Le billet du jour est un ras le bol dirigé contre les maisons d’édition ! Grrr ! Car oui, il y a des moments où même la plus enjouée des lectrices, pourtant d’un tempérament calme et diplomate, peut en venir à prendre les armes pour défendre une juste cause.
Et ce jour, je veux vous parler des pays où sont imprimés les livres. J’ai souvent l’occasion de flâner parmi les nouvelles parutions, et depuis quelques temps, je prends l’habitude de regarder les dernières pages des livres pour vérifier leur provenance. Vous croyez peut-être que parce que la maison d’édition est française, alors votre ouvrage préféré a été imprimé en France. Que nenni ! Imitant Arnaud Montebourg (auquel il faudrait d’ailleurs faire passer le sujet), je m’en vais m’habiller avec une marinière pour dénoncer le marché honteux des éditions étrangères.
D’abord, faisons un point sur la situation. De quoi parle-t-on ? On nous rabat régulièrement les oreilles sur le fait que la filière du livre subit la crise économique en même temps qu’une crise technologique : les tablettes ont changé la donne et entameraient les ventes de livres papier au profit du livre numérique, ce qui mettrait en péril les éditeurs ainsi que les libraires (et les auteurs au passage). Mais on nous parle rarement des imprimeurs. Or, si le livre numérique est un danger réel pour ce secteur d’activités, il ne faut pas oublier la responsabilité cruciale des maisons d’édition pour lesquelles éditer un livre en Chine revient moins cher (malgré les frais de transports) que d’imprimer en France.
Si j’en parle aujourd’hui, c’est à la fois parce que je trouve préoccupant l’avenir des imprimeries françaises, et encore plus préoccupant le fait que les médias n’abordent absolument pas ce sujet. Les lecteurs, en tant que consommateurs désormais sensibilisés au label « made in France », devraient eux aussi être informés sur la provenance de leurs livres.
Au-delà de cette question, je me permets aussi de souligner le caractère dangereux d’un point de vue écologique d’une telle pratique. Un livre imprimé en France est issu d’une filière strictement contrôlée : le papier provient d’une forêt gérée (voire dans certains cas de papier recyclé), et les conditions d’industrialisation respectent le droit du travail. En Chine, et malgré les efforts qui peuvent être faits ponctuellement, inutile de rappeler que le droit des travailleurs a beaucoup de retard sur celui des français. Quant à la provenance du bois utilisé pour produire la pâte à papier : aucune garantie !
J’enfonce le clou : les livres imprimés ne se téléportent pas par magie directement en France ! Il faut bien des bateaux pour les faire venir dans leur pays de mise en vente, ce qui ajoute à la facture écologique. J’ai donc énormément de mal trouver des arguments en faveur d’un tel procédé. Les éditeurs me répondraient peut-être (certainement) que ce dispositif permet de garder un prix raisonnable pour les livres, mais là encore j’ai des doutes. Selon une étude menée par le Syndicat de la librairie Française qui a étudié les tendances de 1982 à 2008, le prix des livres oscille perpétuellement entre des périodes de hausse et des périodes de stabilisation. On observe en particulier que depuis 1998, le prix des livres de poche achetés à augmenté de 28% (il était de 4,84€ en 1998 et il est passé à 6,24€ en 2007). Une hausse considérable !
Rassurez-vous, je ne vais pas sombrer dans un militantisme effréné. Mais je voulais juste, par le biais de cet article, vous informer et vous sensibiliser sur ce sujet. Soyez aux aguets et n’hésitez pas à regarder de près le pays d’impression de votre livre ! Car tout comme il nous incombe de supporter l’activité des libraires en essayent d’acheter des livres chez eux, il est de notre responsabilité de soutenir les imprimeries françaises en étant attentifs à la provenance des livres que nous achetons.
Et pour un complément d’informations, voici le lien du site du Syndicat de la Libraire Française.