W ou le souvenir d’enfance, de Georges Perec

Couverture W C’est l’un des très rares livres que j’ai acheté pendant un Salon du livre. Sur le stand Gallimard, il y avait des centaines d’ouvrages, à peu près autant de curieux, et pourtant je suis tombée sur ce livre. L’énorme W de la couverture a attiré mon attention, ainsi que le nom de l’auteur : Georges Perec. Dire que Perec est une des plus belles énigmes de l’histoire de la littérature française est encore en dessous de la vérité. Il mêle toujours le jeu à ses textes, et c’est surtout sa passion de la littérature que je retiens de son merveilleux roman(s) « La vie, mode d’emploi ».

Ici, le lecteur est tout autant dans le jeu, mais un jeu plus grave, plus sérieux aussi. Ce livre ovni contient en fait deux textes : un texte de fiction et un récit qui tente de se faire autobiographique. Dans le premier, l’auteur nous lance sur les traces d’une île étrange et un peu cruelle, où les habitants ne connaissent que le sport et le culte de la compétition. Une société entièrement fondée sur les mérites du corps et de ses capacités. L’esprit et la réflexion n’ont pas droit de cité, et la souffrance des athlètes nous fait vite comprendre l’autoritarisme de ce système.

Dans le deuxième texte, Perec prend la parole directement pour tenter d’écrire son histoire, son enfance. Une enfance marquée par la seconde guerre mondiale, la mort de son père et la déportation de sa mère, qui ne reviendra jamais. Cet enfant juif qui grandit dans un mensonge (on change son nom et on le baptise pour le cacher des nazis) commence alors à s’inventer des histoires pour combler les incertitudes de sa propre identité. Croisement des deux récits.

On ne ressort pas indemne de ce livre. Certains passages sont vraiment poignants, pas à cause des talents de conteur de l’écrivain, mais à cause de la sincérité et du désarroi de l’homme. Et c’est tout le processus de l’écriture qui se dévoile sous nos yeux de lecteurs : le sens de la recherche, tenter de trouver une logique là où il n’y a pas de sens, utiliser le « je » pour exister.

Juste un petit passage : « Je n’écris pas pour dire que je ne dirai rien, je n’écris pas pour dire que je n’ai rien à dire. J’écris : j’écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j’ai été un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps près de leurs corps ; j’écris parce qu’ils ont laissé en moi leur marque et que la trace en est l’écriture : leur souvenir est mort à l’écriture ; l’écriture est le souvenir de leur mort et l’affirmation de ma vie. »

L’un des meilleurs livres que j’ais jamais lu, et certainement une référence en matière d’autobiographie.

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