Contre l’augmentation de la TVA sur les livres !

Les lecteurs de beaux romans n’ont peut-être pas bien écouté la presse ces derniers temps, pourtant une annonce faite par le Premier ministre lundi 21 novembre va grandement les intéresser. Pour ceux qui sont déjà un peu informés, je veux bien sûr parler de la hausse de la TVA sur les livres.

Dès le 1e janvier 2012, la TVA sur les livres passera de 5,5% à 7%. Petit rappel : la TVA à 5,5% était censée permettre un « prix réduit » sur les livres. Une expression d’ores et déjà obsolète.

Je ne pensais pas faire de post sur ce sujet au début, puis je me suis dit que c’était justement en parlant le plus possible de cette nouvelle autour de moi que j’aurais le plus de chances de sensibiliser l’opinion publique à ce problème. Car si le gouvernement espère gagner 1,8 milliard d’euros en augmentant le « prix réduit », cette mesure pourrait bien avoir des répercussions considérables sur toute une filière déjà en péril.

Augmentation dès le 1e janvier 2012

Cette augmentation de la TVA aura lieu dès le 1e Janvier 2012… Donc : faites vos réserves dès maintenant ! Elle touchera apparemment toutes les branches du livre, brochés et livres de poche cumulés. Comment se traduira-t-elle ? Bonne question, et pour l’instant il y a fort à parier que ce seront les consommateurs qui paieront la note. En effet, les éditeurs n’ont pas les moyens d’absorber cette augmentation à eux seuls. Quant aux distributeurs, c’est toujours la même disparité : les grandes chaînes peuvent avoir les moyens de faire des efforts, mais les petits libraires de quartier ne pourront pas s’aligner sur des tarifs préférentiels.

Une augmentation du prix des livres ne serait pas une nouveauté de toute manière. Le Centre National du Livre révèle, dans sa dernière étude annuelle de mars, qu’en 2010 le prix des livres (toutes catégories confondues) a déjà augmenté de 1,2% par rapport à l’année précédente. La plus forte hausse concernait les livres pour la jeunesse et  les ouvrages pratiques avec + 1,7% ; or ce sont ces familles de livres qui sont les plus porteuses en terme de vente.

Fragiliser un système économique

La première évidence que tous les acteurs de la filière du livre ont pointé du doigt, c’est bien sûr que cette mesure va fragiliser des professionnels déjà durement secoués par les récentes évolutions du marché du livre. Ce secteur a du mal à faire face à la crise économique : le secteur de la culture est sacrifié étant donné que les ménages font davantage attention à leur budget.

Les libraires en particulier auront du mal à se relever de cette augmentation. Ils sont déjà en concurrence avec les grandes chaînes de distribution et la vente sur Internet, ce qui a durement entamé leur chiffre d’affaire ainsi que leur relation avec le grand public. Désormais, les acheteurs ont tendance à privilégier l’achat sur le web car ils pensent payer les livres moins chers sur la toile, sans compter qu’ils ont à leur disposition une sélection plus large de titres et qu’ils peuvent se fair elivrer chez eux sans même avoir à se déplacer nulle part.

L’étude du Centre National du Livre sur les chiffres clef de l’édition, publiée en mars dernier, révèle qu’en 2010 les ventes au détail ont chuté de 1,5%. Ce chiffre n’a peut-être l’air de rien, mais rappelons que le secteur de l’édition n’est déjà pas un marché très serein.

Et les consommateurs ?

La même étude du Centre National du Livre révèle qu’en 2009, 52,2% des français ont acheté au moins un livre dans l’année. Ce chiffre n’est pas négligeable. Les lecteurs ne sont pas aussi minoritaires qu’ont pourrait le croire, même s’il faut bien souligner que parmi ce nombre, seuls 26,5% des français ont acheté au moins cinq livres dans l’année. Cette frange de la population, qui correspond aux lecteurs les plus actifs et donc aux consommateurs de livres les plus assidus, est directement concernée par la réforme. Ce sont ces acheteurs qui seront les plus soumis au changement de prix.

En particulier, les étudiants en Lettres seront très exposés à cette réforme. Je me souviens de mes années d’université en Lettres Modernes. En contant les livres que je devais aussi acheter pour mes options de LLCE anglais (des livres importés et donc encore plus chers), j’achetais environ quinze livres par semestre, soit une trentaine de livres par an. La plupart du temps, il s’agissait d’éditions de poche, c’est-à-dire des livres peu chers mais plus difficiles à revendre. A la fin de l’année, je faisais la queue chez Gibert Joseph, pour m’entendre dire au final que mes livres me seraient repris une poignée de noisettes !

Il faut savoir qu’en France, les étudiants des cycles supérieurs ne bénéficient pas de remboursement sur la TVA des livres. Or, pour les étudiants boursiers, une augmentation du prix des livres serait encore plus contraignantes.

Le salut dans les bibliothèques ?

Dans ces conditions, la seule arme qui reste entre les mains des différents ministres concernés (budget, éducation et culture dans le désordre) c’est la carte jocker des bibliothèques municipales et universitaires. Car ces temples culturels sont toujours là, malgré tout : malgré les coupes budgétaires, malgré les crises économiques, malgré les livres numériques… Mais pour combien de temps encore ?

En France, le public reste traditionnellement attaché aux bibliothèques. D’année en année, on note même une augmentation du nombre de prêts. En 2008, les prêts dans les bibliothèques municipales ont augmenté de 3,2%, tandis que les prêts en bibliothèques universitaires ont progressé de 18,9%. Si on considère, comme je l’ai dit précédemment, que les étudiants sont particulièrement exposés aux changements de prix des livres, on comprend aisément leur besoin de se reporter sur les BU.

D’une manière générale, on peut se demander si cette augmentation déjà constatée ne correspond pas également aux augmentations du prix du livre ces dernières années. Les publics les plus humbles ont déjà choisi de ce tourner vers les bibliothèques. Mais les bibliothèques peuvent-elles absorber ce surcroît d’activités ? Et quid des populations rurales qui n’ont pas accès à une bibliotèque ? Quelle assurance ont les étudiants que les coupes dans les budgets universitaires ne vont pas limiter les capacités des BU ? Les bibliothèques seront-elles contraintes d’augmenter le prix de leurs abonnements pour satisfaire la demande grandissante ?

Autant de questions auxquelles personne ne répond pour l’instant. Car si la filière du livre s’indigne en parlant des libraires indépendants, des maisons d’éditions et des auteurs, personne ne prend encore assez en considération les droits du lecteurs. Le modèle culturel français s’est construit sur l’idée que l’accès à la culture devait être libre pour tous les citoyens. Or, cet accès est de plus en plus limité pour les revenus les plus modestes : le prix des livres ne cesse d’augmenter, le prix d’entrée dans les musées et les centres d’exposition demeure élevé, le prix des places de cinéma augmente également… Autant de facteurs inquiétants pour l’avenir culturel d’un pays qui semble se détourner de ses idéaux humanistes.

Pour tous ceux qui souhaitent réagir, sachez que des pétitions circulent déjà sur Internet.

Les chiffres exposés dans cet article proviennent d’une étude publiée par le Centre National du Livre. L’étude est accessible dans son intégralité http://www.centrenationaldulivre.fr/IMG/pdf/Chiffres-cles_2009-2010.pdf.

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