Nellie Bly, dans l’antre de la folie

Aujourd’hui, je vous parle d’une BD qui vient de paraître chez Glénat : Nellie Bly, dans l’antre de la folie. L’autrice et la dessinatrice nous racontent l’histoire vraie de Nellie Bly, une des pionnières du journalisme d’investigation aux Etats-Unis. Non contente d’avoir battu le record de Jules Verne en bouclant le tour du monde en moins de 80 jours, elle a surtout publié un article accablant sur les conditions d’internement des femmes à New-York à la fin du XIXe siècle. Prétendant être folle, elle parvient à se faire interner pendant 10 jours. Elle ressort avec un témoignage poignant qui va profondément changer la vision de la société américaine sur la maladie mentale. Et aussi prouver que les femmes aussi peuvent faire de bons journalistes.

Nous sommes en 1887, et personne ne sait vraiment ce qu’il se passe dans l’asile de Blackwell. On y enferme des femmes folles. Mais le sont-elles toutes vraiment ? Et dans quelles conditions sont-elles enfermées ? Est-ce qu’on les soigne au moins ? Nellie Bly est une jeune journaliste, mais elle compte bien faire entendre sa voix… et celles de toutes les femmes condamnées par la société au silence et à l’invisibilité. La journaliste change de nom, trouve une pension de famille, et commence à adopter un comportement étrange. Rapidement, sa logeuse la prend pour une folle et la fait conduire auprès d’un juge. Le jugement est sommaire : cette femme est folle. Elle doit être enfermée. Là commence une descente aux enfers. La journaliste découvre un monde inimaginable où les femmes sont condamnées d’avance. Elles subissent des mauvais traitements par les infirmières, sont ignorées par les médecins, et n’ont aucune échappatoire. Nellie écoute les histoires de ces femmes réduites à l’impuissance, oubliées de leurs familles et de la société. Mais elle est bien décidée à leur rendre leur dignité et à faire en sorte que l’opinion publique ne puisse pas détourner le regard devant la souffrance cruelle infligée à ces femmes vulnérables.

« Femmes vulnérables » est une expression intéressante. Presque un pléonasme. Une femme peut-elle être autre chose que vulnérable dans une société qui s’attache systématiquement à la priver de ses droits et des opportunités qui devraient être les siennes. Nellie Bly elle-même n’a pas été épargnée par la société américaine de l’époque. Et ce n’est que grâce à sa ténacité qu’elle a pu enfin devenir journaliste.

Nellie Bly, dans l’antre de la folie est une bande dessinée. Grâce à ce format ludique, on pénètre rapidement et facilement dans une histoire dense, mais jamais indigeste. Virginie Ollagnier-Jouvray et Carole Maurel, qui ont écrit et dessiné cet album, ont fait un travail remarquable. C’est passionnant, émouvant et intéressant à chaque page. Elles donnent à voir la réalité de l’internement pour saisir les enjeux autour de ce qui n’est rien d’autre qu’une incarcération des femmes. Des femmes dont on se débarrasse parce qu’on les juge encombrantes. Des bouches à nourrir qui n’ont plus d’utilité dans les familles. Des femmes dont la vulnérabilité financière s’ajoute à leur sexe, comme deux critères de condamnation. Elles ne sont pas folles. Mais elles pourraient aussi bien l’être car de toute manière ça n’a aucune importance pour l’institution de Blackwell. Cet « asile » n’est pas un lieu médical ; c’est une voie sans issue pour les femmes dont personne ne veut.

Cet aspect de l’histoire est déjà très intéressant en lui-même, mais la BD se focalise aussi sur l’histoire de Nellie. Comment cette femmes est-elle devenue reporter ? Quels ont été les obstacles sur sa route ? D’où vient son engagement en faveur des femmes ? Ces aspects biographiques sont tous abordés lors de flashbacks traités avec beaucoup d’élégance. On en apprend plus sur le passé de Nellie Bly. Comment elle est devenue journaliste. Combien de portes lui ont été fermées. De quelle façon ce reportage a fait entrer sa carrière dans une autre dimension. Et surtout quels effets il a eu par la suite. A une époque où les rédacteurs en chef ne voulaient pas engager de femmes car ils les pensaient pas assez qualifiées et trop faibles, Nellie Bly a déjoué tous les pronostics avec courage et intelligence. Mais ce parcours ne fut pas facile pour autant pour elle.

Cet album donne à voir une femme inspirante. Même si le sujet est difficile, rien dans l’histoire ou dans le style des dessins n’est jamais glauque. C’est une BD à faire lire au plus grand nombre. Une histoire qui ressemble à un roman, sauf que tout est vrai. Une lecture indispensable en fait !

P.S : si vous êtes intéressés, sachez que le reportage de Nellie Bly est encore édité de nos jours. Et il est disponible en français. Vous le trouverez sous le titre 10 jours dans un asile. Le livre est édité en poche chez Points. Son autre reportage le plus célèbre, Le Tour du monde en 72 jours, est aussi disponible en édition française chez Points. Bonne lecture !

Publié dans: B.D

2 réflexions sur “Nellie Bly, dans l’antre de la folie

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