Illuminatine faisait partie des nouvelles parutions de la dernière rentrée littéraire. Et faute de temps, je ne l’avais pas lu au moment de sa sortie. Après avoir laissé passé le chaos de septembre, j’ai enfin pris le temps de me plonger dedans. Le livre promettait une plongée au coeur du complotisme, un sujet de société qui ne manque pas d’intérêt. Mais comment transformer en oeuvre de fiction un sujet qui cherche déjà à flouter la limite entre réalité et fantasme ? Pas simple, et voici ce que Simon Bentolila en a fait.
Mon résumé du livre
Difficile de tracer sa voie quand on est correcteur dans le milieu du journalisme. Les petits boulots n’ont rien de très enthousiasmants. Pourtant pas de quoi décourager le narrateur, qui évolue dans ce microcosme où l’information est au coeur de ses journées.
Le reste du temps, la réalité fait relâche, et c’est du côté de ses connaissances complotistes que le narrateur aime passer son temps. Aux côtés de son ami Pierre et d’une horde d’individus tous plus déjantés les uns que les autres, le narrateur découvre l’envers de la réalité. Des survivalistes aux consommateurs de drogues, tous sont convaincus que le monde leur ment et cherche à les manipuler.
Pourtant eux-mêmes ne sont pas spécialement désintéressés. Et le complotisme s’avère avant tout être un business comme un autre, dans lequel chacun cherche à étendre sa sphère d’influence.
Mon avis sur Illuminatine
J’aime bien quand la littérature française contemporaine ose s’intéresser à des sujets de société. Parce que ça change un peu des éternels atermoiements sur la bourgeoisie parisienne en quête de sens dans sa petite vie confortable. Donc je partais avec un a priori plutôt positif sur ce roman. Mais la promesse est-elle tenus ? Pas complètement, en ce qui me concerne.
J’ai adoré le propos du livre, l’intension de l’auteur. Simon Bentolila nous invite à une plongée de l’autre côté du miroir. Il nous fait côtoyer des personnages en perte de repère, qui sont dans une logique de défiance systématique des institutions, des médias et de la notion de vérité. Ils entretiennent aussi une fascination malsaine pour le pouvoir et la force, notamment avec les armes à feu. Et leurs discours ont de quoi faire froid dans le dos.
L’auteur réussit habilement à nous plonger dans ce microcosme du complotisme. A nous faire comprendre que ce qui est en jeu, ce n’est même plus vraiment de connaître la vérité, c’est d’entretenir une sphère d’influence qui permet d’avoir du pouvoir face aux autres.
Il faut bien l’admettre : ça fait quand même froid dans le dos de savoir que de nos jours, dans des démocraties « éclairées », on vit effectivement dans une société où la vérité est désormais à géométrie variable.
Sur le fond, le roman m’a vraiment beaucoup plut. Mais j’avoue que j’ai eu un peu plus de mal avec le style de l’écriture. Dans les moments où le narrateur se permet des réflexions teintées d’humour noir, je sentais que le roman avait le potentiel d’être plus incisif. Mais le reste de la narration était plus formel, plus « froid ». Et ça n’a pas fonctionné avec moi. Je pense que j’attendais un livre un peu plus enragé.
Pour être tout à fait honnête, je pense que ce style neutre est volontaire de la part du romancier. Simon Bentolila ne cherche pas à jouer les moralisateurs, et il fait très attention justement à ne pas prendre une position marquée dans son histoire. Il nous laisse la place à nous, lectrices et lecteurs, de nous faire notre propre idée. Et c’est une démarche que je trouve très honnête.
Illuminatine : une idée lecture pour qui ?
Si le sujet du complotisme vous intéresse, alors ce livre va vous donner matière à réflexion. Simon Bentolila signe un roman pertinent, qui rebondit sur un sujet d’actualité. Et si vous êtes sensibles à ce genre de sujets, alors Illuminatine devrait répondre à vos attentes.