Lorsque la biographie de Jennifer Lesieur consacrée à Rose Valland est récemment parue, j’ai immédiatement eu envie de la lire. Pour deux raisons. D’abord parce que j’avais été très curieuse en découvrant l’histoire de Rose Valland lorsque j’ai visionné le documentaire consacré à Jacques Jaujard il y a quelques années. Et qui ne serait pas fasciné par l’histoire incroyable de ces courageux conservateurs des musées français qui ont tout risqué pour mettre les oeuvres d’art à l’abri pendant la Seconde Guerre mondiale ? Et la deuxième raison pour laquelle je voulais absolument lire ce livre, c’est parce que j’avais adoré lire la biographie que Jennifer Lesieur avait consacré à une autre figure féminine passionnante : l’aviatrice américaine Amelia Earhart. Rose Valland, l’espionne à l’oeuvre s’est donc immédiatement retrouvé en haut de ma pile de lectures. Et j’ai bien eu raison de céder à ma curiosité car cette lecture a été palpitante !
Mon résumé du livre
Rose Valland est une héroïne, et pourtant peu de gens connaissant son nom. Cette conservatrice de musée, en poste au Jeu de Paume dès les années 1930, fut aux premières loges lors de l’invasion nazie. Et tandis que l’occupant se préparait à piller les trésors des collections françaises, Rose Valland fit partie des personnes qui décidèrent d’agir. Sous la houlette de Jacques Jaujard, alors directeur des musées nationaux, la plus grande mission d’évasion de la guerre se met en place. Et Rose participe à la mise en caisse des oeuvres d’art du Louvre, exfiltrées vers le Sud de la France, loin de la capitale.
Restée au Jeu de Paume, Rose va passer les années de guerre en étant malgré elle le témoin privilégié des spoliations des collections d’art des familles juives. Les nazis font du Jeu de Paume un de leur QG, et les dignitaires y défilent en faisant leurs courses pour prendre les oeuvres qui les intéressent, tandis que d’autres oeuvres jugées « dégénérées » sont vouées à la destruction.
Là, avec patience et acharnement, Rose Valland va garder une trace de toutes les spoliations dont elle sera témoin pendant plusieurs années. Elle va espionner les Allemands en poste avec elle pour identifier les lieux de stockage des oeuvres volées et emportées en Allemagne et en Autriche. Elle rassemble une somme considérable d’informations, se mettant elle-même en danger. Son seul objectif : continuer à croire, malgré tout, qu’à la fin de la guerre il lui sera possible de retrouver toutes les oeuvres spoliées pour les rendre à qui de droit.
Mon avis sur Rose Valland, l’espionne à l’oeuvre
Même si vous ne connaissez pas grand chose à la Seconde Guerre mondiale, vous allez adorer cette biographie qui se lit comme un roman ! Jennifer Lesieur s’est beaucoup documentée pour faire revivre devant nous les heures les plus sombres de l’Occupation. Mais elle s’est aussi attachée à conserver une écriture simple, agréable et bien rythmée pour que son livre soit accessible au plus grand nombre. Le résultat est une biographie à la fois passionnante et très touchante.
Je sais que ça fait cliché d’écrire ça, mais rien ne prédestinait Rose Valland à devenir une héroïne. Cette jeune femme discrète, issue d’un milieu rural modeste et venue à Paris pour terminer ses études et trouver du travail n’avait a priori pas le tempérament d’une aventurière. Et elle ne l’était pas. Non, Rose était avant tout une femme de principe, attachée à l’histoire de l’art et convaincue que la mémoire liée aux oeuvres devait être préservée coûte que coûte. Elle avait aussi conscience que les familles de riches collectionneurs ne devaient pas être aussi facilement dépossédées de leurs bien, juste parce qu’elles étaient juives.
La biographie de Jennifer Lesieur nous plonge dans un contexte historique où les lois du régime de Vichy font basculer la France dans l’horreur sans qu’aucun garde-fou ne protège plus rien. A part la résistance qui se met en place. Evidemment, la priorité est à la sauvegarde de la vie. Mais la sauvegarde de la mémoire commune portée par les oeuvres d’art est tout aussi importante.
Le travail de Rose Valland en tant qu’espionne a une double valeur. Elle va tracer le parcours de nombreuses oeuvres d’art qui auraient pu être définitivement perdues sans son intervention. Et elle va à sa manière lutter contre les spoliations dont sont victimes les familles juives. En ne baissant jamais les bras et en risquant sa vie pendant ses missions d’espionnage, elle est aussi habitée par une conviction : que la guerre se terminera, et que tout finira par rentrer dans l’ordre. Une conviction qui a de quoi impressionner la lectrice moderne que je suis, moi qui ai toujours vécu dans le confort d’un pays (relativement) en pays sur son territoire.
A travers le portrait fascinant de Rose Valland, cette héroïne aussi ordinaire qu’extraordinaire, Jennifer Lesieur a le mérite d’assurer elle-même un rôle de gardienne. Elle nous transmet un peu de la mémoire que Rose a aidé à sauver. Jennifer Lesieur nous fait entrer de plain pied dans cette histoire qui doit aussi être la nôtre. Car pour assurer la transmission future de notre mémoire nationale, il nous incombe d’abord de bien la connaître. Se souvenir de Rose Valland et de tout ce qu’elle a accompli, c’est en quelque sorte nous aussi poursuivre sa mission de protection du patrimoine.
Rose Valland, l’espionne à l’oeuvre : une biographie pour qui ?
Si vous n’avez pas l’habitude de lire des biographies, alors n’ayez pas peur. Celle-ci est aussi trépidante qu’un roman. Et en prime, vous ferez la connaissance avec Rose Valland, une femme particulièrement touchante dont le destin incroyable n’a rien à envier aux héroïnes des sagas à sensations fortes !
Elle s’était fixé la mission de sauver le plus d’oeuvres possibles. Incroyable mais vrai : au final, Rose Valland a permis le sauvetage de près de 60 000 oeuvres d’art. Cette femme modeste, qui a fait carrière dans un monde encore largement dominé par la hiérarchie masculine, et qui a tenu tête aux officiers nazis a réussi un tour de force. A la fin de la guerre, elle est allée jusqu’en Allemagne pour aider à localiser les oeuvres volées et les renvoyer en France, pour tenter de retrouver leurs propriétaires. Son abnégation et son courage forcent le respect. Et je pense que la lecture de cette biographie va vous émouvoir au-delà de ce que les mots peuvent exprimer, tant cette histoire est belle et inspirante.
J’ai prévu d’écouter le podcast que France culture vient de lui consacrer. Cette biographie sera un excellent complément !
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Super, alors bonne écoute et belle lecture !
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