatigue du monde moderne dans Le Burn-out. Et sans conteste celui que je trouve le plus juste : La Pire Fête de l’année, qui parle des relations familiales avec une lucidité tellement puissante que si tu le lis, ce sera l’équivalent de quinze années de psychothérapie.
J’ai une tendresse particulière pour ses deux livres pour enfants de la série Maman est une fée. Je les ai offerts à ma filleule, la fille de ma meilleure amie. La boucle est bouclée.
Et puis en 2025, alors qu’elle était déjà malade, Sophie Kinsella a publié son livre le plus personnel. Un court roman qui s’intitule Comment tu te sens ? Et dans lequel c’est difficile de faire la part des choses entre la fiction et la réalité. Il y a un personnage fictif, c’est vrai. Mais c’est celui d’une romancière qui apprend qu’elle souffre d’un cancer du cerveau. Qui découvre la réalité d’une vie dans laquelle la maladie prend beaucoup de place dans le quotidien. Le fait d’être incapacité. De ne plus être maîtresse de son propre corps. De s’inquiéter pour ses enfants et son mari. De ne pas savoir combien de temps il reste avant de les quitter.
C’est un sujet atroce, et pourtant je me souviens d’avoir ri en le lisant. De m’être sentie optimiste. Et surtout touchée et émue profondément émue par la générosité de cette femme qui utilise ses dernières forces pour partager une dernière fois tout ce qui a eu du sens dans sa vie : son humour, son énergie, et la conviction que quoiqu’il arrive, il faut toujours aborder la vie avec optimisme. Sinon, ça n’en vaut pas la peine.
Maintenant que Sophie Kinsella nous a quitté, je me revois glisser sur les pavés parisiens avec enthousiasme. Je me presse dans les rues pour atteindre le salon de thé. Au premier étage, où se tient la rencontre, Sophie est déjà là, avec une robe merveilleusement colorée qui ferait pâlir d’envie l’accro du shopping qui sommeille en nous toutes.
Elle sourit, elle parle à tout le monde. Elle déguste une tasse de thé tout en répondant aux questions. Elle est généreuse d’elle-même, de ses anecdotes, du défi que c’est de prendre le temps d’écrire des livres tout en ayant plein d’enfants à la maison qui courent partout. Elle parle des personnages de ses romans comme si c’étaient des amis à elle. Et elle nous parle à nous comme si nous nous connaissions depuis des années.
A la fin, au moment de la dédicace, il y a un moment un peu incongru où je lui demande de signer un exemplaire de son nouveau roman pour ma meilleure amie, et un autre pour moi. Le hic : nous avons toutes les deux le même prénom. Et au début, Sophie ne comprend pas. Alors je lui raconte cette anecdote qui fait mourir de rires tout le monde : quand nous étions étudiantes et que nous allions souvent chez Starbucks, je donnais souvent un faux prénom pour éviter de déstabiliser le barrista en demandant deux boissons au nom d’Emilie. Je me souviens que Sophie avait trouvé ça hilarant.
Je suis repartie dans le bus en serrant les livres dans mon sac. Et j’étais heureuse de l’avoir rencontrée. Heureuse de l’avoir fait rire avec mon histoire un peu bête. Et enfin, très heureuse à l’idée d’offrir à Noël ce roman dédicacé à ma meilleure amie, vu que c’est avec elle que tout avait commencé.
L’écriture de Sophie Kinsella a fait partie de ma vie de lectrice pendant plus de quinze ans. Ce qui n’est pas rien. Il n’y aura plus jamais de nouveau roman écrit par elle. Et c’est quelque chose qui me fait bizarre. Car chaque année, j’attendais avec beaucoup d’impatience de découvrir sa nouvelle histoire.
C’est dur de ne pas être triste de perdre une voix qu’on a aimé entendre. Quelqu’un qui nous apporté du réconfort, même si c’était juste dans les pages d’un livre.
Mais je me concentre sur la leçon qu’elle nous a justement transmise. Il y a quelques mois encore, Sophie Kinsella a accordé une interview à la télévision anglaise. Tu pourras facilement la trouver sur le compte instagram de la romancière. La journaliste lui demande quel serait son happy end, elle qui a l’habitude d’en écrire pour ses personnages. Et, dans un pur moment Sophie Kinsella, elle répond : « Mon happy end serait de savoir que ma famille va bien, quoiqu’il m’arrive. »
Les livres ne sont pas la réalité. Mais les meilleurs d’entre eux nous donnent un mode d’emploi pour le monde réel. Et Sophie Kinsella nous a encouragé jusqu’au bout à faire preuve d’optimisme et d’enthousiasme.

J’ai eu la même idée que toi en écrivant un billet qui paraîtra dans quelques jours. Une autrice que j’aime beaucoup, et j’ai été très triste d’apprendre sa disparition. Merci pour ce partage, ç’a dû être un très beau moment, cette rencontre.
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ça me fait plaisir de savoir qu’on est nombreuses à ressentir la même chose. Je pense que ça doit bien prouver que c’est ça la force de l’écriture et des auteurs vraiment inspirants : ils finissent par prendre une place très personnelle dans nos vies. J’irai lire ton post avec plaisir 🙂
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Je n’ai jamais lu ses romans, jamais très attirée je l’avoue, mais ton article est touchant tant on sent ton amour pour ces histoires et cette autrice. ♥
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Merci 🙂 En plus, je l’ai rencontré l’année où j’ai plaqué mon CDI pour me lancer en freelance. Il se passait beaucoup de choses dans la vie et j’étais un peu perdue, pas mal effrayée. Donc vraiment ses histoires m’ont fait un bien fou. C’était un peu mes petites roues à un moment de ma vie où j’avais besoin de trouver de l’inspiration pour continuer à avancer.
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C’est tellement chouette et important d’avoir des livres comme ça, ou des auteurices, qui nous font juste du bien et vers lesquels on peut se tourner si on a besoin de réconfort, ou d’inspiration, ou de force…
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Absolument ! Il y a quelques livres et romancières comme ça vers lesquelles je retourne comme dans un refuge. Anne et la maison aux pignons verts, les Sarah Morgan… Sophie Kinsella avait ce pouvoir de me calmer en situation de stress. Evidemment, je peux toujours relire ses livres. Mais c’est étrange de me dire que maintenant ma collection est définitive.
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Je comprends tout à fait ce sentiment.
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