Le Tour du monde en 80 jours, de Jules Verne

Couverture Le Tour du monde en quatre-vingts joursQue les choses soient claires : Le Tour du monde en quatre-vingts jours est l’un des livres les plus passionnants que j’ai eu l’occasion de lire ! Non seulement il s’agit d’un incontournable de la littérature française, mais encore c’est vraiment un livre d’aventure qui emporte son lecteur aux quatre coins du monde. Et j’ai eu tellement de plaisir à suivre les pas de Phileas Fogg (un gentleman anglais dont l’extrême austérité confine à l’excentricité) et Passepartout (un valet français fraîchement engagé qui a exécuté un certain nombre de métiers dans sa vie, y compris artiste de cirque) que j’ai décidé de vous en parler ici.

L’histoire commence de façon presque banale. Un jour qu’il est à son club londonien, Phileas Fogg discute avec d’autres respectables messieurs d’un article qui vient d’être publié et qui explique qu’on peut désormais faire le tour du monde en quatre-vingts jours grâce aux nouveaux moyens de transport. Fogg pense que c’est vrai, les autres messieurs pensent que non. Ces derniers finissent par le mettre au défi de prouver son point de vue en effectuant lui-même le périple autour du monde en quatre-vingts jours, et pas un de plus. Fogg n’a d’autre choix qu’accepter pour prouver qu’il a raison, et le voyage peut commencer.

Mais Jules Verne ne peut pas se contenter d’un simple voyage d’agrément, et il greffe une seconde intrigue à son aventure. Car dans le même temps que le pari a lieu, la Banque d’Angleterre est victime d’un vol. L’inspecteur Fix de Scotland Yard, chargé de retrouver le coupable et la somme dérobée, pense aussitôt que c’est Fogg le coupable. Cet homme pour le moins excentrique, qui vit de façon si ordonnée, ne peut pas partir sur un coup de tête pour faire le tour du monde sans une bonne raison ? C’est forcément qu’il cherche à fuir l’Angleterre !

Nos deux intrigues se lancent donc dans un voyage où l’aventure et l’action seront présentes à chaque étape : on prend le bateau, le train, on voyage à dos d’éléphant, on sauve une femme sur le point de mourir… il y a même une attaque de train par une bande d’indiens ! Le dépaysement est donc total pour le lecteur ainsi transporté dans les valises de Fogg. Le roman ne manque pas d’humour ni de suspens. Et les personnages, tous si attachants, nous donnent une irrépressible envie de faire le tour du monde nous aussi.

L’ingrédient le plus essentiel de ce roman, c’est sans doute sa fascinante modernité. Bien sûr, l’avion n’existe pas encore, ni les moyens de communication modernes, mais l’esprit qui souffle sur le roman est déjà celui du XXe siècle. Il est très facile pour un lecteur moderne de se laisser emporter par cette écriture, peu préoccupée par la prouesse stylistique, mais essentiellement tournée vers l’action. La science et la technologie sont mises au cœur du récit, ce qui nous rend l’ensemble de l’aventure encore plus proche.

Enfin, et c’est peut-être ce qui me touche le plus, Jules Verne est aussi un auteur très poétique. Il ne se contente pas, comme beaucoup de littérateurs l’ont souvent dit, de nourrir ses récits avec des aspects techniques sensationnalistes pour l’époque. Et Jules Verne n’est pas à proprement parler un auteur de science fiction. Il est un romancier à part entière, capable d’une inspiration incroyable. Jusqu’au dernier moment, le suspens est intense. Et les personnages sont doués d’une humanité véritable, ce qui les rend terriblement attachants. Chacun d’eux nous renvoie à quelque chose de nous-mêmes : que nous soyons aventuriers comme Passepartout ou plus timoré comme Phileas Fogg. Et la morale de l’histoire (si on peut appeler cela une morale) est que la découverte du monde est la plus grande aventure que nous puissions vivre. Il ne s’agit pas d’un souffle romantique, mais d’une vision humaniste de notre société occidentale : notre savoir et notre curiosité ne doivent pas représenter pour nous des vérités établies, mais elles doivent au contraire nous pousser à vérifier nous-mêmes que la nature du monde est le mouvement. Cet élan vital peut nous pousser à nous dépasser et à faire des rencontres : en un mot, à vivre l’aventure de notre vie.

On ne saurait trop conseiller de lire et relire Jules Verne. Il est peut-être l’un des auteurs les plus célèbres, mais je ne suis pas certaine qu’il soit le plus lu. Et plus particulièrement, je pense aux jeunes lecteurs, ceux élevés avec Harry Potter, et qui pourraient croire, parce que leurs professeurs de français n’ont jamais pris la peine de les détromper, que le souffle épique de l’aventure ne se trouve que du côté des auteurs anglo-saxons. Les français aussi ont eu de grands moments. Et notre histoire littéraire est au moins aussi riche et passionnante que celle d’outre-manche. Jules Verne mérite d’être lu, ne serait-ce que pour se convaincre que la littérature peut être un divertissement à part entière.

About these ads
Ce contenu a été publié dans Fiction francophone, Le coin jeunesse. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Vous en pensez quoi ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s