🌮🌊 L’Ă©volution des lectures d’Ă©tĂ© : de Proust en maillot de bain aux thrillers sous les palmiers

C’est bon, c’est l’Ă©tĂ©. On peut enfin s’allonger sur une chaise longue, un cocktail dans une main et un bon livre dans l’aitre !

Mais avez-vous dĂ©jĂ  remarquĂ© comment nos lectures estivales ont changĂ© au fil des annĂ©es ? Moi oui ! Vu que ça fait maintenant 14 ans que je tiens ce blog littĂ©raire (eh oui : ça ne me rajeunit pas), j’ai vu passer pas mal de tendances en matiĂšre de lectures d’Ă©tĂ©. Alors aujourd’hui, je vous propose d’embarquer ensemble dans ma machine Ă  remonter le temps littĂ©raire. Notre voyage : l’Ă©volution des romans d’Ă©tĂ© !

  • Lectures studieuses

Dans le temps (comprenez : quand j’Ă©tais encore une lectrice jeune et insouciante), je passais surtout mes Ă©tĂ©s Ă  lire des classiques. Au collĂšge et au lycĂ©e, on donnait encore des listes de lectures. Et comme j’aimais lire, je m’y tenais assez scrupuleusement. Et je ne veux pas m’envoyer des fleurs, mais j’ai du mĂ©rite ! Car ces livres lus l’Ă©tĂ© Ă©taient rarement passionnants.

Comme mes grands-parents lisaient beaucoup, il y a avait aussi une large moisson de livres dans les bibliothĂšques de campagne. Et c’est comme ça que j’ai commencĂ© Ă  lire plein de choses. J’ai dĂ©couvert ArsĂšne Lupin, Agatha Christie, mais aussi Rouletabille
 Si vous vous demandiez d’oĂč me venait ma passion du roman policier, maintenant vous avez la rĂ©ponse. C’est visiblement dans mon ADN !

Je sais que je ne suis pas la seule Ă  avoir eu des jeunes annĂ©es de lectures estivales trĂšs studieuses. Bien sĂ»r, l’Ă©cole et les prescriptions littĂ©raires jouaient pour beaucoup. Mais il faut aussi se souvenir d’un temps (j’ai l’impression d’ĂȘtre hyper vieille en Ă©crivant ça !), oĂč il y avait encore peu d’offre littĂ©raire en matiĂšre de jeunesse. J’ai encore fait partie d’une gĂ©nĂ©ration Ă  laquelle on a fait lire Les Malheurs de Sophie et La Petite Fadette. HonnĂȘtement, je me suis rebiffĂ©e contre les deux. Et ça reste de trĂšs mauvais souvenirs de lecture.

On faisait lire des classiques aux enfants. Et on ne se prĂ©occupait pas du fait que ces livres ne leur parlaient pas du tout. Idem pour les ados. A ce titre, il faut quand mĂȘme rendre justice Ă  la saga Harry Potter et Ă  son succĂšs commercial. Car ça a prouvĂ© que pourvu qu’on prĂ©sente des histoires passionnantes, on pouvait intĂ©resser les jeunes Ă  la lecture.

La raison pour laquelle les jeunes ont longtemps souffert cĂŽtĂ© lecture, c’est qu’en France nous avons longtemps eu une vision trop Ă©litiste de la lecture. D’ailleurs c’est encore assez vrai aujourd’hui. La lecture, pour certains, ça veut forcĂ©ment dire s’intĂ©resser Ă  la grande littĂ©rature. Autrement dit : soit vous lisez Proust, soit ce que vous lisez n’en vaut pas la peine. J’ai dĂ©jĂ  eu Ă  plusieurs reprises l’occasion d’exprimer mon point de vue sur cette vision rĂ©trograde de la lecture, alors je ne vais pas m’Ă©tendre dessus.

Tout ce que je veux dire, c’est qu’au dĂ©part, le concept de lecture d’Ă©tĂ© n’existait pas vraiment en France.

  • Vive le roman de gare !

La donne a commencĂ© Ă  changer en France au dĂ©but des annĂ©es 1960. Entre l’apparition du livre de poche en 1953 et la rĂ©volution culturelle et sociale des annĂ©es soixante, le rapport Ă  la lecture a commencĂ© Ă  changer.

Les premiers livres Ă  avoir connu un grand succĂšs furent les romans policiers. Ces fameux « romans de gare » que les gens achetaient au moment des grands dĂ©parts
 donc surtout des vacances d’Ă©tĂ©. Et c’est lĂ  que les livres de l’Ă©tĂ© ont commencĂ© Ă  former un camp, si on peut dire.

A la base, les Français ont toujours Ă©tĂ© trĂšs friands d’histoires policiĂšres. DĂ©jĂ  les romans feuilletons publiĂ©s en Ă©pisodes dans la presse Ă©crite Ă©taient souvent des histoires policiĂšres. Et plusieurs personnages de romans sont en fait nĂ©s dans ces sĂ©ries d’un autre Ăąge (comme ArsĂšne Lupin, Rouletabille ou encore BelphĂ©gor).

Un raz de marĂ©e Ă©ditorial va tout bousculer : Agatha Christie. Le succĂšs de ses romans policiers publiĂ©s aux Ă©ditions du Masque va vraiment changer la donne. Et on peut dire que la reine du crime est aussi devenue la reine des lectures de l’Ă©tĂ©.

Paradoxalement, ce succĂšs Ă©ditorial conduit aussi Ă  la condescendance qu’on connait encore Ă  l’heure actuelle. Si vous partiez en vacances avec un Agatha Christie en format poche dans vos valises, vous passiez un peu pour un touriste inculte. Je n’imagine pas trop l’ambiance Ă  la plage, entre les tenants de la grande littĂ©rature (Ă©crasĂ©s sur leur transat par le poids des 500 pages de leur Balzac) et les fringants admirateurs d’Agatha Christie (en train de s’Ă©venter avec leur format poche).

  • L’Ăšre des succĂšs d’Ă©dition

Heureusement pour nous, le marketing est passĂ© par lĂ  ! Oui, pour une fois, on peut dire merci Ă  la fibre commerciale des maisons d’Ă©dition. Car si on a Ă©chappĂ© Ă  Emile Zola au bord de la piscine, c’est quand mĂȘme grĂące aux maisons d’Ă©dition qui ont su proposer autre chose.

Je sais que certains lecteurs considĂšrent que les best-sellers relĂšvent de l’opportunisme commercial. Pour autant, il faut bien reconnaĂźtre que c’est grĂące Ă  cette vision rĂ©aliste du marchĂ© du livre qu’une plus grande diversitĂ© s’est installĂ©e dans les librairies.

En l’espace d’une vingtaine d’annĂ©es, c’est fou de voir Ă  quel point les choses ont changĂ©. DĂ©sormais, chaque Ă©tĂ© on trouve des comĂ©dies romantiques de l’Ă©tĂ©. Des romans policiers de l’Ă©tĂ©. Des livres feel-good de l’Ă©tĂ©. Des sagas historiques de l’Ă©tĂ©. Et cette tendance profite pas mal aux auteurs français (les plus gros en tout cas). Car si vous avez bien remarquĂ©, la plupart d’entre eux publient leurs nouveaux livres Ă  l’approche des vacances d’Ă©tĂ©.

  • Le come back des classiques ?

Ces derniĂšres annĂ©es, il faut quand mĂȘme remarquer que les classiques ont dĂ©cidĂ© de faire de la rĂ©sistance. C’est assez comique Ă  constater. Et en mĂȘme temps je pense que ça doit relever d’une forme de nostalgie.

A la radio, une sĂ©rie d’Ă©missions estivales nous a invitĂ© Ă  passer Un Ă©tĂ© avec
 un auteur classique de la littĂ©rature française. Il y a eu Proust, Rimbaud, Colette, Victor Hugo
 Bref un joli programme. Je les ai Ă©coutĂ© avec plaisir, ces podcasts littĂ©raires en forme d’invitation au voyage dans le temps. Et ça m’a mĂȘme plutĂŽt rĂ©conciliĂ© avec « la grande littĂ©rature ». Il faut dire que le format se veut ludique. On a des Ă©pisodes courts, trĂšs accessibles. Pas besoin d’avoir fait des Ă©tudes littĂ©raires. L’idĂ©e de ces Ă©missions est d’encourager la curiositĂ© pour dĂ©passer les prĂ©jugĂ©s qu’on a sur les grands auteurs.

Cette sĂ©rie d’Ă©missions de Radio France a mĂȘme donnĂ© lieu Ă  des petits livres. Une collection aux couvertures colorĂ©es qui donne envie d’en glisser un tome ou deux dans son cabas avant d’aller Ă  la plage.

Par ailleurs, plusieurs maisons d’Ă©dition ont eu la bonne idĂ©e de surfer sur la mode de la romance historique. Et elles republient dans de nouvelles Ă©ditions les romans de Jane Austen, des sƓurs BrontĂ« et autres grandes dames des Lettres. Orgueil et PrĂ©jugĂ©s sous un parasol : je dis oui ! Et vous ?

Vous en pensez quoi ?