Kayro Jacobi, juste avant l’oubli, de Paula Jacques

Pour une fois que je fais la critique d’un roman français, je suis désolée de devoir annoncer que le texte ne sera pas élogieux ! Avec un an de retard par rapport à tous les autres lecteurs assidus, j’ai récemment ouvert les pages du roman de Paula Jacques : Kayro Jacobi, juste avant l’oubli.

Sans mauvais jeu de mots, ce roman est « oubliable ». J’en avais entendu beaucoup de bien en mai 2010 lorsqu’il était sorti : les critiques étaient très flatteuses (ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille !) et la quatrième de couverture était séduisante. Après lecture, il apparaît effectivement que l’idée de départ est bonne, mais l’écriture m’a gâché tout le plaisir.

L’histoire est celle de Kayro Jacobi, producteur-scénariste-réalisateur de films égyptien et juif. Son entreprise florissante et sa vie bourgeoise se passent à réaliser des films inspirés des succès de Charlie Chaplin, jusqu’au jour où les tensions antisémites commencent à remonter à la surface en Égypte. Kayro se retrouve alors confronté à la haine des autres et à la violence d’une société en train de changer.

Mais le roman ne se contente pas d’une simple narration linéaire. Il alterne la narration classique avec des épisodes de « reportages ». On comprend en fait qu’il s’agit d’une sorte de docu-fiction : le livre est l’histoire d’une femme qui part à la rencontre de personnes ayant connu Kayro (sa veuve, ses soeurs, son ancien assistant, son actrice fétiche…) afin d’en savoir plus sur lui et sur sa mort mystérieuse.

C’est la seule bonne idée du livre. Car on ne sait pas bien si on a à faire à un personnage qui a réellement existé ou bien si nous sommes définitivement dans la fiction. Ce flottement volontaire nous permet de créer notre propre univers tout en fantasmant ce personnage de papier, jetté dans les âffres de la grande Histoire.

Pour autant, deux points noirs viennent handicaper le roman : l’écriture et la construction du personnage principal. Pour commencer en douceur, je vais parler du personnage principal, ce fameux Kayro Jacobi. Il m’a beaucoup fait penser au Frédéric de l’Éducation sentimentale. Et ce n’est pas un compliment ! La psychologie est ici bâclée. L’auteur essaie de nous faire croire que nous avons à faire à une sorte de héros, mais ses tergiversations incessantes, son manque de relief et sa naïveté rendent impossible toute forme de compassion ou d’empathie à son égard.

En fait, je me suis rendue compte en terminant ma lecture, que les personnages secondaires m’avaient laissé une bien meilleure impression que Kayro. Le beau-père, la mère, les deux soeurs surtout… plus quelques personnages caricaturaux mais sympathiques (comme la gardienne de prison). Ces personnages, auxquels l’auteur a infligé un traitement plus spontané et moins maniéré, sont l’un des seuls points forts de ce roman. Ils ne peuvent certes pas justifier à eux seuls qu’on lise ce livre, mais ils ont au moins le mérite de rendre la lecture plus supportable.

En revanche, je mets un zéro pointé à l’écriture en elle-même. Je rarement lu des livres aussi mal écrits que celui-ci. La construction des phrases est parfois complètement fantaisiste – et là encore, pas dans le bon sens du terme ! Certains passages tentent de retranscrire le parler des personnages, mais cela sonne creux. Le lecteur n’entend pas la voix des personnages : seulement les errances stylistiques d’un auteur qui semble avoir bâclé sa relecture. A certains moments, je n’avais qu’une envie : envoyer le livre ballader !

J’ai tout de même voulu aller jusqu’au bout de ce roman. La fin m’a tout autant déçu que le reste, et dans l’ensemble je peux dire que ce n’est pas un livre que je recommanderais à quelqu’un. Si vous avez du temps à perdre, tentez l’expérience. Oui, il y a quelques bonnes choses ; mais les faiblesses de l’ensemble sont telles que vous ne passerez pas un bon moment.

Une réflexion sur “Kayro Jacobi, juste avant l’oubli, de Paula Jacques

  1. jean paul galibert dit :

    Avez-vous lu Pseudo, le dernier roman d’Ella Balaert ? Je crois que c’est fait pour vous : un roman par mail, où trois femmes inventent une femme, Eva, dont chacune écrit les mails à tour de rôle. L’enjeu est de séduire un homme, Ulysse. Un jeu de masque fort périlleux, où l’identité elle-même est remise en question. L’écriture est somptueuse, précise, presque précieuse, et si sensuelle… C’est un peu Les liaisons dangereuses, aujourd’hui.
    Je viens de le découvrir, et je le présente en ce moment sur mon site de philosophie :
    http://jeanpaulgalibert.wordpress.com/
    A bientôt, peut-être…

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