đŸŽ„â„ïžTradition littĂ©raire de NoĂ«l : Dickens et les histoires de fantĂŽmes

Il Ă©tait un peu le monsieur Loyal des fĂȘtes de fin d’annĂ©e en Angleterre : Dickens adorait NoĂ«l ! A tel point que l’auteur britannique a consacrĂ© Ă  NoĂ«l plusieurs de ses histoires. La plupart Ă©taient des contes, et le plus cĂ©lĂšbre est bien sĂ»r Un Chant de NoĂ«l. Si vous n’avez jamais lu le livre, vous savez peut-ĂȘtre quand mĂȘme que le personnage principal, le mĂ©chant Scrooge, est visitĂ©, le soir du rĂ©veillon de NoĂ«l, par trois esprits fantomatiques. L’histoire peut sembler faire froid dans le dos. Et c’est bien normal puisqu’elle appartient Ă  une tradition littĂ©raire de NoĂ«l propre aux Anglais : les histoires de fantĂŽmes ! Je sais que ça peut sembler un peu fou, mais en effet les britanniques avaient autrefois l’habitude de se raconter des histoires de fantĂŽmes pour la veillĂ©e de NoĂ«l.

  • Mais au fait, d’oĂč vient cette tradition des histoires de fantĂŽmes la veille de NoĂ«l ?

D’aprĂšs le magazine du musĂ©e Smithsonian, cette tradition n’est pas propre aux pays anglo-saxons, bien qu’elle ait survĂ©cu principalement en Grande-Bretagne. Et il ne s’agit pas d’une tradition liĂ©e Ă  NoĂ«l, mais tout simplement au solstice d’hiver. Durant la nuit la plus longue de l’annĂ©e, beaucoup de culture paĂŻennes pensaient que les esprits couraient librement. Cette nuit longue et froide, Ă  une Ă©poque oĂč l’Ă©lectricitĂ© n’existait pas encore, encourageait les gens Ă  se rassembler tous ensemble. Et il Ă©tait courant d’en profiter pour demander Ă  un conteur de distraire l’assemblĂ©e.

Les mythes, folklores, lĂ©gendes et peurs primitives du noir et de l’inconnu ont fait le reste. Et les histoires ont donc eu tendance Ă  prendre un tour plutĂŽt dramatique. On disait par exemple que durant la cĂ©lĂ©bration de Yule, le voile entre le monde des morts et des vivants devenait si fin que les esprits des morts pouvaient franchir cette barriĂšre invisible et visiter les vivants. D’oĂč cette habitude d’histoires de fantĂŽmes.

Lorsque Charles Dickens publie Un Chant de NoĂ«l, en 1863, NoĂ«l n’est plus une fĂȘte trĂšs populaire. en Grande-Bretagne, ce n’est mĂȘme plus une fĂȘte du tout. A cause de la rĂ©volution industrielle et des lois qui rĂ©gissent le monde du travail, la majoritĂ© des gens travaillent le 25 dĂ©cembre. Et seules les riches familles aristocrates suivent la mode lancĂ©e par la famille royale, qui consiste Ă  cĂ©lĂ©brer NoĂ«l. Le succĂšs d’Un Chant de NoĂ«l, une histoire qui rappelle les valeurs de gĂ©nĂ©rositĂ© et de bienveillance liĂ©es Ă  NoĂ«l, a permis de remettre NoĂ«l Ă  la mode en Angleterre. Et puisqu’Un Chant de NoĂ«l est justement une histoire de fantĂŽmes, cette tradition est dĂ©sormais plutĂŽt associĂ©e Ă  la Grande-Bretagne, alors que d’autres pays, notamment l’Allemagne et les pays nordiques la connaissaient aussi.

De nos jours, Halloween est LA fĂȘte qui accapare les histoires effrayantes. Mais il y a un dĂ©tail Ă  rappeler : les histoires de fantĂŽmes de NoĂ«l avaient moins vocation de faire peur que de rassembler. De rappeler l’importance de se serrer les coudes pour affronter les dangers et les vicissitudes de la vie. Ce n’Ă©taient pas de pures histoires de divertissement ; elles offraient aussi une leçon Ă  leur maniĂšre.

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Alors pour rendre hommage à Dickens et son fameux Chant de Noël rempli de fantÎmes, je vous propose un thÚme de lecture autour de cette oeuvre formidable.

  • Et si on (re)lisait Un Chant de NoĂ«l, de Dickens ?

En premier lieu, mon conseil est Ă©videmment de lire Un Chant de NoĂ«l. J’ai lu le livre en version originale, mais vous le trouverez trĂšs facilement disponible en version française et en format poche. Si vous ĂȘtes d’un naturel curieux et/ou fan de NoĂ«l, sachez qu’il existe des Ă©ditions oĂč Un Chant de NoĂ«l est tout seul. Et d’autres Ă©ditions complĂštes des contes de NoĂ«l de Charles Dickens. Le Chant de NoĂ«l s’accompagne alors de plusieurs autres histoires. Je ne les ai pas lu, mais je tiens de source sĂ»re (ma mĂšre !) que les contes sont sympas Ă  lire. Il faut quand mĂȘme souligner qu’ils ne sont pas tous aussi intĂ©ressants qu’Un Chant de NoĂ«l.

Si vous avez envie d’en apprendre plus sur l’art de cĂ©lĂ©brer NoĂ«l Ă  la façon de Charles Dickens, n’hĂ©sitez pas Ă  consulter mon article dĂ©taillĂ©. Ce sera l’occasion d’en apprendre plus sur les fĂȘtes de NoĂ«l Ă  l’Ă©poque victorienne. En effet, c’est vraiment Ă  ce moment-lĂ  que les fĂȘtes de NoĂ«l ont commencĂ© Ă  se dĂ©mocratiser, en grande partie sous l’influence du prince Albert, l’Ă©poux germanique de la reine Victoria. C’est lui qui a fait dĂ©couvrir la tradition des sapins de NoĂ«l aux britanniques, et d’autres choses dont ils sont devenus fans. Il faut toutefois nuancer : Ă  ma connaissance, ce n’est pas au prince Albert qu’on doit la tradition des pulls moches !

Dickens

  • Voyage Ă  Londres : venez dĂ©couvrir le musĂ©e Dickens

N’hĂ©sitez pas non plus Ă  visiter virtuellement le musĂ©e Dickens en lisant mon article. Je l’ai visitĂ© en dĂ©cembre, et la belle surprise, c’est que la maison est rĂ©ellement dĂ©corĂ©e pour NoĂ«l. Il y avait un sapin avec des guirlandes et autres dĂ©corations. Sur la table de la salle Ă  manger, la belle vaisselle Ă©tait sortie, avec des dĂ©corations de NoĂ«l sur la table. Et cette ambiance festive largement participĂ© au plaisir de ma visite !

MĂȘme sans les dĂ©corations de NoĂ«l, le musĂ©e Dickens est vraiment Ă  voir si vous allez Ă  Londres. D’abord parce que c’est une maison typique de la pĂ©riode victorienne. On retrouve l’agencement des piĂšces de l’Ă©poque, le beau mobilier, et la façon dont on vivait Ă  l’Ă©poque dans ces maisons aisĂ©es.

Ensuite, on se sent vraiment partir sur les traces de Charles Dickens. La petite trouvaille qui fait mouche, c’est que rĂ©guliĂšrement sa silhouette est peinte sur les murs, dans un couloir, sur le mur de l’escalier pour nous inviter Ă  monter Ă  l’Ă©tage… On sent en quelque sorte sa prĂ©sence. Or, Dickens a rĂ©ellement Ă©crit plusieurs de ses histoires dans cette maison. C’est donc une atmosphĂšre trĂšs particuliĂšre, et on n’a pas toujours le plaisir de ressentir quelque chose d’aussi profond quand on visite une maison d’Ă©crivain.

  • L’adaptation la plus folle d’Un Chant de NoĂ«l

Un Chant de NoĂ«l a fait l’objet de nombreuses adaptations. Et d’ailleurs, certaines sont vraiment excellentes. Il y a bien sĂ»r la version avec Jim Carrey, qui mĂ©lange la captation live avec les effets spĂ©ciaux gĂ©nĂ©rĂ©s par ordinateurs. Mais personnellement, j’ai un Ă©norme faible pour l’Ă©pisode spĂ©cial de NoĂ«l de la sĂ©rie de la BBC, Doctor Who. Cet Ă©pisode s’intitule Le FantĂŽme des NoĂ«ls passĂ©s, et c’est une pĂ©pite ! Globalement, il reprend bien l’histoire de base du Chant de NoĂ«l… mais en y ajoutant Ă©videmment la patte Doctor Who. Ainsi, le docteur se fiance par mĂ©garde avec Marilyn Monroe, et une chanteuse cryogĂ©nisĂ©e fait fuir des requins de l’espace. Mais Ă  part ça, vraiment, tout est fidĂšle au livre !

Cette adaptation est fun, Ă©mouvante, poĂ©tique, surprenante, et elle plaira autant aux grands qu’aux petits. Alors si vous avez l’occasion de la visionner, n’hĂ©sitez pas : vous passerez un trĂšs bon moment. Et je pense que ça risque de vous donner envie de lire Un Chant de NoĂ«l.

(spoiler : ni Marilyn Monroe ni les requins n’apparaissent dans le livre, dĂ©solĂ©e !)

  • L’idĂ©e lecture dĂ©lirante : Batman NoĂ«l

L’annĂ©e derniĂšre, le tome le plus surprenant parmi les nouvelles parutions de Batman fut sans nul doute Batman NoĂ«l. Le dessinateur Lee Bermejo a eu une idĂ©e aussi gĂ©niale qu’improbable : imaginer une rĂ©criture d’Un Chant de NoĂ«l, mais avec Batman comme personnage principal !

Cette fois, exit le mĂ©chant Scrooge, c’est Batman qui est visitĂ© par les esprit fantomatiques de NoĂ«l. L’occasion de faire une petite mise au point du cĂŽtĂ© du coeur de la chauve-souris la plus cĂ©lĂšbre de la pop-culture mondiale. A priori, l’exercice narratif ne prĂ©sente pas grand intĂ©rĂȘt. D’autant que Lee Bermejo est un dessinateur, pas un scĂ©nariste. En fait, il a eu une formidable intuition, et le mĂ©lange des deux histoires fait des merveilles.

En premier lieu, l’idĂ©e de questionner le personnage et son rapport aux autres en lui faisant « voir des fantĂŽmes » colle bien avec la mythologie Batman. Sans trop vous en dĂ©voiler, sachez d’ailleurs que Superman en personne fait une apparition pour le moins inspirante.

Ensuite, j’ai trouvĂ© que c’Ă©tait un trĂšs bel hommage rendu au talent de conteur de Dickens, et Ă  l’influence dĂ©cisive de la littĂ©rature britannique sur la crĂ©ation de Batman, qui doit beaucoup au roman gothique, entre autres sources d’inspiration. L’histoire de Dickens n’a pas pris une ride. Et on peut la dĂ©cliner avec presque n’importe quel personnage malheureux : le rĂ©cit tient toujours. Et il tend un miroir rĂ©vĂ©lateur Ă  un personnage qui a toujours autant de choses Ă  dire sur la souffrance humaine et la solitude.

C’est tout pour ce thĂšme de lecture autour de Dickens ! Je sais qu’en cette soirĂ©e spĂ©ciale, tout le monde n’a pas forcĂ©ment la chance d’ĂȘtre entourĂ© de ses proches. Mais que vous cĂ©lĂ©briez NoĂ«l ou pas, que vous soyez seul ou avec d’autres personnes, les livres continuent de tisser du lien entre les ĂȘtres humains, prĂ©sents et passĂ©s. A travers le temps et l’espace, ils nous rassemblent toutes et tous dans une formidable communautĂ© de coeur. Ils cultivent les valeurs un peu dĂ©suĂštes de partage et de bienveillance, dont je crois que nous avons cruellement besoin en ce moment.

Je vous souhaite de passer une belle soirée de réveillon de Noël.

Emilie – Alivreouvert

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