On a la chance de vivre une formidable époque pour la littérature romanesque. J’ai presque envie de dire qu’en ce moment, c’est vraiment l’âge d’or du roman.
Je m’explique.
Plus que jamais, les romans publiés font la part belle à l’inclusion, à la diversité des voix. Non seulement on a accès aux romans des auteurs français, mais aussi aux auteurs étrangers traduits en Français pour rendre leur oeuvre accessible à toutes et tous.
Et en plus, mine de rien, l’inclusion est en marche. Même si ça reste un sujet sur lequel je pense que les éditeurs français ont des progrès à faire, globalement ils commencent bien jouer le jeu.
On trouve facilement des romans écrits par des femmes. Des oeuvres féministes.
Désormais on peut lire des romances LGBTQ+. Des romans qui reflètent la diversité des genres, qui questionnent notre regard sur le sujet, qui nous exhortent à revenir à l’essentiel de l’amour, indépendamment de la question des genres.
Des livres aussi qui nous sensibilisent à la richesse des différents héritages culturels.
Tout ça est absolument formidable.
Mais le seul hic, c’est qu’en parallèle de ces avancées, il y a aussi une dynamique de cancel culture qui s’est mise en place. Et ce courant, qui a parfois de bonnes intentions, peut entraîner des conséquences néfastes pour la création littéraire.
Certains débats ont déjà été soulevés. Par exemple : fallait-il oui ou nom rebaptiser le roman d’Agatha Christie, Dix Petits Nègres ? La réponse est oui, d’autant que sur ce coup-là, la romancière avait déjà donné son avis de son vivant !
Sur d’autres sujets, c’est plus difficile de trancher. Et justement, en lisant le roman de Joyce Maynard, L’Hôtel des oiseaux, j’ai vu dans les remerciements qu’elle se posait des questions sur les rapports entre cancel culture et littérature.
Joyce Maynard est une romancière américaine blanche. Et l’histoire de ce roman se déroule en Amérique du Sud. Où est le problème, allez-vous demander ?
Je laisse Joyce Maynard s’expliquer elle-même sur les déboires qu’elle a rencontré avant la publication de ce livre :
« A l’automne 2021, quand j’ai proposé le manuscrit de ce roman, il m’a été répété qu’écrire sur le monde dans lequel cette histoire se déroule serait considéré comme une « appropriation culturelle » de la part d’une autrice non indigène, non LatinX comme moi. Même si, à aucun moment du livre, je ne mets en avant de point de vue autre que celui de ma protagoniste expatriée et nord-américaine, le seul fait d’avoir choisir de situer mon histoire dans un pays autre que celui de ma naissance a été jugé inacceptable par beaucoup.
Je ne disserterai pas ici sur toutes les raisons pour lesquelles cette nouvelle mode du culturellement correct me paraît bornée et aberrante. Je ne citerai pas non plus les dizaines (centaines) d’exemples d’ouvrages littéraires qui n’existeraient pas si de telles interdictions avaient été infligées à leurs auteurs. (Un homme ne peut-il plus écrire d’un point de vue féminin ? Une autrice noire doit-elle peupler ses romans uniquement de personnages noirs ? Dois-je être tansgenre pour inclure dans un livre de fiction un personnage en transition, comme je l’ai fait dans mon précédent roman ?)
A mes yeux, cette tendance ne relègue pas seulement un écrivain au cadre étroit de son milieu et de son héritage culturel, mais, plus grave, elle limite les qualités mêmes qui occupent le centre d’une bonne fiction : l’imagination, l’invention, la curiosité pour le monde au-delà du sien. »
J’ai adoré lire ce passage à la fin du roman. Et je salue la prise de parole de Joyce Maynard. Car autant je suis contre l’invisibilisation des minorités (ethniques, de genre ou autres), autant je pense qu’on devrait faire très attention avant de crier à l’appropriation culturelle.
Et que fait-on de la place de l’empathie dans la littérature ? Le fait que le sujet soit oublié en dit long sur la société dans laquelle on vit. Et c’est pour ça que c’est important que les auteurs prennent la parole pour nous encourager, nous lectrices et lecteurs, à réfléchir au genres de contenus qu’on espère trouver dans un livre.
Je pense qu’elle a mis les mots justes sur ce qui devrait être une vraie préoccupation dans le monde littéraire actuellement.
Et je me demande si d’autres fans de lecture que moi sont d’accord ou pas avec cette déclaration ?
J’attends vos avis en commentaire pour qu’on en discute ensemble 🙂
Je suis totalement d’accord avec ce qu’elle dit, et j’ajouterais même que ceux qui crient à l’appropriation culturelle ou autre sont les mêmes qui crient au manque de diversité lorsqu’un auteur ne se risque pas à écrire sur des thématiques qu’il ne vit pas, ce qui est totalement contradictoire.
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Tu as tout à fait raison de le souligner ! A mon sens, il faut encourager au maximum les prises de paroles dans la bienveillance et le respect. Et pas chercher à amoindrir la littérature en voulant confisquer certains sujets.
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Oui exactement !
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Je suis tout à fait d’accord et j’ajouterai que la notion même de fiction implique que l’on parle de choses qu’on ne connait pas, contrairement à l’autobiographie ou au reportage. La fiction est et doit rester un espace de liberté où l’auteur n’a de comptes à rendre à personne, sauf au lecteur qui est libre d’aimer ou non le résultat. L’imaginaire occidental est déjà suffisamment asséché sans que la politique s’en mêle.
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