Orgueil et Préjugés aux Caraïbes – Chapitre 4 : Un premier comploteur démasqué !

Le soleil perçait à travers les fenêtres de la chambre. Mais ce qui réveilla pour de bon Lydia, ce fut les grognements de Kitty. A peine réveillée, la plus jeune des sœurs Bennett ressentit les effets de la soirée d’hier. Entre les cocktails (un peu trop nombreux), la musique à fond et le décalage horaire, la pauvre Kitty sentait monter le mal de crâne du siècle !

Une situation qui ne touchait pas du tout Lydia. Il faut dire qu’elle avait toujours été la plus coriace de la famille… tout le contraire de sa pauvre mère !

– Bon, j’imagine que tu n’es pas prête de te lever, pas vrai ? demanda-t-elle à Kitty.

Un grognement négatif lui répondit.

Lydia réprima un sourire. Elle décida de se montrer compatissante en allant chercher un verre d’eau et un cachet contre la migraine pour sa sœur. Une fois qu’elle les eut déposé sur la table de chevet, elle alla tirer les rideaux.

L’obscurité tomba dans la pièce. Mais Lydia avait eut le temps de voit l’heure : déjà presque 14 heures ! C’est sûr qu’Elizabeth et Darcy avaient déjà dû partir en excursion sans les attendre. Bon, après tout ils avaient bien le droit de profiter de leurs vacances en amoureux. Et même si elle avait sauvé Darcy d’une situation délicate hier soir, elle ne comptait pas tenir la chandelle pendant le reste du séjour.

Après une douche rapide, Lydia enfila son nouveau bikini et passa une élégante robe de plage portefeuille d’une couleur rouge sublime. Avec des espadrilles à talons compensés dorées, elle allait faire sensation.

Elle attrapa son sac et sortit. Un bon petit déjeuner lui ferait du bien, mais à cette heure-ci où aller ?

Lydia descendit dans le hall de l’hôtel. Il y avait peu de clients, et le personnel vaquait à ses occupations. Alors qu’elle se dirigeait vers l’accueil pour demander si elle pouvait encore se faire servir un café et des toasts, Lydia remarqua quelque chose de bizarre.

A l’autre bout du hall, une dame affublée d’une saharienne beige au style incroyablement vintage se tenait cachée derrière un palmier en pot.

Bizarre.

La dame portait des lunettes de soleil (en intérieur) et ses cheveux étaient recouverts d’un foulard à imprimé léopard (assez joli d’ailleurs).

– Mais qu’est-ce qu’elle fabrique ? songea Lydia.

Encore plus suspect, la dame parlait dans ce qui semblait être un talkie-walkie.

Lydia était trop loin pour entendre ce que la dame disait, alors elle décida de se rapprocher discrètement. Le café pourrait attendre. Mais elle n’avait jamais pu résister à se mêler de ce qui ne la regardait pas. Ses sœurs trouvaient que c’était une attitude déplorable. Elle préférait dire qu’elle était douée d’une grande curiosité naturelle.

En imitant l’inconnue, Lydia se glissa derrière un autre palmier, tentant de se rapprocher sans se faire voir pour entendre ce que disait la dame.

Elle n’eut pourtant pas à s’approcher davantage car l’inconnue poussa subitement un cri.

– Mais enfin Collins : qu’est-ce que vous faites ici ? Je vous ai dit de vous poster au niveau du port, bon sang !

– Désolée, répondit Collins tout piteux.

Oh mon dieu ! Lydia reconnut immédiatement cousin Collins. C’était bien lui, aucun doute. Il était affublé d’un étrange bermuda qui ressemblait à celui des serveurs de la plage. Et il avait le visage recouvert d’auto-bronzant, ce qui lui donnait un teint de carotte qui ne lui allait pas du tout. Encore plus bizarre : il portait une perruque de cheveux bruns longs et ondulés, style surfer hawaïen, qui lui donnait curieusement l’air d’un type passé à l’essoreuse.

– Mais qu’est-ce qu’il fait ici ? Et avec qui est-ce qu’il parle ?

Comment leur cousin pouvait-il être ici alors qu’il ne vivait que pour son travail d’assistant de…

OH MON DIEU ! Soudain Lydia comprit qui était la femme. C’était forcément lady Catherine, la redoutable tante de Darcy.

Portée par son intuition, elle se glissa vers un autre palmier plus proche et put enfin percevoir le son des voix.

– Espèce d’empoté ! Je vous ai dit d’aller leur tendre un piège au niveau du port. Attendez qu’ils essayent de monter à bord d’un bateau de croisière. Et orientez-les vers celui que j’ai réservé spécialement pour eux. Là c’est sûr, ils ne seront pas déçus du voyage !

Le rire mauvais de lady Catherine ne laissait planer aucun doute. Elle avait donc mis sur pied un plan pour gâcher les vacances d’Elizabeth avec son neveu. Quelle femme atroce ! Et en prime, cousin Collins lui donnait un coup de main !

Hors de question de laisser faire. Mais quelle stratégie adopter ?

Pendant que Lydia réfléchissait à toute allure, Collins essayait de s’expliquer.

– Mais lady Catherine, ma perruque s’est envolée et j’ai dû courir pour la rattraper. Le temps que j’y parvienne, je les avais perdus de vue.

– Vous avez vraiment les deux pieds dans le même sabot, mon pauvre ami ! Heureusement que j’ai pensé à graisser la main d’un guide du coin. Lui au moins aura réussi à faire monter Darcy et cette Elizabeth sur le mauvais bateau. Mais vous allez avoir l’occasion de vous rattraper.

– Vraiment ? demanda Collins, pas vraiment rassuré. Que dois-je faire ?

– C’est simple. Maintenant qu’ils sont loin de l’hôtel, vous allez vous glisser à l’intérieur de leur bungalow et mettre la main sur leurs passeports.

– Hein ? Mais c’est du vol !

Lady Catherine donne un coup d’ombrelle sur le bras de Collins. Car oui, Lydia ne l’avait pas encore remarqué, mais lady Catherine avait une ombrelle coordonnée à son foulard imprimé léopard.

Quelle classe, pensa Lydia. Quitte à frapper quelqu’un, autant le fait avec un accessoire de mode vraiment stylé.

La conversation tourna court, et lady Catherine quitta le hall d’un pas guindé. Collins, visiblement, était résigné à accomplir sa mission.

Bon, pensa Lydia. Le port est trop loin. C’est trop tard pour tirer Elizabeth et Darcy de ce mauvais pas. Mais par contre, il est encore temps d’empêcher Collins de voler les passeports. Facile : il suffit de le suivre et de lui tomber dessus au moment où il passera à l’action.

Tandis que Lydia commençait sa filature du pauvre cousin Collins, Elizabeth commençait franchement à regretter Londres.

Le matin, Darcy et elle avaient décidé de profiter d’une matinée sans les filles pour aller faire une balade romantique en mer. Arrivés au port, ils pensaient avoir trouvé un adorable catamaran pour faire un tour en mer. Mais le guide les avertit en disant que le bateau était déjà réservé par d’autres touristes. Heureusement pour eux, il connaissait un autre catamaran disponible.

La bonne surprise avait rapidement tourné au cauchemar. A peine avaient-ils mis le pied à bord que l’état du bateau les inquiéta. Darcy, plutôt sourcilleux en matière de sécurité, hésita à se lancer dans une aventure en mer à bord de ce qu’il qualifiait de « rafiot ». Elizabeth essaya de détendre l’atmosphère en lui disant que c’était comme une aventure de pirates. Mais la blague tomba à plat.

Cela faisait maintenant une bonne vingtaine de minutes qu’ils étaient en mer, et rien ne se passait comme prévu. En fait de balade romantique, le guide ne leur parlait que de catastrophes.

– Et nous approchons précisément du lieu où L’Hermine a sombré il y a maintenant un siècle, envoyant par le fond les 180 hommes d’équipage qui sont tous morts noyés. Aucun d’entre eux n’a survécu.

Elizabeth et Darcy prirent un air contrit.

– A votre droite, reprit le guide, on aperçoit l’île de Guyata. C’est une île volcanique, et elle est inhabitée depuis près de quarante. Il n’y avait qu’un seul village sur l’île, mais tous ses habitants ont péri dans les flammes à la suite de l’explosion volcanique de 1987.

Tout le reste des commentaires fut du même genre. Darcy, qui aurait pu avoir un petit nuage noir au-dessus de sa tête tant il était contrarié, ne disait pas un mot. Et Elizabeth n’osait plus rien dire de peur de le contrarier d’avantage.

Vivement le retour au port, songea-t-elle avec amertume. Décidément, ces vacances ne ressemblaient pas à ce qu’elle avait imaginé.

Pendant qu’Elizabeth et Darcy poursuivait leur croisière fantôme, Collins et Lydia avaient atteint le bungalow sur pilotis dans lequel logeaient les amoureux.

Cachée derrière un parasol, Lydia observa Collins. Comment allait-il faire pour pénétrer sans la clé ?

Collins venait tout juste de glisser sa perruque ridicule dans la poche de son bermuda (elle dépassait bizarrement) quand une jeune femme vêtue de l’uniforme de l’hôtel arriva justement sur le sentier qui longeait la suite de bungalows.

– Hum, pardon ? l’interpella Collins.

– Bonjour, fit la jeune femme avec un grand sourire. Eh je ne t’ai jamais vu. Tu es un des saisonniers engagés pour les vacances ?

– Oui, répondit Collins tout en ayant l’air de transpirer abondamment.

– Je suis Karen. Est-ce que tout se passe bien ? demanda aimablement ladite Karen.

– Hum… ben… En fait j’ai besoin d’entrer dans ce bungalow mais…

Collins bredouillait. Il était tellement mal à l’aise que ça faisait peine à voir.

Visiblement, Karen devait penser la même chose que Lydia car elle lui proposa immédiatement son aide.

– Mais tu as oublié ton pass, c’est ça ? Pas de problème, je vais t’ouvrir.

Le visage de cousin Collins fut immédiatement transfiguré par un immense sourire de reconnaissance.

– Oh merci beaucoup !

Ils se rapprochèrent de la porte du bungalow, et Karen déverrouilla la porte avec son badge. Elle se retourna ensuite vers Collins, et ils échangèrent quelques mots. Ils avaient l’air détendus tous les deux.

Non mais c’est pas vrai. Cousin Collins est en train de se faire draguer ? J’en reviens pas, songea Lydia avec effarement. Il faut dire que son gaffeur de cousin n’était pas connu pour avoir eu beaucoup de conquêtes féminines. En même temps, ça devait être dur d’avoir une vie sentimentale quand on passait presque toutes ses journées avec lady Catherine !

Lydia était trop loin pour entendre ce qu’ils se disaient, mais quand Karen repartit, le sourire qu’ils échangèrent ne prêtait pas à confusion. Il se passait quelque chose entre ces deux-là !

Si la situation avait été différente, Lydia aurait pu s’en réjouir, mais sa priorité était de sauver les vacances de sa sœur. Et pour cela, il fallait qu’elle intercepte cousin Collins.

Il venait tout juste de pénétrer dans le bungalow, et la porte était restée entre’ouverte. Lydia se glissa discrètement à sa suite, et le trouva dans le salon de la suite. Il farfouillait parmi les prospectus touristiques de la table basse quand elle s’écria :

– Alors mon cher cousin, on joue les cambrioleurs ?

Collins fit un bond et porta immédiatement ses mains à son cœur. Son visage, livide, était figé dans une expression de panique presque comique.

Lydia failli exploser de rires… sauf qu’elle se rendit compte que cet idiot ne respirait plus !

Elle combla la distance qui les séparait en deux pas et l’aida à s’asseoir dans l’un des fauteuils en rotin. Il fallu deux bonnes minutes à Collins pour reprendre ses esprits… et revenir à une couleur de peau à peu près normale pour lui (gris clair, donc).

– Lydia ? gémit-il d’une voix faiblarde. Mais qu’est-ce que tu fais ici ?

– Ce que moi je fais ici ? Tu veux dire dans la chambre de ma sœur, en train de t’admirer en train d’essayer de lui voler son passeport ?

– Oups…

– Oui, oups, comme tu dis !

– Je suis désolé… vraiment… mais je ne voulais pas, je te promets…

– Stop ! On va commencer par le commencement. Raconte-moi tout depuis le début.

En déglutissant avec difficulté, Collins passa aux aveux. Il raconta le plan de lady Catherine pour torpiller la relation amoureuse de son neveu. Ses manigances, les pots de vin, les acteurs engagés… et le rôle qu’il jouait lui-même dans cette affaire.

Sidérée, Lydia l’écouta sans rien dire. Une première !

Une fois sa confession achevée, Collins osa enfin regarder Lydia dans les yeux.

– Qu’est-ce que tu comptes faire ? Tu vas me dénoncer à Elizabeth et Darcy ?

Pendant que Collins avait tout déballé, un plan avait commencé à prendre forme dans l’esprit machiavélique de Lydia. Lady Catherine se pensait très maligne. Mais elle aussi était futée.

– Mieux que ça, répondit Lydia. Je vais faire de toi un agent double. Et à partir de maintenant, tu vas m’aider à saboter le plan de lady Catherine.

Collins eut à peine le temps de se liquéfier sur son fauteuil que Lydia dégainait déjà son téléphone portable pour appeler Kitty en renfort. Son mal de tête attendrait : il fallait d’abord sauver les vacances d’Elizabeth !

Vous en pensez quoi ?