Biographie d’Alice Guy : tu savais que c’était une femme française qui avait inventé le cinéma ?

T’as envie de faire une pause entre 2 romans ?

Alors ça tombe bien, car aujourd’hui je vais te parler d’une BD.

Il s’agit d’un ouvrage passionnant que j’ai dévoré le week-end dernier : une biographie consacrée à la réalisatrice française Alice Guy.

Peut-être que son nom ne te dit rien. Et c’est normal. Parce que pendant très longtemps, son nom et son travail ont carrément été effacés des livres d’histoire du cinéma. Pire : certains de ses films ont été attribués à des hommes.

Parce qu’après tout, qui peut imaginer qu’une femme soit capable d’accomplir quoi que ce soit ?

Sauf qu’Alice a révolutionné l’histoire du cinéma mondial à elle toute seule.

Oui, rien que ça !

Je te raconte tout dans mon post d’aujourd’hui,

Emilie – Alivreouvert.net

Mon résumé de la BD

Née dans une famille désargentée et déracinée très tôt, la jeune Alice a toujours eu le goût de la fantaisie. Mais elle a aussi dû apprendre à composer avec les réalités matérielles de ce monde.

Alors plutôt que de devenir comédienne comme elle l’espérait, elle commence à travailler tôt en tant que sténographe afin d’être indépendante financièrement, et d’aider sa mère veuve sans le sou.

Alice est intelligente, et elle travaille dur. Très vite, elle s’intéresse aux innovations qui sont nombreuses en cette fin de XIXe siècle. Et c’est tout naturellement qu’elle commence à travailler pour un certain monsieur Léon Gaumont. Le cinéma est un média qui vient tout juste de naître. Et Gaumont espère bien devenir leader sur le marché de la vente d’appareils de prise de vue.

Pour motiver les acheteurs, Léon Gaumont accepte de faire confiance à Alice qui a une idée folle : réaliser ses propres films pour démontrer le potentiel du cinéma !

A seulement 23 ans, Alice Guy réalise le tout premier film de fiction de l’histoire du cinéma mondial. Et elle change radicalement la donne. Encore mieux : au bout de quelques années, elle trouve le moyen de réaliser des films sonores… Bien des années avant les premiers films parlants hollywoodiens !

Toujours plus fort : en 1907, elle traverse l’océan Atlantique avec son mari et sa fille. Son objectif : fonder son propre studio de cinéma aux Etats-Unis (le tout premier dirigé par une femme). Et réaliser ses propres films, bien sûr.

Mais le monde change vite. Et le cinéma devient rapidement un business dans lequel une femme n’a pas sa place. Après l’échec de son mariage et les difficultés pour financer ses films, Alice Guy revient en France.

Et de son vivant, elle va assister impuissante à l’avènement d’un grand récit de l’histoire du cinéma. Un récit dont les femmes sont exclues, elles qui ont pourtant accompli tant de choses pour assurer le rayonnement du septième art.

Mon avis sur Alice Guy

Cette BD est signé par un tandem : José-Louis Bocquet pour l’écriture et Catel Muller pour les dessins.

Le grand point fort de cette biographie, c’est qu’elle est super accessible. Personnellement, je suis une grande fan de l’histoire du cinéma. Et j’ai déjà vu beaucoup de documentaires, notamment plusieurs sur Alice Guy. Donc je savais à quoi m’attendre. Mais même si tu n’y connais rien, tu verras que la biographie présentée à la manière d’un roman graphique est hyper facile à lire.

En plus, on sent bien qu’il y a eu un gros travail de recherches. J’ai appris plein de choses que je ne savais pas sur Alice Guy, en particulier sur sa jeunesse et sa vie avant de rencontrer Léon Gaumont.

Le style de la narration est dynamique. Il y a de l’humour. Et beaucoup d’éléments de contexte historique pour bien comprendre la période excitante qu’était la fin du XIXe siècle, avec toutes ces nouvelles inventions qui allaient révolutionner la société. Et tout simplement annoncer le XXe siècle !

Alice Guy est une femme très singulière pour son époque. Elle a un vrai esprit indépendant. C’est une femme instruite, mais dont la famille a perdu son argent et son influence. Donc elle est dans un entre-deux, socialement parlant. C’est certainement ce qui explique ce paradoxe : une femme qui travaille dur, à qui rien n’est donné, et qui a conscience de la fragilité de sa position. Mais en même temps quelqu’un qui ose, qui a des ambitions, et qui n’a pas peur de faire entendre sa voix.

Sa carrière chez Gaumont est fascinante, puisqu’on apprend qu’elle a tenu un poste à responsabilité, à une époque où les femmes ne font pas carrière. Surtout pas dans l’industrie !

Mais Alice est aussi et avant tout une créatrice. Elle imagine l’histoire de La Fée des choux, le premier film de fiction du cinéma. Et non seulement elle ajoute des effets spéciaux (les bébés apparaissent vraiment dans les choux !), mais en prime elle établie un style personnel basé sur l’humour et la connivence avec le public.

Alors pourquoi la carrière d’Alice Guy n’est-elle pas davantage connue ?

C’est justement le propos de cette biographie. Toute la dernière partie explique pourquoi et comment Alice s’est éloignée du cinéma. Et le plus cruel : la BD explique comment ça se fait que son nom ait été gommé des livres d’histoire du cinéma.

Alice Guy : une idée lecture pour qui ?

Si d’habitude tu n’es pas trop fan des biographies parce que tu trouves que c’est dur à lire (et ennuyeux), alors tu vas adorer celle-ci : c’est tout le contraire !

Non seulement Alice Guy est un roman graphique passionnant, mais il est très plaisant à lire. Tu vas apprendre plein de choses, découvrir le portrait d’une femme qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. Et tu vas pouvoir comprendre comment le XXe siècle a mis en place beaucoup d’efforts pour amoindrir systématiquement le rôle des femmes dans les grandes découvertes et les grandes avancées.

C’est vraiment un livre que je te conseille et qui vaut le détour.

Publié dans: B.D

4 réflexions sur “Biographie d’Alice Guy : tu savais que c’était une femme française qui avait inventé le cinéma ?

  1. Xavier Lechard dit :
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    Ce qui fait le charme du cinéma premier c’est que tout était à faire et à inventer, il n’y avait pas (encore) de règles ni de codes et le métier s’apprenait sur le tas. De plus, tourner un film ne revenait pas trop cher puisque l’équipement nécessaire était on ne peut plus basique – une caméra et c’était tout. Les studios pouvaient donc se permettre de prendre des risques, et engager puis promouvoir une femme en était un très gros au vu des mentalités de l’époque. C’est paradoxalement l’arrivée du parlant qui a sonné le glas des femmes dans l’industrie.

    Je ne suis pas trop d’accord sur l’invisibilisation de Guy, du moins au sein de la sphère des critiques et des historiens du cinéma. Ce sont surtout les médias et le grand public qui l’ont oubliée, les préjugés sur le cinéma premier n’étant pas pour aider. C’est très injuste et dommage puisqu’elle fut la première à comprendre que le cinéma ne consistait pas seulement à filmer des sorties d’usine ou des trains arrivant en gare. Rien que pour ça mais pour plein d’autres raisons encore, elle mérite une plus large reconnaissance et j’espère que cette BD y contribuera.

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  2. Marion dit :
    Avatar de Marion

    Je n’ai pas lu la BD mais j’ai pu voir un ciné-concert de la vie d’Alice Guy ! C’était fascinant à la fois de voir un pianiste se caler sur les images projetées mais aussi et surtout le mélange entre les films d’Alice Guy et les planches de la BD 🙂

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