Miss Eliza ou l’histoire vraie de la 1e auteure de cuisine moderne

Chronique signée Roxane

Qui a dit que les anglaises ne savent pas cuisiner ?

Quel rapport entre un sonnet et un potage de navet ? Et entre une aristocrate et une jeune fille recroquevillée dans la misère de l’Angleterre de 1830 ? … Une (H)istoire !

Une histoire à dévorer, une histoire de passion, une histoire d’amitié, une histoire dans l’Histoire.

Celle de Miss Eliza Acton et son assistante Ann Kirby qui publièrent en 1845, « Modern Cookery for Private Families », un des plus grands livres de recettes britanniques. Celle de deux femmes qui changèrent à jamais la notion même d’écriture culinaire mais aussi le rôle des anglaises dans la société corsetée du 19e.

Le tout relaté par une troisième femme, Annabel Abbs. Une écrivaine britannique, figure émergente de la nouvelle génération des spécialistes de romans biographiques à succès. Elle a déjà publié “The Joyce Girl” en 2016 et “Frieda” en 2018.

Alors viens découvrir Miss Eliza !

Le résumé du livre

Angleterre, 1835. Miss Eliza Acton est une jeune aristocrate éprise de poésie. Alors qu’elle remet avec fébrilité à un éditeur les vers qu’elle a imaginés pendant 10 ans, il lui répond « une Dame n’a pas à se mêler de poésie ! Rentrez chez vous, écrivez-moi un livre de cuisine et nous ferons peut-être affaire ». Elle refuse évidemment, elle ne sait pas cuisiner ! De plus, dans la société victorienne, une Dame doit être mariée et ne se préoccuper que de ses toilettes, de la décoration du foyer et du nom des invités de son époux. Aller dans la cuisine avec les domestiques ? Quelle horreur !

Pourtant, Eliza se trouve très vite dans l’obligation de réexaminer la proposition. Son père a fait faillite et elle doit désormais ouvrir une pension de famille. Elle a juste assez d’argent pour engager Ann Kirby, une jeune fille de dix-sept ans qui ne sait pas cuisiner non plus, et qui doit impérativement rapporter de l’argent à son père alcoolique et à l’asile d’aliénés où survit sa mère. Pas sûr que les clients reviennent avec un tel duo.

Petit à petit, Miss Eliza Acton décèle de la poésie dans la noix de muscade bosselée, le panais strié de terre, le poisson frais, le beurre acidulé… Et si l’art culinaire était poétique ? Ann Kirby se découvre du talent dans la préparation des plats, des assaisonnements… Et si Miss Eliza Acton devenait auteure culinaire ? Au risque d’être rejetée par toutes ses connaissances y compris sa propre mère ? Au risque de faire faillite si sa cuisine est mauvaise ou si le livre ne se vend pas ?

A elles deux, elles vont révolutionner tous les codes.

L’avis de Roxane Miss Eliza

Délicieux ! Le lecteur hume les odeurs des plats qui mijotent, ressent la fraîcheur du poisson que l’on écaille, la légèreté des plumes qui s’échappent des volailles, savoure le pétillant d’une citronnade au citron ou la profondeur d’un coeur de boeuf farci aux concombres cuits, la chaleur du four qu’il faut alimenter, la rugosité des mains rougies d’avoir récuré le sol, les semelles des bottines qui se décollent… L’écriture est sensuelle, charnelle.

Au plaisir culinaire s’ajoute la découverte des diktats de la société victorienne, des inégalités criantes mais sans que le livre n’en devienne pour autant un pamphlet. C’est une biographie romancée très bien documentée.

Une lecture pour qui ?

Pour les amateurs de romans historiques tout d’abord, l’Angleterre de la Reine Victoria est là, sous vos yeux. Elle est matérialisée par une série d’anecdotes qui, si vous étiez dans la situation, vous la rendrait très concrète.

Pour les gastronomes ensuite, nul doute que vous chercherez à vous procurer le livre écrit par Eliza Acton et Ann Kirby. Un pavé de 576 pages qui ré-enchanta l’art de la cuisine outre-manche en détaillant, et c’était une 1ère, une liste claire des ingrédients et leur poids.

Et enfin les poètes. Ceci n’est pas un roman, ni une biographie, ni même un livre de cuisine mais un recueil de prose poétique. Les mots, les saveurs, les odeurs, les émotions, les sensations s’entremêlent et vous emporte par-delà les frontières et le Temps…

Vous en pensez quoi ?