Encore cette année, j’ai profité de la rentrée littéraire pour bousculer un peu mes habitudes de lectures. Je me suis donc plongée avec plaisir dans les pages du roman d’Ousmane Sembène au si joli titre : Ô pays, mon beau peuple ! Une découverte totale puisque je n’avais jamais rien lu de l’auteur. Or il s’agit quand même d’un auteur majeur de la littérature africaine contemporaine. Lire ce livre était donc l’occasion de le de le découvrir, mais aussi de me plonger dans l’histoire trop méconnue du Sénégal au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec ce roman quasi historique qui évoque avec passion l’attachement pour un pays en pleine mutation.
Mon résumé du livre
Sur le bateau qui le ramène au Sénégal, Oumar ne sait pas trop quel accueil l’attend. Il a quitté sa famille depuis huit ans. Lui qui a combattu en France pendant la Seconde Guerre mondiale, il a franchi un interdit en épousant une femme blanche, Isabelle. La douce Isabelle fait le voyage avec lui, bien décidée à s’enraciner avec son mari adoré dans ce nouveau pays qu’elle ne connait pas.
Le plaisir des retrouvailles familiales est teinté de suspicion. Pourquoi avoir épousé une femme blanche ? comment va-t-elle s’intégrer dans la société sénégalaise encore si traditionnelle ? La vie s’écoule paisiblement, au fil des traditions, et pourtant le changement est déjà à la porte. Le vent tourne, et les jeunes rêvent de changements. Il ne s’agit pas seulement de refuser la domination blanche, mais d’imaginer de nouvelles façons de construire la société sénégalaise. Oumar est convaincu que le changement est possible, et il pense même à une coopération agricole pour améliorer les conditions de vie de son peuple. Mais le changement risque de se payer au prix fort.
Mon avis sur Ô pays, mon beau peuple !
Au départ, j’ai adoré le titre de ce livre. Et le point d’exclamation laissait présager d’un récit enthousiaste. Ce qui est vrai. Il y a une indéniable énergie dans ce livre, porté par la figure solaire de son personnage principal, Oumar, un homme d’une grande intégrité et habité par une formidable inspiration.
Déjà, je vous précise qu’on n’a pas besoin d’avoir de grandes connaissances historiques pour lire ce livre avec plaisir. Ousmane Sembène pose rapidement le contexte historique de son histoire, à la veille de la décolonisation. Mais ce qui compte dans son histoire, ce sont moins les grands changements de l’histoire politique que les petits changements, tout aussi importants finalement, de la société elle-même. En un mot, ce livre parle des gens.
Et la vie palpite formidablement dans les pages de cette histoire ! J’ai adoré les personnages et les dialogues qui « sonnent vrai », qui m’ont donné l’impression d’être transportée. La galerie des personnages est irrésistible et très nuancée, à l’image de la mère d’Oumar, une femme habitée par les vieilles croyances, qui craint pour la vie de son unique enfant et voit d’un mauvais oeil son mariage avec une femme blanche. Il y a une tendresse désarmante dans ce personnage qui va, peu à peu, accepter sa belle-fille et le choix du coeur de son fils.
Au coeur de l’histoire, le roman d’Ousmane Sembène aborde vraiment le changement qui survient dans une société qui a soif de modernité. Un peuple qui veut exister dignement, s’émanciper de la colonisation pour bâtir un avenir meilleur. Le récit parle de combativité, de valeurs, mais il place aussi l’histoire sous le signe du partage et de la générosité en soulignant bien à quel point le changement ne peut pas intervenir par grâce à une personne seule. Il faut un mouvement plus large. Mais une personne peut déjà allumer la flamme de l’espérance. Et cet espoir est parfaitement incarné par le personnage centrale d’Oumar.
Ô pays, mon beau peuple ! une idée lecture pour qui ?
Si vous ne connaissez rien ou presque aux littératures africaines, alors ce livre est une formidable clé d’entrée pour vous. Vous n’avez pas besoin de vous y connaître : il vous suffit de profiter de cette excellente histoire. Non seulement l’écriture est portée par l’énergie et irriguée par la chaleur humaine de ses personnages, mais elle porte aussi en elle une poésie à laquelle j’ai été très sensible.
L’histoire d’Oumar, de sa femme Isabelle et de sa famille est émouvante. Elle interroge le rapport qu’on entretient avec notre passé, en tant qu’individus mais aussi en tant que société. Et respecter le passé ne veut pas dire refuser le changement. Car le meilleur moyen d’honorer ce passé, c’est encore de tout faire pour bâtir un avenir encore meilleur. Un dilemme qui se pose dans de nombreux pays, et pas seulement en Afrique. Donc non seulement ce roman est très plaisant, mais il nous invite aussi à une réflexion sur le monde dans lequel nous voulons vivre.
Un véritable coup de coeur pour moi !
Quelle belle idée de sortir ainsi de sa zone de confort. Et cela permet visiblement de très belles découvertes 😎. Je note ce titre qui sera parfait pour le Mois africain qui se profile. Merci pour ce billet enthousiaste !
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Merci beaucoup ! Je suis ravie de faire découvrir le livre et son auteur. Je ne savais pas qu’il y avait un mois africain ; c’est quand ? Il y a tant d’auteurs merveilleux à découvrir !!!
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C’est ici et c’est en octobre : https://surlaroutedejostein.fr/2023/09/27/octobre-le-mois-africain-revient/
Il y aura sûrement de belles choses à découvrir en effet !
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Merci beaucoup pour le lien d’infos !!!
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