Bonsoir,
Cette semaine a été assez pénible du côté du monde réel. Et les informations à caractère anxiogène n’ont fait que se suivre les unes après les autres. D’où qu’on se place, la fin d’année 2024 ne s’annonce pas très réjouissante. Et si vous êtes une femme, alors j’imagine que tout comme moi, vous vous posez de sérieuses questions sur le monde dans lequel vous vivez.
Les résultats de l’élection présidentielle américaine en sont un bon exemple.
Et le début de la saison des romances de Noël aussi.
Quel est le rapport entre les deux, allez-vous me demander ?
C’est simple : dans les deux cas, on peut prendre le pouls sur la place des Femmes dans la société. Et dans les deux cas, je remarque que la fiction demeure un territoire d’expression crucial pour les Femmes.
C’est ce que je vais vous expliquer dans mon article du jour.
Bonne lecture,
Emilie – Alivreouvert.net
Election présidentielle américaine : quand Margaret Atwood joue les Cassandre
Dans la mythologie grecque, Cassandre est cette femme qui possède un don et une malédiction. Son don : elle voit avant tout le monde ce qui se va se passer. Sa malédiction : personne ne la croit jamais.
Et cette semaine, les mots de Margaret Atwood ont cruellement résonné pour des millions de femmes américaines. Alors que leur pays vient de porter au pouvoir un parti ouvertement hostile aux droits des femmes, la victoire a entraîné dans son sillage un élan de réactions misogynes qui ne laissent pas de doute sur ce que l’avenir réserve aux américaines.
Car à peine Donald Trump élu, les réseaux sociaux ont été inondés de messages anti-femmes. Leur slogan ? « Your Body. My choice. » Soit en Français : « Votre corps. Mon choix. »
Ce qui est terriblement angoissant dans ces messages, c’est leur nature décomplexée. Mais aussi leur prévisibilité. Et Margaret Atwood ne s’y était pas trompée. Car depuis plusieurs semaines maintenant, l’écrivaine canadienne à laquelle on doit le roman La Servante Ecarlate a été très présente sur les réseaux sociaux pour rappeler à quel point le sort des femmes américaines dépendait du résultat de ce scrutin présidentiel.
Le 1e novembre dernier, à quelques jours de l’élection, elle rappelait à toutes (et tous) l’importance de voter pour défendre les droits des Femmes sur le réseau X. Pour l’occasion, elle a relayé un dessin inspiré de son roman, que je trouve particulièrement évocateur des enjeux actuels.

Toni Morrison, plus forte que le Seigneur des Anneaux
Depuis l’annonce des résultats, j’ai vu passer beaucoup de citations de femmes écrivains sur les réseaux sociaux anglophones. Et c’est une autre figure importante de la littérature qui a souvent été convoquée : Toni Morrison en personne.
La romancière américaine est décédée en 2019. Mais nul doute qu’elle aurait eu beaucoup de chose à dire cette semaine. La preuve, l’une de ses citations tourne en boucle sur les réseaux :
« C’est précisément le moment où les artistes doivent travailler. Nous n’avons pas le temps pour le désespoir, pas de place pour l’apitoiement, pas besoin de silence, pas de place pour la peur. Nous parlons, nous écrivons, formons du langage. C’est comme ça que les civilisations guérissent. »
Voilà quelque chose de presque réconfortant. Car au moment où la place des femmes dans la société américaine se retrouve à nouveau mise en danger, les références culturelles qui viennent spontanément sont précisément la voix d’autres femmes. Qu’elles soient vivantes ou pas, les femmes romancières sont désormais inscrites dans notre inconscient collectif. Assez pour devenir des figures inspirantes pour la lutte en faveur des droits des femmes.
Et c’est encore plus intéressant de se rappeler qu’au moment de la première élection de Donald Trump, c’était un homme qui avait servi d’inspiration, pas une femme. En effet, rappelez-vous : tout le monde citait alors Tolkien et ce passage du Seigneur des Anneaux.
« Comme tous ceux qui vivent des heures si sombres, mais ce n’est pas à eux de décider. Tout ce que nous devons décider, c’est que faire du temps qui nous est imparti. »
Ce qui est plus triste en revanche, c’est qu’aux Etats-Unis on se rapproche de plus en plus de l’avènement de la société décrite dans La Servante Ecarlate. Et le roman qui devait nous mettre en garde a de plus en plus des allures de Cassandre : une voix qui s’élève, mais qui ne parvient pas à stopper la machine.
Alors la fiction est-elle condamné à devenir une réalité ?
En France, la condition des femmes n’a pas grand chose de comparable à celle des femmes américaines. Le droit à l’avortement est désormais inscrit dans notre Constitution. Et la société évolue lentement (trop lentement) sur le sujet des agressions et discriminations dont sont victimes les femmes. Mais tout de même, on va dans la bonne direction.
Je remarque quand même que la vigilance doit rester de vigueur. Et les romances de Noël en sont un bon exemple.
Là, vous allez me dire que je saute du coq à l’âne !
Et pourtant pas du tout.
Romances de Noël VS. culture de la misogynie
L’année dernière encore, on a eu droit à un florilège de commentaires sur les réseaux sociaux, et même carrément d’articles dans la presse écrite. Leur sujet ? La « débilité » des romances de Noël.
Intéressant. Qu’est-ce qui leur pose problème, à ces tenants d’une masculinité rétrograde ? Que les femmes lisent des romances de Noël ? Qu’elles aiment les romances ? Qu’elles aiment Noël ?
Ou peut-être plutôt, le signe que les femmes lisent librement. Et aussi, accessoirement, qu’elles ont assez d’autonomie financière pour se divertir comme elles l’entendent.
La question mérite d’être posée. Pas pour le plaisir de soulever la controverse, mais parce que je suis convaincue que ces attaques en règle contre les romances de Noël relèvent bel et bien d’une forme de misogynie.
En soi, il n’y a aucun problème à ce que les gens se divertissent comme ils le veulent. Et tout le monde devrait être satisfait de savoir que les livres sont encore plébiscités.
Vive la lecture !
Alors c’est quoi le problème avec les romances de Noël ?
Ce sont des histoires divertissantes. Et elles ne véhiculent pas un message subversif, capable de faire trembler les fondements de la société, non ?
A moins que si, justement.
Car à bien y réfléchir, ce qui fait peur à tous les tocards vindicatifs dans les romances de Noël, c’est qu’il s’agit d’un terrain d’expression exclusivement féminin.
Des livres écrits PAR des femmes POUR des femmes.
Et leurs ventes ne font qu’augmenter d’année en année, ce qui donne un peu plus de visibilité (et oserais-je parler de légitimité) à la romance, ce genre littéraire systématiquement invisibilisé et ridiculisé dans la culture littéraire française.
Donc oui, je crois que les romances de Noël font peur à certains.
Parce qu’elles sont le signe que les femmes écrivent et sont publiées.
Parce qu’elles sont le signe que les femmes utilisent leur liberté d’expression.
Et parce qu’elles sont un moyen sacrément puissant de véhiculer une image positive de la femme.
Une femme héroïne de sa propre histoire. Qui jongle avec la romance, une carrière professionnelle, une vie de famille. Qui utilise l’humour comme ressort contre les vicissitudes de la vie.
Et qui obtient son happy end en plus !
Briser le plafond de verre à grand renfort de livres et de bons sentiments
Dans le monde réel, le happy end semble encore inaccessible. Le plafond de verre est bien là. Il résiste. Il tient bon. Et des voix n’hésitent pas à se faire entendre pour rappeler aux femmes qu’elles devraient ré-apprendre à rester à leur place.
Dans le monde réel, des associations et des mouvements politiques tentent de résister.
Mais j’ai bien l’impression que le bastion de résistance le plus flagrant et le plus intimidant se trouve bel et bien dans le monde de papier.
Qu’elles soient romancières ou lectrices, les femmes investissent ce terrain d’expression qu’on appelle le roman. Et elles s’en servent habilement pour exister, pour faire entendre leurs voix, et pour contrer un monde sexiste avec une vision positive de la figure féminine.
Encore mieux : la douce montée en puissance des romances gay prouvent que la communauté LGBTQ+ profite aussi de ce territoire d’expression pour lutter contre son invisibilisation. Pour revendiquer son identité. Et pour, mine de rien, trouver la place qui devrait légitimement être la sienne dans le monde réel.
Alors je ne sais pas si vous comptiez acheter et lire des romances de Noël cette année. Mais si jamais vous le faites, je vous encourage chaleureusement à avoir une pensée rebelle envers tous les éditos et les rageux des réseaux sociaux.
Parce que même si vous n’en avez pas conscience et que ce n’est pas votre but, il s’avère que lire des romances de Noël est bel et bien devenu un acte politique.
Je l’avoue, j’adore les romances de Noël. Arrivée à cette époque de l’année, je me tourne, aussi bien en livres qu’en films d’ailleurs, vers ce genre léger qui apporte le sourire. Alors, oui, les histoires sont souvent très convenues, mais quelle importance. Pour ce genre là, on ne demande qu’à vibrer à l’unisson des protagonistes. A condition que ce soit bien écrit tout de même. 😊
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Je suis entièrement d’accord avec toi ! Du moment que l’autrice parvient à m’embarquer avec enthousiasme et sincérité dans son univers, je n’ai pas besoin d’un grand suspens pour prendre plaisir à ma lecture 🙂
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