Les 5 étapes du deuil quand vous perdez un de vos personnages préférés

deuilJ’y repensais l’autre jour, tandis que je rangeais des livres dans ma bibliothèque, effleurant de mes blanches mains les sept tomes des aventures de Harry Potter : parfois, quand un personnage meurt, c’est terrible de faire son deuil. Si vous avez lu cette formidable saga, vous vous souvenez certainement qu’au fil des tomes, nous perdons plusieurs personnages auxquels nous nous étions attachés. A titre personnel, le coup le plus rude pendant mes années de lecture fut porté à la fin du tome cinq, L’Ordre du Phénix, avec le décès subit de mon personnage secondaire favori Sirius Black.

En tant que lecteur, nous passons des heures en compagnie des personnages des romans. Nous apprenons à les connaître, à les comprendre et nous nous attachons à eux presque de la même manière que nous pourrions nous attacher à des personnes réelles. La joie de terminer un livre est parfois nuancée par la soudaine nostalgie de quitter ces personnages que nous sommes venus à aimer. Mais cette nostalgie est rendue plus légère par la possibilité de rouvrir le livre quand l’envie nous prendra. En revanche, qu’arrive-t-il quand il arrive quelque chose à votre personnage préféré ? Quand l’auteur a décidé d’en finir avec lui ou elle ? La perte, parfois très violente, est dure à surmonter et l’on passe généralement par cinq phases de deuil.

Relire le passage

La première réaction est souvent la surprise. Lorsque Sirius est tombé derrière le voile, je me suis dit que j’avais peut-être lu trop vite et mal compris. Mais non, la relecture m’a confirmé que j’avais effectivement lu sa mort. Je suis repassée sur les lignes en espérant qu’elles pourraient subitement se récrire, malheureusement J.K. Rowling en avait décidé autrement. Le brio de cet auteur est d’ailleurs de se débarrasser de ses personnages avec une rapidité déconcertante : en une phrase, c’est réglé ! On se souvient encore de la perte éclair d’Edwige au tout début du dernier tome !

La prise de conscience et l’effroi

Finalement, votre cerveau de lecteur commence à analyser ce qu’il a lu et à prendre conscience que vous ne vous êtes pas trompé : le personnage est bien mort et il n’y a plus rien à faire. On a tout d’un coup mal au ventre en réalisant que c’est bien arrivé. Outre le choc de la perte, on prend soudain conscience qu’il va falloir continuer la lecture du livre sans lui. Dans mon cas personnel, j’ai survécu à mon personnage fétiche pendant deux tomes… mais dans quel état ! D’autant qu’avant la fin, il y a eu encore d’autres personnages qui sont tombés.

L’espoir

La troisième étape du deuil d’un personnage de fiction est peut-être la pire, la plus cruelle, la plus sadique de la part d’un auteur. Car même si dans l’esprit de l’auteur, il n’y a pas d’ambiguïté et que le personnage est bien mort, nous autres, lecteurs, avons tendance à penser que tout est possible dans la fiction, ce qui implique une éventuelle résurrection du personnage. En toute honnêteté, je faisais partie des lecteurs crédules qui ont continué d’espérer jusqu’au dernier tome que Sirius allait revenir de derrière le voile. En vain.

La fiction étant par définition un espace dans lequel même l’impensable peut se produire, les auteurs ont l’habitude de jouer avec la vie de leurs personnages pour mieux créer le suspens. Ils inventent parfois des résurrections plus ou moins crédibles, comme Tolkien dans Le Seigneur des anneaux qui nous ramène Gandalf d’entre les morts parce que c’est l’un des seuls personnages capables de combatte Soron et que les autres ont bien besoin de lui !

La colère

Au bout d’un moment, on doit bien se rendre à l’évidence : le personnage ne revient pas. Terrible réalité, frustration du lecteur qui a continué à se cramponner à son espoir et qui est maintenant déçu. On se sent un peu trahi par l’auteur qui s’est permis de nous priver de notre plaisir en nous arrachant notre personnage. Et on se sent aussi démuni tant notre rôle passif de lecteur nous empêche d’avoir un quelconque pouvoir sur la destinée de nos personnages aimés.

Cependant, il est arrivé que les lecteurs en colère à la suite du décès de leur personnage favori réussissent à faire changer d’avis l’auteur. En fait, ce n’est arrivé qu’une seule fois à ma connaissance dans l’histoire de la littérature : Arthur Conan Doyle, qui en avait assez du succès de Sherlock Holmes, a eu envie de se séparer de son personnage pour voguer vers d’autres écritures. Il pense alors à une solution radicale et écrit Le Dernier Problème, une histoire qui se conclut par la mort de Sherlock Holmes. Tollé général chez les lecteurs : les londoniens sortent dans la rue avec des brassards noirs en signe de deuil, des lecteurs du monde entier envoient des lettres de colère à l’auteur, et les éditeurs ne savent plus quel argument utiliser pour convaincre Conan Doyle de revenir sur sa décision. Il faudra quelques années, mais finalement le génial auteur écossais cèdera : il fait revenir à la vie son personnage en inventant une histoire à peine croyable. Mais qu’importe, notre cher personnage est revenu à la vie. Moralité : en fiction, les miracles existent !

Et finalement, ne jamais s’en remettre…

Pour un Sherlock Holmes sauvé, il faut reconnaître que la fausse commune de la littérature mondiale s’est tout de même bien remplie au fil des siècles. Le roman est un fossoyeur qui brise ses personnages en même temps que ses lecteurs, abandonnant les premiers dans les limbes et laissant les seconds dans un désarroi émotionnel insoutenable. J’ai encore du mal à pardonner à J.K. Rowling d’avoir tué Sirius. Mon seul réconfort, c’est qu’elle-même ne s’en est pas remise ; elle a souvent admis en interview que ce décès précis avait été l’une des scènes les plus dures à écrire dans l’ensemble de la saga.

Je m’interroge sur la nature des relations que nous tissons avec nos personnages préférés. Dès lors que nous les laissons exister au point de nous attacher vraiment à eux, pouvons-nous dire qu’ils existent pour de vrais ? Est-ce que ce n’est pas cette relation privilégiée que le lecteur tisse avec ces créations de l’esprit qui leur donne justement toute leur valeur ? L’auteur ne serait-il pas relégué au rang de spectateur ? En repensant à tous les personnages de fiction que j’ai connus et auxquels je me suis attachée au fil des années, j’en arrive à la conclusion que le rôle du lecteur n’est pas si passif que ça, que notre regard et notre tendresse constituent l’insémination artificielle qui rend possible la vie de ses personnages. Et ce n’est pas un hasard si certains d’entre eux, comme Sherlock Holmes, restent à ce point présent dans le cœur du public, bien des années (des siècles même !) après que leur aventures aient arrêté d’être écrites.

3 réflexions sur “Les 5 étapes du deuil quand vous perdez un de vos personnages préférés

  1. dominique dit :

    Je n’ai moi-même jamais pardonné à Dumas d’avoir fait mourrir Athos, de même pour Hugo qui fait pèrir Gavroche sur les bariquades. Merci pour ton blog toujours agréable à lire.

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  2. Allooo dit :

    Je tombe sur cet article après qu’un de mes personnages préfères soit mort dans l trilogie du siècle de Ken Follet. Mon dieu, je n’ai jamais été autant en colère dans mes lectures. Je suis littéralement à anéantie depuis un mois.. Je me disais que ce ńetait pas normal, mais merci pour cet article!

    J’ai écrit à l’auteur, parce que contrairement à J.K.Rowling, il n’a pas expliqué son choix. J’espere qu’il me répondra 🙂

    Merci en tout cas, je me sens moins seule et moins … folle 😀

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