Un Roman français, de Frédéric Beigbeder

romanJe n’avais rien lu de Frédéric Beigbeder jusqu’à ce livre. Pourquoi ? Le personnage médiatique m’agaçait. Trop poseur, trop pressé d’être à la mode, d’avoir l’air intello tout en refusant cette étiquette, trop d’effort pour se démarquer, passer à la télé et faire parler de lui à tout prix. J’avais lu des quatrièmes de couvertures de certains de ces livres, mais il me semblait toujours que l’histoire versait dans le sensationnalisme. Et je n’apprécie pas du tout ce style. Pour moi, un auteur a le droit d’être impertinent dans la forme à condition qu’il soit pertinent sur le fond.

Lorsque ce livre, Un Roman français, a été publié, j’ai faille me dire à moi-même : encore un autre avec tout le battage médiatique qui va avec la sortie d’un nouveau Beigbeder. Sauf que cette fois là, les avis n’étaient pas comme d’habitude, les journalistes ne mettaient pas les mêmes arguments en avant pour vanter les mérites du roman. Et ça m’a interloqué. En interview, Beigbeder lui-même jouait la carte de la vérité, d’une certaine pudeur à peine teinté de cynisme. Du coup, je me suis dit cet été que si je devais rentrer dans l’œuvre de Beigbeder, c’est cette porte que je choisirais. Et je crois que j’ai bien fait.

Ce roman n’en est pas vraiment un, mais je ne veux pas parler de récit autobiographique car il y a tout de même une vraie construction de romancier : tous les détails ne nous sont pas livrés, et il s’agit d’un projet d’écriture peut-être plus que d’un travail de mémoire.

Ce livre commence par une arrestation qui mène tout droit notre auteur en garde à vue. Expérience troublante pour ce type un peu pathétique qui se dit qu’il ne fait pas de mal à la société, en sniffant de la cocaïne sur le capot d’une belle voiture. Loin du panache d’un héros qui se pose contre l’ordre, Beigbeder a bien conscience de la situation un peu médiocre dans laquelle il se trouve. Lui, le people, se retrouve enfermé, loin des lumières des clubs branchés. Le corps est incarcéré ; l’esprit aussi. Et puisque le temps est suspendu, l’auteur fait travailler sa mémoire et repart dans ses souvenirs d’enfance, le fil conducteur étant sans doute la relation qu’il entretient avec son frère.

Je ne vais pas tout vous dévoiler de ce livre, mais disons juste que la trame narrative alterne entre deux temporalités : l’expérience de la garde à vue et celle du travail de mémoire. En cherchant à se repasser sa vie d’enfant puis d’ado, Beigbeder ne cherche pas à entamer un travail pseudo-psychologique qui pourrait légitimer son actuel recours à la drogue. Il essaye plutôt de combler ce qu’il croît être un vide dans son esprit.

Le portrait qui se dessine au fur et à mesure est tantôt touchant, tantôt cruel. Au fil des souvenirs, on découvre un jeune homme perclus de complexes, à la recherche d’un certain équilibre dans sa vie qu’il n’a jamais trouvé. Dans la prison, on comprend mieux l’ambiguïté d’un homme qui ne se sent pas en sécurité, quelle que puisse être sa célébrité ou sa réussite.

Il se révèle donc touchant et plus profond que son image médiatique ne le laisserait penser. Toutefois, si j’ai beaucoup aimé ce livre, je maintiens tout de même qu’il y a quelque chose d’agaçant dans la façon de Beigbeder se pose en défenseur de la veuve et de l’orphelin. Il est bien difficile de prendre le temps de mettre en relation le petit garçon esseulé avec l’adulte qui s’agite en face des caméras. Il reste donc une dichotomie irrésolue entre ces deux facettes de sa personnalité.

A l’occasion, je ferais preuve de curiosité et je lirais un autre de ses livres. Car celui-ci m’a donné envie d’en lire plus. Il est une belle évocation de la famille en même temps qu’un portrait intéressant d’écrivain. Les meilleurs passages sont indéniablement ceux où m’écriture parvient à dépouiller le personnage médiatique pour ne laisser paraître que la vérité d’un homme devenu écrivain.

2 réflexions sur “Un Roman français, de Frédéric Beigbeder

  1. Dorothée dit :

    J’avais beaucoup aimer ce livre, alors que 99 francs m’avait déçu (ça partait bien, l’intrigue était intelligente et satirique à souhait mais la fin est complètement irréaliste et délirante). merci pour cette chronique, où je retrouve mon propre ressenti.

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