Orgueil et Préjugés aux Caraïbes – Chapitre 6 : Une tempête tropicale menace nos héros

La journée avait mal commencé. Mais il faut bien l’avouer : depuis le début, ce séjour était plus ou moins une catastrophe. Or Fitzwilliam Darcy n’était pas habitué aux catastrophes. Dans sa vie bien rangée, parfaitement ordonnée et minutieusement programmée, aucun désastre n’intervenait jamais.

Il avait promis à Elizabeth des vacances au paradis. Il avait lamentablement échoué.

Et maintenant, il n’avait pas d’autre choix que de lui faire plaisir en l’accompagnant au spa. La simple idée de rester allongé immobile pendant un massage lui donnait des sueurs froides. Il n’était déjà pas à l’aise avec les inconnus quand il était habillé, alors à moitié nu, non merci bien !

Mais Elizabeth avait l’air d’être aux anges. Et ses sœurs avaient eu l’idée de ce cadeau pour leur faire plaisir. Alors le moins que Darcy pouvait faire, c’était de se conduire en gentleman, de prendre sur lui, et de tout faire pour qu’Elizabeth profite enfin de ses vacances.

Ils avaient marché depuis le port pour revenir à l’hôtel. Le bâtiment du spa était situé un peu à l’écart, au bout du parc. D’un côté, il offrait une vue à couper le souffler sur l’océan. Et de l’autre, il s’ouvrait sur un jardin où cascadaient des fleurs tropicales aux couleurs enjôleuses.

Elizabeth était émerveillée.

– Cet endroit a l’air magique !
– Oui, certes.

Elle jeta un rapide coup d’œil à Darcy mais ne dit rien. Bon d’accord, il n’était pas très enthousiaste. Mais Elizabeth était persuadée que l’ambiance romantique du spa finirait par le détendre.

A la réception, une jeune femme très élégante les accueillit.

– Monsieur et madame Darcy, je présume ? Bonjour, je suis Anita.
– Hum non, fit Elizabeth un peu embarrassée. Elizabeth Bennet et Fitzwilliam Darcy. Mes sœurs nous ont réservé un soin pour deux.
– Oui bien sûr, répondit la femme avec un grand sourire. Elles vous ont réservé programme Escapade Romantique. Suivez-moi vers notre espace privatif.

Au bout d’un long couloir en pierre naturelle, une porte menait au fameux espace privatif. Et Darcy dut bien reconnaître que ce n’était pas l’enfer qu’il avait imaginé. Un large salon accueillait des palmiers en pots et des chaises longues en bois de teck agrémentées de coussins moelleux. A côté, l’espace aquatique contenait un énorme jacuzzi, un hammam ainsi qu’une douche circulaire aux dimensions spectaculaires, qui en plus imitait la pluie grâce à un plafond spécial.

Anita leur montra le vestiaire pour se changer, le mini-bar avec les boissons et les snacks, ainsi que le salon de massage dans lequel on les appellerait bientôt. Puis elle les laissa.

Pendant que Darcy semblait se détendre petit à petit, Elizabeth remercia intérieurement ses sœurs d’avoir eu une bonne idée (pour une fois !).

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Dans le hall de l’hôtel, l’était d’esprit de lady Catherine était tout autre. Avec son chemisier maculé de banane écrasée et de glace fondue, elle fulminait. Jamais de sa vie, on ne l’avait traité d’une telle façon !

Et bon sang, où était passé Collins ? Pourquoi n’était-il pas là pour lui offrir son aide ?

Ulcérée, lady Catherine prit la seule décision qui s’imposait. Elle se dirigea vers l’ascenseur à grand pas. Il était hors de question qu’on la voit dans cet état. Après tout, même au bout du monde, elle avait une réputation à soutenir ! Elle allait se changer dans sa chambre. Et ensuite elle irait donner une bonne leçon à la direction de cet établissement de malheur.

Heureusement, cette fois-ci, aucun de ces énergumènes en short de bain n’était là. Elle avait l’ascenseur pour elle toute seule. Mais elle ne s’était élevée que de quelques étages quand une nouvelle contrariété survint.

L’ascenseur stoppa net.

Pire : la lumière se coupa !

– Non d’un chien. Qu’est-ce que c’est encore que ça ?

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– C’est une blague ou vous êtes sérieuse ?

Kitty avait posé la question d’un air effaré. Et Lydia commençait à paniquer.

Tout avait si bien commencé. Elles avaient passé la matinée à mettre leur plan de sabotage anti-lady-Catherine à exécution. Avec l’aide récalcitrante de cousin Collins, elles avait réussi à torpiller la matinée de la tante de Darcy. L’idée de Kitty d’envoyer un serveur renverser un plateau de banana splits sur les vêtements de la vénérable lady avait été un coup de génie. Et les deux sœurs avaient vraiment fait la danse de la joie en voyant leur plan se dérouler à merveille.

A présent, lady Catherine était coincée dans un ascenseur par leurs soins.

Pourtant l’heure n’était pas au triomphe, comme le confirmait la mine d’Amanda, l’employée de la réception qu’elles avaient réussi à convaincre de les aider.

– Ne vous inquiétez pas. C’est normal d’avoir des tempêtes tropicales dans les Caraïbes à cette époque. Et tant que vous restez dans l’hôtel, vous êtes parfaitement en sécurité. Par contre, vous ne pouvez pas sortir.

– Mais, intervint Lydia, qu’est-ce qui va se passer pour Elizabeth et Darcy ? On les a envoyés au spa !
– Le bâtiment du spa répond aux mêmes critères anti-tempêtes que l’hôtel. En fait, le spa est tellement bien insonorisé pour offrir le calme à nos clients qu’ils ne s’apercevront peut-être même pas qu’une tempête nous frappe.
– Mais une tempête va quand même nous frapper !
– Lydia, arrête de paniquer ! s’exclama Kitty.
– Mais tu ne trouves pas ça inquiétant, toi ?
– Non pas du tout. Amanda dit qu’on est en sécurité. Et puis, ça fait partie de l’expérience des Caraïbes.
– Merci de prendre les choses avec autant de calme, intervint Amanda. Nous avons rassemblé les clients de l’hôtel dans le grand salon. Et il y a des jeux de société pour passer le temps si vous le souhaitez.
– Des jeux de société ? Pour qui vous nous prenez ? Allons Amanda, on peut faire bien mieux.

Au regard que Kitty lança à l’employée de l’hôtel, Lydia comprit qu’un nouveau plan était en train de germer dans l’esprit machiavélique de sa sœur.

– Et si on leur proposait des animations beaucoup plus amusantes ? fit Kitty. Vous avez de la tequila et du matériel pour karaoké ?

Oh seigneur, pensa Lydia !

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Collins avait fini de ranger la chambre. Le plan de Kitty avait fonctionné. Et ses atroces cousines lui avaient envoyé un texto vingt minutes auparavant pour lui annoncer qu’elles avaient réussi à coincer lady Catherine dans l’ascenseur.

Il continuait à penser que c’était une très mauvaise idée. Mais déjà qu’il n’avait pas la force de résister à sa patronne, alors affronter ses cousines !

Il avait respecté sa part de la mission en mettant la musique à fond dans la chambre au-dessus de cette de lady Catherine. Et il avait accueilli de son mieux les surfers et autres jeunes vacanciers que Kitty et Lydia avaient invité dans cette « fête impromptue ».

Maintenant que la musique était éteinte (dieu merci pour ses oreilles) et qu’il avait tout rangé, remis les meubles en place et regonflé les coussins, il se sentait un peu mieux.

En sortant dans le couloir, Collins se heurta presque à quelqu’un.
– ça alors, bégaya-t-il. Karen, bonjour.
– Quelle bonne surprise. Alors, ça se passe bien ce premier jour ?
– Hum… oui, merci beaucoup.

Karen l’avait pris pour un employé de l’hôtel un peu plus tôt dans la journée. Et Collins s’en voulait de lui avoir mentit. Ce n’était pas tous les jours que des femmes sympathiques lui témoignaient de l’intérêt.

– Alors, tu descends te mettre à l’abri ? demanda Karen.
– Pardon ?
– A cause de la tempête tropicale.
– Quoi ?!
– Oh, on ne t’a pas encore prévenu. Je vois. Une tempête va nous frapper d’ici moins d’une heure. On a été prévenu à la dernière minute. Alors le personnel se rassemble dans la salle de repos en attendant que l’alerte soit levée.

Dieu du ciel. Une tempête tropicale ! Collins en était sûr : il ne survivrait pas à cette journée !

Vous en pensez quoi ?